La médaille litigieuse de Claude Racine est bien visible sur cette photo d'archives du Soleil. C'est la première à gauche de la rangée de droite, juste à côté de la cravate.

Une médaille militaire portée «illégalement» par un vétéran

Le président de la filiale de Québec de la Légion royale canadienne, Claude Racine, a démissionné mardi. Quelques jours auparavant, le vétéran a dû s'excuser pour avoir porté une médaille militaire à laquelle il n'avait pas droit.
M. Racine s'est fait remarquer au début d'avril en dénonçant dans Le Soleil le manque d'activités tenues à Québec en lien avec le centenaire de la bataille de Vimy. Il en avait profité pour critiquer le manque d'appui de la mairie et des vétérans pour les choses militaires. «Je n'ai pas de support, les vétérans dorment au gaz», avait-il regretté publiquement, gêné du membership de moins de 400 membres de la filiale 265 Charles Forbes, qui couvre le territoire de Québec.
Celui qui était aussi premier vice-président de la direction provinciale de la Légion royale canadienne a annoncé sa démission mardi soir, sur Facebook. «J'ai tout fait pour aidé (sic) et vous faire comprendre l'urgence du besoin de notre Légion. Je suis vraiment tanné de me battre pour rien. Donc je quitte tout», a écrit M. Racine.
«Je suis écoeuré. Je vois que ça changera pas les vétérans au Québec», a-t-il redit lors d'une entrevue téléphonique au Soleil, jeudi.
L'homme avait pris les commandes de la filiale en 2013 après sa mise sous tutelle. Les anciens administrateurs soupçonnés de malversations ont depuis reçu une lettre d'excuses. Le président avait accepté récemment de faire un autre mandat, faute de relève.
Claude Racine assure que l'affaire de la médaille «n'a pas rapport», que c'est une menace de poursuites judiciaires entre membres qui a fait déborder le vase.
Dimanche, il a présenté des excuses pour avoir porté «illégalement» une médaille militaire. Il réagissait à la publication de photos de son blason sur la page Facebook de Stolen Valour Canada, une organisation qui répertorie les cas de militaires portant des médailles non méritées, un geste ultimement passible d'une accusation criminelle. Pareil site de dénonciation existe aussi aux États-Unis.
«Dans le cas de M. Racine, nous avons reçu un certain nombre de plaintes concernant une médaille qu'il portait. Notre enquête a soutenu les allégations et M. Racine nous a envoyé une admission volontaire. Il a été l'une des enquêtes les moins complexes que nous avons accomplies et sa volonté d'admettre rapidement son erreur lui donne un certain respect de la communauté des anciens combattants», nous a précisé un administrateur du site désirant garder l'anonymat.
Médaille du service spécial
La médaille faisant problème est celle du service spécial, dont le ruban est vert bordé de blanc et de rouge. Selon Anciens combattants Canada, elle sert à «reconnaître les membres des Forces canadiennes ayant participé à des activités ou opérations dans des circonstances exceptionnelles».
«J'ai été trompé par des personnes qui m'ont dit que je pouvais la porté (sic). Oui j'ai servi en Allemagne. Mais seulement 90 jours. Et pour être éligible à la mss c'est 180 jours», a expliqué l'ex-militaire dans son mot d'excuse. Cette décoration lui avait été donnée par un autre vétéran et non lors d'une cérémonie officielle, a-t-il précisé au Soleil.
M. Racine a fait son mea culpa le même jour à l'assemblée générale de la filiale de Québec. Gilles Landry, qui était présent dans la salle, est aussi convaincu qu'il n'y a pas de lien à faire avec la médaille. «Il l'a serrée [rangée]. Il a été honnête de dire qu'il avait pas le droit de la porter», a témoigné M. Landry. Selon lui, les membres étaient satisfaits des excuses prononcées.
La sortie de M. Racine a suscité des centaines de commentaires sur Facebook, presque tous des remerciements et des encouragements. Une personne qui a remis de l'avant l'incident de la médaille a été durement rabrouée.
Pierre Dugal, un ex-militaire qui a déjà fait des recherches et donné une formation sur l'imposture, affirme toutefois que c'est la commotion chez plusieurs anciens. «Imaginez un peu, il s'est présenté devant les plus hautes autorités mal médaillé», déplore l'homme, qui croit inévitable qu'une plainte soit déposée au criminel.
Stolen Valour fait toutefois remarquer que «certaines forces de police ne poursuivront pas les cas, car ils ne comprennent pas l'infraction, ils la considèrent comme sans victime ou leur charge de travail est tout simplement trop lourde».
Kenneth R. Ouellet, président de la direction provinciale de la Légion, a pour sa part fait valoir au Soleil qu'il peut arriver que des militaires et des vétérans se mélangent dans leurs médailles, car il y a non seulement des conditions, mais un ordre pour les porter. La Légion royale canadienne rappelle d'ailleurs constamment à ses membres de faire les vérifications nécessaires avant de parader.
«Quand je remarque que quelqu'un ne devrait pas porter une médaille, je l'approche discrètement pour lui dire que c'est pas dans le protocole» et le principal intéressé s'ajuste, rapporte M. Ouellet. Selon lui, le cas de Claude Racine a pris davantage d'ampleur, car il a été publicisé sur le Web.  Avec Annie Mathieu