Catherine Durepos, la première sergente d’armes de l’histoire du Québec, n’est pas en charge de la sécurité des parlementaires, mais travaille au bon déroulement des travaux de l’Assemblée nationale.

Une première sergente d’armes à l’Assemblée nationale

Un des plus vieux et symboliques rôles du système parlementaire a été confié pour la première fois à une femme. Catherine Durepos, 35 ans, est devenue il y a quelques mois sergente d’armes de l’Assemblée nationale du Québec.

«C’est toujours flatteur de se faire offrir un poste comme ça. C’est une belle marque de confiance», exprime Mme Durepos en entrevue. Reste que la fonctionnaire qui a étudié en relations internationales ne pensait jamais occuper une telle place un jour.

La surprise a été double lors de sa nomination, le 20 septembre, parce qu’en plus de devenir la première femme à occuper le poste, Mme Durepos était en congé de maternité. Elle a porté la masse pour ouvrir les débats parlementaires une fois, au début de la session, puis elle est retournée s’occuper de son bébé. Une autre femme, Anne-Marie Larochelle, la remplace jusqu’au mois d’avril.

«La sergente d’armes s’occupe de garder l’ordre et le décorum dans la chambre et d’ouvrir la session, en appelant le président au début de chaque séance», explique Mme Durepos. Si elle ne déposait pas la masse sur la table au centre du Salon bleu, sa tête pointant vers le parti au pouvoir, les motions, projets de loi et autres décisions prises dans les minutes qui suivent n’auraient aucune valeur.
rôle protocolaire

La sergente d’armes a aussi un rôle protocolaire à assurer à l’Assemblée, en accueillant les dignitaires, chefs d’État ou autres personnalités étrangères en visite sur le parquet. Une fonction que Mme Durepos anticipe avec joie, tout en soutenant qu’elle «ne carbure pas à ça», les cérémonies et le protocolaire.

La jeune femme est plutôt très heureuse que les autorités de l’Assemblée nationale aient décidé de faire «évoluer le rôle» de sergent d’armes. Au lieu de simplement porter la masse, celui-ci a depuis quelques années une nouvelle définition de tâches. Il participe avec le secrétaire général, les greffiers et les pages au bon déroulement des débats.

«Le rôle est ancré dans les rouages quotidiens de l’assemblée. Dans le fond, il s’ajoute aux tâches que j’avais déjà», explique Mme Durepos. Depuis 2016, elle est coordonnatrice au service de la séance de la Direction générale des affaires parlementaires. Avec son équipe, elle s’occupe de préparer les présidents et vice-présidents à faire leur travail, de publier le feuilleton, le journal des débats, de traiter les pétitions et de mettre en ligne des documents.

Un intérêt «pour la démocratie»

Avant 2012, le poste de sergent d’armes était occupé par des policiers armés, membres de la Sûreté du Québec. L’aspect sécurité a depuis été détaché du rôle et confié à l’équipe de la Direction de la sécurité, qui assure une présence en chambre lors de toutes les séances.

Mme Durepos, originaire de Montmagny, n’avait jamais mis les pieds à l’Assemblée nationale avant d’y obtenir un stage, en 2008. Elle a adopté l’institution depuis. «J’ai toujours eu un intérêt pour la politique, mais surtout pour le service public, pour la démocratie», explique-t-elle.

Gardienne de l’ordre, Mme Durepos ne croit pas qu’il soit difficile à faire respecter avec les députés québécois actuels. «Parfois, les esprits s’échauffent et les discussions sont mouvementées. Mais l’humour est toujours un bon outil dans ces situations-là. Je vous dirais que le président et vice-président l’utilisent souvent pour dissiper les petites tensions.»

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Une longue tradition masculine

Catherine Durepos est la troisième femme au Canada à devenir sergente d'armes. La première est Elizabeth Gallagher, qui a occupé cette fonction de 1997 à 2011 au Parlement de Terre-Neuve-et-Labrador. La seconde est Jackie Gordon, une ancienne policière, nommée en janvier 2017 par le parlement de l’Ontario.

À part ces récentes nominations, le rôle de sergent d’armes a une longue tradition masculine. Frédéric Lemieux, historien de l’Assemblée nationale, raconte que les premiers sont apparus dès les débuts du parlementarisme en Europe, vers 1215.

«Très rapidement, on se rend compte qu’il faut quelqu’un en charge de la sécurité et de la protection du parlement, qui est à l’époque la cible de gens qui veulent l’empêcher d’adopter des lois. Il fallait aussi que les députés puissent délibérer sans subir de pression extérieure», explique l’historien.

Les parlements de l’époque étaient «de véritables forteresses», indique M. Lemieux, et le sergent d’armes en était le point central.

L’historien estime que le plus célèbre sergent d’armes au Québec est René Jalbert, qui était en poste en 1984 lorsque Denis Lortie a surgi dans le Salon bleu et tiré plusieurs rafales de mitraillette, faisant 3 morts et 13 blessés. M. Jalbert, un ancien militaire, a entrepris des négociations avec Lortie et après 4 heures, ce dernier a accepté de se rendre.


Très rapidement, on se rend compte qu’il faut quelqu’un en charge de la sécurité et de la protection du parlement, qui est à l’époque la cible de gens qui veulent l’empêcher d’adopter des lois. Il fallait aussi que les députés puissent délibérer sans subir de pression extérieure
Frédéric Lemieux, historien de l’Assemblée nationale, au sujet de l’apparition des premiers sergents d’armes

À Ottawa, le sergent d’armes Kevin Vickers a été traité en héros en 2014, après qu’il ait contribué à arrêter le tireur qui avait fait irruption dans le parlement.
intégrité

Les sergents d’armes ont également eu à faire en sorte que l’intégrité des députés soit respectée. Lorsque le président de la Chambre croyait qu’un outrage au parlement avait été commis, ils étaient chargés d’amener le contrevenant en chambre afin qu’il soit jugé.

Par exemple, l’Encyclopédie du parlementarisme québécois indique qu’en 1909, le journaliste Olivar Asselin est envoyé deux semaines en prison pour avoir frappé au visage le ministre Louis-Alexandre Taschereau sur le parquet de la chambre.

Depuis 1982, l’Assemblée nationale n’a toutefois plus le pouvoir de se transformer en tribunal pour imposer des sanctions lorsqu’elle considère que ses privilèges sont violés.

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Une masse sauvée des flammes

Les parlements issus du système britannique sont remplis de symboles. Au Québec, plusieurs de ceux-ci ont été délaissés, comme la prière, le costume d’apparat et le tricorne. Mais la masse, qui symbolise l’autorité de l’Assemblée nationale, a survécu au passage du temps.

Selon l’Encyclopédie du parlementarisme québécois, celle qui est utilisée aujourd’hui a été fabriquée en 1867, lorsque le Québec est devenu une province du Canada. Elle est faite en or et décorée de feuilles d’acanthe et de lotus.

La sergente d’armes et ses remplaçants sont les seuls à pouvoir la manipuler. La coutume veut que ceux qui circulent en chambre lors des séances s’arrêtent et saluent le président en inclinant la tête lorsqu’ils passent devant la masse.

L’objet précieux a été sauvé de l’incendie du parlement de 1883 par le sergent d’armes Gédéon Larocque. Elle a subi quelques réparations au fil du temps, a perdu quelques éléments décoratifs et a été retrouvée après avoir été dérobée par des étudiants en 1967. «Elle n’a peut-être pas le lustre qu’elle avait avant, mais ça reste un très bel objet», commente Mme Durepos.

Et surtout très lourd! Sans connaître son poids exact, la nouvelle sergente d’armes est heureuse de ne pas avoir à porter la masse trop longtemps.