La nouvelle monnaie locale Entrai-dons permettra aux gens en difficulté de s’acheter des produits de première nécessité et des nuits d’hébergement.

Une nouvelle monnaie locale dans Saint-Roch

Des étudiants de l’Université Laval lanceront le 30 mars dans Saint-Roch une nouvelle monnaie locale Entrai-dons pour venir en aide aux personnes en précarité financière.

Cette monnaie, sous forme de jetons, permettra aux gens en difficulté de s’acheter de la nourriture, des produits d’hygiène, des produits de première nécessité et des nuits d’hébergement.

L’instigatrice du projet, Jessy Robichaud, étudiante en MBA gestion des entreprises et infirmière, réside dans Saint-Roch. La détresse des certaines personnes l’a touchée et elle souhaitait s’investir dans quelque chose pour les aider. «Un jour, je marchais sur Saint-Joseph pour aller à l’épicerie du quartier. Deux hommes m’ont demandé des sandwichs et des laits au chocolat. Sur mon retour, je leur ai donné et j’ai pris le temps de leur parler», explique-t-elle.

«Pendant ce temps, un des deux hommes a continué à demander de la nourriture aux passants. Les gens ne nous regardaient pas. Nous étions invisibles pour plusieurs. Pour la première fois de ma vie, j’étais du côté invisible et j’ai pu avoir un petit aperçu de leur quotidien», poursuit-elle.

Une fois chez elle, Mme Robichaud a réfléchi à cette rencontre et comment elle pouvait changer les préjugés et les jugements. Elle a donc pensé à ce qu’elle pourrait faire pour aider les personnes dans le besoin. «J’étais consciente que beaucoup de gens ne veulent pas donner parce qu’ils ont peur que cet argent soit utilisé pour de l’alcool ou de la drogue. Que je sois en accord ou non, il fallait trouver un moyen d’apaiser la conscience des donateurs pour qu’ils se sentent à l’aise de donner.»

Membre d’Enactus, une communauté mondiale de leaders entrepreneuriaux qui considèrent les affaires comme une solution aux problèmes sociaux, Mme Robichaud a parlé de son projet d’une monnaie locale à Victoria Thân, présidente d’Enactus Université Laval et Alexia Alaux.

Jessy Robichaud, Victoria Thân et Alexia Alaux

Repas, hygiène, hébergement 

«Les gens pourront acheter des Entrai-dons et les donner à des personnes en difficultés ou le mettre dans un pot présent chez les commerçants partenaires et les gens pourront piger dedans pour payer des produits», développe Mme Thân. Les bénéficiaires ne pourront pas acheter de l’alcool, du tabac et des billets de loterie.

Deux commerces et un organisme ont été approchés pour cette monnaie locale, Intermarché, Brunet rue Saint-Joseph et Lauberivière. Les trois trouvent l’idée très intéressante pour lutter contre la pauvreté et ont embarqué dans le projet. Vous pouvez obtenir la monnaie chez eux.

«C’est un moyen pour nous de collaborer pour permettre aux gens d’avoir une accessibilité alimentaire plus facile», a souligné le propriétaire d’Intermarché, Éric Baril-Courtemanche.

«Les gens qui veulent contribuer ne sont pas toujours à l’aise de donner de l’argent. C’est une belle alternative pour aider les gens», a indiqué Éric Boulay, directeur de Lauberivière. Pour un Entrai-dons, il sera possible d’acheter un repas et deux Entrai-dons, la personne pourra bénéficier d’une nuit d’hébergement.

Un Entrai-dons coûtera un dollar. À travers ce projet, le comité d’Enactus souhaite «favoriser un meilleur sentiment de collectivité et de rapprocher tous les membres de la communauté ensemble tout en déstigmatisant les préjugés sur la pauvreté», précise la présidente d’Enactus.

«Les gens qui donnent savent que leur argent est utilisé dans les commerces du quartier. De plus, les gens qui prennent la peine d’acheter la monnaie sont plus disposés mentalement à se faire solliciter pour de l’argent parce qu’ils se sont volontairement munis de cet objet prévu pour le don. Donc, espérons-le, ils seront plus ouverts aux interactions sociales avec les personnes dans le besoin», souligne Mme Robichaud.

Enactus en bref

Les équipes d’étudiants d’Enactus sont présentes dans plus de 1700 collèges et universités répartis dans 36 pays, regroupant plus de 70 000 étudiants qui réalisent des projets qui changent la vie de près de 2 millions de personnes.