Cet enfant joue dans la neige à côte d'un module de jeux entouré d'un ruban jaune, semblable à celui utilisé pour les scènes de crime. Il y est inscrit «danger». 
Cet enfant joue dans la neige à côte d'un module de jeux entouré d'un ruban jaune, semblable à celui utilisé pour les scènes de crime. Il y est inscrit «danger». 

Une journée au parc... sans les jeux [PHOTOS]

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
Crise de la COVID-19 oblige, la Ville de Québec a fermé tous les modules de jeux des parcs. Les parents semblent bien se conformer à cette nouvelle règle qui réduit encore plus le nombre déjà restreint d’activités extérieures, a constaté Le Soleil. Vivement la fonte des neiges.

Le maire de Québec en a fait l’annonce mardi. Mercredi, les employés de la Ville commençaient leur tournée pour rendre visible la nouvelle mesure prise afin d’éviter la propagation du virus.

Au parc Victoria, un ruban jaune, semblable à celui utilisé pour les scènes de crime, entoure les modules. Il y est inscrit «danger». Sur un des modules, une affiche est apposée. On peut y lire : Attention, COVID-19. Modules de jeux fermés. Plus loin, d’autres rubans entourent les balançoires attachées ensemble pour rendre difficile leur utilisation. 

On peut toujours glisser dans la neige!

En ce bel après-midi ensoleillé, on aurait pu croire qu’il y aurait foule au parc. Pourtant, seulement une dame et un jeune enfant s’y trouvaient, assis sur un banc près de l’aire de jeux. Le Soleil a pu ainsi constater que plusieurs parcs des quartiers centraux sont tout simplement désertés. Mais ce n’est pas le cas de tous. 

Au parc Jacques-Cartier dans Limoilou, quelques enfants et leurs parents profitaient de la première chaleur printanière, mais sans s’approcher des modules de jeux. «C’est difficile pour eux de venir ici sans pouvoir y jouer. On trouve d’autres activités à faire», raconte Geneviève Lafleur, qui dit comprendre la décision de la Ville.

Heureusement, le parc est grand, on peut y glisser et y courir sans trop encore «caler» dans la neige. De plus, ses enfants, Charlie, 8 ans, et Sacha, 5 ans, peuvent jouer ensemble. Ce qui constitue un net avantage à l’heure où il est déconseillé de côtoyer d’autres enfants.

«Si j’avais voulu, ils auraient pu jouer avec des amis, mais je préfère limiter les contacts. Ils ne voient personne d’autre (amis). Dans le contexte actuel, il faut avoir confiance et se fier à la responsabilisation des gens. On espère que les gens vont comprendre», soutient-elle, dans le souci de respecter les consignes. Elle-même sans emploi dans la foulée des mises à pied, elle souhaite un retour à la normale le plus tôt possible. 

Respecter le principe de distanciation n’est pas toujours aussi simple qu’il y paraît. «L’autre jour, notre fille a croisé une amie et elles se sont sautées dans les bras et ont joué un peu ensemble. Qu’est-ce que tu veux faire», demande Line Gauthier, qui fait pourtant très attention à respecter les règles.

«Alice, éloigne-toi un peu», lance-t-elle au même moment à sa petite de six ans, qui rencontrait une amie de sa classe. «On n’a pas une grande cour. Donc, on vient ici», ajoute la dame, consciente que le risque zéro n’existe pas, surtout avec de jeunes enfants.

Dans le parc voisin du Musée national des Beaux-Arts, Marie-Andrée prend l’air avec son garçon de sept ans. Elle aurait aimé que les modules demeurent accessibles, surtout qu’elle a un seul enfant et qu’elle respecte la consigne de distanciation sociale. Traduction, il ne voit aucun ami. Pour l’instant, elle maintient le cap. Mais pour combien de temps? «C’est quasiment inhumain lorsque tu as un enfant unique de penser qu’il ne pourra voir aucun ami avant la levée des règles gouvernementales.»

Tous les parents rencontrés ont bien hâte à la fonte des neiges. Au moins, il sera possible de faire du vélo ou de la trottinette et même sortir quelques ballons pour jouer dans l’herbe.

Les seuls jeunes enfants qui gardent de véritables interactions sociales en ce temps de crise sont ceux qui fréquentent des services de garde d’urgence pour les enfants de travailleurs dont l’emploi est jugé essentiel par le gouvernement du Québec. Par exemple, les travailleurs de la santé.

Le Soleil s’est rendu, par hasard, à celui de l’école de la Grande-Hermine dans Limoilou. Au moins une quinzaine d’enfants s’y trouvaient, empilés les uns sur les autres, faisant fi de la distanciation sociale. Comme dirait Mme Gauthier, «le risque zéro n’existe pas», malgré toute la bonne foi.