Isabelle Pomerleau
Isabelle Pomerleau

Une infirmière se bat contre le cancer... et pour le droit d’être accompagnée durant les traitements

Caroline Plante
La Presse Canadienne
Isabelle Pomerleau, une infirmière de 51 ans, mène actuellement deux combats: celui contre le cancer colorectal et l’autre, pour le droit d’être accompagnée à l’hôpital durant ses traitements.

Elle s’est présentée à l’Assemblée nationale, mardi, en compagnie de son mari, dans l’espoir de faire renverser une directive ministérielle interdisant la présence des proches en cancérologie.

Cette directive fait partie des mesures sanitaires imposées en temps de pandémie. Le ministère de la Santé la justifie en rappelant le besoin de protéger les personnes dont le système immunitaire est affaibli.

Or, la présence d’un proche est autorisée lorsque le patient a des troubles cognitifs, par exemple, et «lors de visites où seraient discutés des résultats ou (...) la suite du parcours clinique du patient».

Dans un témoignage crève-coeur, Mme Pomerleau a affirmé que toutes les personnes atteintes d’un cancer avaient grand besoin d’accompagnement et de support moral.

Elle a raconté avoir vécu des moments très difficiles toute seule à l’hôpital depuis qu’elle a appris qu’elle était atteinte d’un cancer incurable.

Elle a dit par exemple avoir vécu des complications le 30 août dernier, son examen de routine s’étant transformé en rendez-vous de six heures. Elle a raconté s’être sentie très faible, car elle n’avait pas mangé.

«Je veux être accompagnée de mon mari dans mes traitements, mes examens, mes chirurgies, a-t-elle réclamé. C’est un support moral. C’est un support affectif. J’ai besoin de lui pour traverser ça.»

Mme Pomerleau dit s’être rendu compte, après avoir lancé un message sur Facebook, que plusieurs autres personnes vivaient la même situation qu’elle. Elle a aussi été témoin d’événements bouleversants.

«J’ai (vu) une patiente en chimio aller à la toilette et ne pas ressortir parce qu’elle est en arrêt cardiorespiratoire. J’ai vu ça de mes yeux. C’est son infirmière qui la cherchait.»

Elle a décidé d’accorder des entrevues, puis de venir porter son message jusqu’à l’Assemblée nationale, où elle a tenu un point de presse mardi avec des représentants des trois partis d’opposition.

«Au départ, je le faisais pour moi et je le faisais pour elle (mon amie), a-t-elle affirmé. Puis là, c’est devenu pour tout le monde qui m’écrivait des histoires d’horreur.»

Les députés Marie Montpetit (PLQ), Andrés Fontecilla (QS) et Harold LeBel (PQ) ont quant à eux interpellé le ministre de la Santé, Christian Dubé, afin qu’il fasse preuve de compassion et retire la directive.

«Il faut garder un équilibre où le réseau de la santé ne doit pas perdre son humanité, ne doit pas perdre son humanisme», a plaidé Mme Montpetit.

Elle a rappelé qu’au printemps dernier, le gouvernement avait changé son fusil d’épaule et permis aux proches aidants d’aller en CHSLD et aux femmes enceintes d’accoucher accompagnées d’un proche.

«Donc, je pense que c’est des réflexions qui doivent être faites de façon importante pour garder de l’humanité dans le réseau», a déclaré la députée.

Rencontre prévue le 11 décembre

En fin de journée mardi, le bureau du ministre Dubé a indiqué à La Presse Canadienne qu’une rencontre était prévue vendredi avec Patrick Jasmin, un ami de Mme Pomerleau.

«Nous sommes très sensibles à la détresse que peuvent vivre les patients, dont les personnes atteintes de cancer», a écrit le cabinet.

«Par contre, on ne doit jamais faire de compromis pour assurer la santé et la sécurité des usagers, et c’est pourquoi la limitation des accompagnateurs lors des traitements (...) a été mise en place.

«Maintenant, nos équipes politiques et administratives auront l’occasion de discuter avec M. Jasmin le 11 décembre prochain afin de faire le point sur la situation et la directive en place.

«L’accès aux proches aidants dans nos établissements demeure une priorité, et nous travaillons en ce sens.»