Depuis des mois, les conséquences de la pénurie d’enseignants se font sentir : classes sans prof en début d’année, remplaçants en série, dépannage obligatoire pour les enseignants réguliers.

Une pénurie d'enseignants qui s'aggrave

Inquiets de la pénurie d’enseignants qui risque de s’aggraver, les doyens des facultés d’éducation du Québec souhaitent une rencontre rapide avec le ministère de l’Éducation et d’autres intervenants ce printemps pour trouver des solutions.

«On ne peut pas, à cause d’une pénurie, dire qu’on va diminuer la qualité de la formation. L’enjeu, il est là. Mais est-ce qu’on peut trouver des solutions sur un court terme? C’est possible», croit Serge Striganuk, doyen de la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke et président de l’Association des doyens en éducation du Québec (ADEREQ).

Classes sans prof en début d’année, remplaçants en série, dépannage obligatoire pour les enseignants réguliers : depuis des mois, les conséquences de cette pénurie se font sentir. Pour le moment, la problématique est surtout concentrée dans la grande région de Montréal, mais elle risque de s’étendre partout au Québec.

M. Striganuk cite les prévisions démographiques du ministère de l’Éducation, qui prévoient une hausse constante du nombre d’élèves dans les écoles jusqu’en 2028. Entre 2011 et 2018, les écoles primaires du Québec ont accueilli 74 000 enfants de plus. Ces cohortes plus nombreuses commencent à remplir les écoles secondaires, alors que la tendance est toujours à la hausse au primaire. 

«On est au début de la croissance attendue. Ce qui est vécu actuellement en termes de pénurie ne devrait en théorie que s’amplifier au cours des prochaines années», évalue M. Striganuk. 

Le président de l’Association des doyens en éducation du Québec, Serge Striganuk, croit que l’accompagnement des enseignants en début de carrière doit être revu.

Les inscriptions dans les facultés d’éducation sont stables depuis les dernières années. Mais c’est après le baccalauréat de quatre ans que plusieurs décrochent.

Si le doyen n’est pas prêt à revoir les exigences pour devenir enseignant, il croit que l’accompagnement en début de carrière doit être revu, étant donné que jusqu’à 25 % des enseignants quittent la profession au cours des cinq premières années de leur pratique. 

M. Striganuk souhaite qu’une première rencontre ait lieu en avril entre les doyens, les directions générales des commissions scolaires, le Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement et le ministère de l’Éducation. Par la suite, les syndicats d’enseignants et les associations étudiantes, qui sont aussi préoccupés par cette problématique, pourraient se joindre au mouvement. 

Pour atteindre les objectifs de sa Politique sur la réussite éducative, soit augmenter le taux de diplomation au secondaire à 85 % d’ici 2030, le gouvernement demande davantage de formation continue et une formation initiale améliorée.

21 M$ demandés

Pour faire face à ce défi, les doyens des facultés d’éducation calculent qu’ils ont besoin de 21 millions $ de plus par année. Dans une lettre qu’ils ont fait parvenir aux ministres de l’Éducation Sébastien Proulx et de l’Enseignement supérieur Hélène David, ils disent s’inquiéter des calculs budgétaires préliminaires qu’ils ont entre les mains. 

«Nous devons former non seulement plus d’enseignants, du personnel de direction et des chercheurs en éducation, mais nous devons aussi augmenter la qualité de leur formation, voire intensifier l’offre de formation continue. Or, cette commande arrive dans un contexte où les départements et les facultés d’éducation à travers le Québec sont atrophiés comme peau de chagrin», écrivent-ils.

La formule de financement des universités est en pleine révision, ce qui n’a pas été fait depuis 2006, et les doyens veulent s’assurer de ne pas manquer le bateau. «Nous nous dirigeons tout droit vers une catastrophe annoncée alors que la situation est déjà difficile», s’inquiètent-ils.

Il n’a pas été possible d’obtenir une réaction de la part de la ministre Hélène David à cette lettre signée par les doyens des facultés d’éducation.