La pelle flottante était très attendue dans le secteur inondé de Duberger–Les Saules. À son arrivée, mercredi matin, le maire de Québec, Régis Labeaume, affirmait qu’il restait 60% de l’embâcle de 800 mètres à défaire.

Une pelle-grenouille tardive?

Ce n’est pas parce que la «pelle-grenouille» n’était pas disponible que les sinistrés de Duberger–Les Saules ont dû attendre jusqu’à mercredi pour qu’elle commence à défaire l’embâcle sur la rivière Saint-Charles, mais parce que la Ville de Québec a mis trois jours avant de la demander.

«Oui, on a commandé la grenouille, on l’avait fait au début. Elle n’était pas disponible. C’est de l’équipement spécialisé. Malheureusement, on n’en a pas à la tonne au Québec», a dit mardi le coordonnateur à la Sécurité publique de la Ville de Québec, Michel Therrien, répétant la même explication mercredi.

Or, selon les informations obtenues par Le Soleil, la pelle-grenouille arrivée mercredi matin à Québec était libre dès samedi. Elle avait terminé un mandat à Terrebonne vendredi et est restée stationnée toute la fin de semaine dans la région de Montréal. Deux autres pelles-grenouilles étaient aussi stationnées à Caraquet, au Nouveau-Brunswick, où est située ECO Technologies, le propriétaire et l’opérateur de ces pelles flottantes.

Mais ce n’est pas avant lundi soir — soit au troisième jour des inondations — que la Ville a demandé la pelle-grenouille. Le temps de rassembler l’équipe du Nouveau-Brunswick et de transporter la machinerie lourde, ECO Technologies a entamé les travaux sur la rivière Saint-Charles vers 10h, mercredi.

Joint à Caraquet, le directeur du marketing et du développement des affaires d’ECO Technologies, Wayne Powers, a dit qu’il ne voulait «pas commenter la position du client», c’est-à-dire la Ville de Québec. Questionné sur la disponibilité de ses pelles flottantes, il a néanmoins confirmé que trois pelles-grenouilles étaient disponibles depuis la fin de semaine.

La pelle flottante était très attendue dans le secteur inondé de Duberger–Les Saules. À son arrivée, mercredi matin, le maire de Québec, Régis Labeaume, affirmait qu’il restait 60% de l’embâcle de 800 mètres à défaire. Il y avait — et il y a toujours — 70 personnes évacuées dans 47 résidences.

La «pelle-araignée» qui a été employée lundi a permis de travailler en bordure de la rivière et a été utilisée pour détourner l’eau des secteurs inondés. La pelle-grenouille a permis d’accélérer le travail sur l’embâcle, cœur du problème. Elle «peut travailler autant dans l’eau que sur la glace, donc c’est un avantage supérieur», a décrit Michel Therrien.

Mercredi matin, les camions-benne de la Ville s’alternaient sur le pont du Parc-des-Saules pour charger la glace ramassée par la pelle-grenouille et la déposer dans un dépôt à neige.

La Ville se défend

En soirée, la Ville de Québec s’est défendue d’avoir tardé à demander la pelle-grenouille. Sandra Dion, porte-parole de la Sécurité publique, a indiqué que celle-ci avait procédé «par étapes» et que la pelle-grenouille a été demandée au moment où elle a été jugée requise. Mme Dion n’était toutefois pas en mesure de dire quand la demande a été faite pour la pelle-grenouille.

Plus tôt dans la journée, Michel Therrien avait expliqué qu’une arrivée plus tôt de la pelle-grenouille aurait représenté un certain risque. «Avec le débit qu’on avait au départ, qui était très élevé, jouer à la tête [de l’embâcle] trop violemment comme on fait là présentement [avec la pelle-grenouille], on aurait pu créer un désastre, ramener la débâcle vers l’aval et arriver avec une autre problématique plus bas, ce qu’on voulait éviter.»

Les villes aux prises avec des embâcles recourent souvent à la pelle-grenouille — qui est plus dispendieuse — lorsque leur première stratégie ne fonctionne pas, nous a indiqué une source qui a préféré ne pas être identifiée.

Le service coûte 13 000$ de base et 585$ l’heure, a indiqué l’administration Labeaume en conférence de presse, mercredi matin.

La pelle-grenouille, dont le vrai nom est l’Amphibex, est fabriquée depuis 1989 par l’entreprise familiale Normrock, de Terrebonne, qui en vend un peu partout le monde.

Dans l’est du Canada, ECO Technologies possède les trois seules pelles-grenouilles et la seule équipe capable de les opérer. Habituellement, le mois de janvier n’est pas un mois très achalandé pour l’entreprise.

«Ce qu’on prône, c’est des interventions préventives», a indiqué Wayne Powers. Des villes comme Saint-Raymond, Drummondville, Châteauguay et Ottawa font ainsi appel à la pelle-grenouille pour enlever le couvert de glace sur leurs rivières afin d’empêcher les embâcles et les inondations.