Les policiers étaient nombreux à être mobilisés au quotidien «Capital Gazette» à la suite de la fusillade qui a fait au mois cinq morts et plusieurs blessés.

Une fusillade dans un journal fait cinq morts au Maryland

ANNAPOLIS — Un homme a délibérément ouvert le feu jeudi dans la salle de rédaction d'un journal à Annapolis, la capitale de l'État américain du Maryland, tuant cinq personnes, un drame qui a jeté l'effroi dans cette petite ville tranquille à une heure de route de Washington.

La fusillade est une «attaque ciblée contre le Capital Gazette», a déclaré Bill Krampf, un responsable de la police locale, ajoutant que le quotidien avait reçu des menaces sur les réseaux sociaux.

Le policier n'a pas été en mesure de confirmer si l'auteur de la fusillade visait le journal ou des employés en particulier. Les enquêteurs s'intéressent à d'éventuels contentieux qui auraient opposé l'auteur présumé et le quotidien.

Le suspect est un «adulte blanc» qui approche la quarantaine, selon la police. «Il n'est pas particulièrement coopératif» face aux enquêteurs, avait commenté Steve Schuh, responsable local du comté Anne Arundel où est situé Annapolis.

Selon plusieurs médias américains, il s'agit de Jarrod Ramos, un habitant du Maryland de 38 ans. Certains ont indiqué qu'il avait poursuivi en justice le journal.

Un article du Capital Gazette, posté sur son site Internet le 22 septembre 2015 et consulté jeudi par l'AFP, mentionne une décision favorable au quotidien dans le cas de poursuites en diffamation lancées en 2011 par Jarrod Ramos, résidant à Laurel (Maryland) «à la suite d'un article sur un plaider-coupable [de Ramos] pour harcèlement». Elle a été confirmée en appel.

Quatre des victimes de la fusillade de jeudi sont mortes sur le coup, la cinquième est décédée à l'hôpital. L'attaque a également fait deux blessés légers.

Dans la soirée, la police a identifié les cinq victimes tuées — trois hommes et deux femmes — qui travaillaient toutes pour le journal.

Les hommages se multipliaient sur les réseaux sociaux au sujet de Robert Hiaasen, rédacteur-en-chef adjoint du journal âgé de 59 ans. D'après le Baltimore Sun — pour lequel il a travaillé à partir de 1993 —, il avait intégré le Capital en 2010.

La porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Sanders avait dénoncé plus tôt sur Twitter une «violente attaque contre des journalistes innocents faisant leur travail [qui] est une attaque contre tous les Américains».

Le président Donald Trump, qui critique régulièrement et violemment les médias, a adressé ses «pensées et [ses] prières» aux victimes et à leurs familles dans un message sur Twitter.

«Rien de plus terrifiant»

L'individu armé d'un fusil a ouvert le feu dans la salle de rédaction du Capital, quotidien d'Annapolis, à 14h40 locales, selon le Baltimore Sun, propriétaire du journal depuis 2014.

Les forces de police sont rapidement arrivées sur place et le tireur s'est rendu sans opposer de résistance.

«Il n'y a rien de plus terrifiant que d'entendre plusieurs personnes se faire tirer dessus alors que vous êtes caché sous votre bureau et que vous entendez le tireur recharger son arme», a tweeté Phil Davis, journaliste qui a raconté la fusillade dans une série de messages sur le réseau social.

Annapolis, à une heure de route de la capitale fédérale Washington, est une ville de 38 000 habitants sur la côte Est américaine. Elle est connue pour ses bâtiments historiques et pour abriter l'académie de la Marine.

Le journal partage cet immeuble avec d'autres entreprises. Il a été rapidement évacué et les locaux entièrement fouillés par la police.

«Nous avons vu les équipes du SWAT [unités spéciales de la police, NDLR] et on a vraiment commencé à paniquer», a expliqué à l'AFP Sean Robinson, salarié d'une compagnie d'assurance au troisième et dernier étage. «J'ai envoyé un SMS à ma femme qui disait "prions"», a-t-il dit.

Le Capital, qui fait partie du groupe Capital Gazette, est un petit journal fondé en 1727. Il emploie six reporters, deux photographes et cinq secrétaires de rédaction. Ses locaux sont protégés par une porte fermée en permanence, a dit à l'AFP un de ses journalistes.

«Je suis OK physiquement mais mentalement c'est le foutoir», a écrit sur Twitter le photographe Paul W. Gillespie. «Nous avons perdu des gens vraiment bien aujourd'hui. Je suis sous le choc en essayant de surmonter cet horrible drame», a-t-il ajouté.

Malgré la tragédie, les journalistes ont assuré que le quotidien paraîtrait vendredi. «Nous sortirons un journal demain», a dit à l'AFP l'un d'eux, Chase Cook.

«Nous sommes tous très choqués parce que nous connaissions ces journalistes», a pour sa part dit le maire d'Annapolis, Gavin Buckley.

Un débat récurrent

Les fusillades endeuillent régulièrement les États-Unis. Ces derniers mois, ce sont surtout dans des établissements scolaires, en Floride ou plus récemment au Texas, que des tireurs ont fait parler les armes.

La multiplication de ces tueries suscite un débat récurrent sur la dissémination des armes à feu dans le pays. Le port d'arme est un droit garanti par la Constitution.

Il est extrêmement rare que des rédactions de journaux soient visées aux États-Unis. À New York, un porte-parole de la police a annoncé que des agents avaient été déployés par précaution dans les principaux médias de la ville.

En 2015 cependant, un homme avait tué Alison Parker, journaliste d'une chaîne locale de l'État de Virginie de 24 ans, et son cameraman Adam Ward, lors d'une émission en direct.

«Toute attaque armée comme celle-là est atroce, mais quand elle se déroule dans un lieu de journalisme, c'est particulièrement révoltant et cela me renvoie aux souvenirs de ce jour tragique», a déclaré à l'AFP son père Andy Parker.

L'Organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF) s'est dite «profondément choquée» par cette «nouvelle tragédie pour le journalisme».

Avec Cyril Julien à Washington

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LES RÉCENTES FUSILLADES AUX ÉTATS-UNIS

Las Vegas: 58 morts

Le 1er octobre 2017, Stephen Paddock, 64 ans, ouvre le feu du 32e étage de l’hôtel Mandalay Bay, sur une foule en contrebas qui assistait à un concert de musique country à Las Vegas (Nevada), faisant 58 morts et près de 500 blessés.

Le groupe État islamique (EI) avait rapidement revendiqué la fusillade, la plus meurtrière de l’histoire américaine, mais selon la police américaine aucun élément n’a à ce jour permis de relier Paddock, qui s’est suicidé, à l’organisation djihadiste.

Club gai à Orlando: 49 morts

Le 12 juin 2016, un Américain d’origine afghane, Omar Mateen, tue 49 personnes et en blesse une cinquantaine dans un club gai d’Orlando (Floride), perpétrant le pire attentat aux États-Unis depuis ceux du 11 septembre 2001. Après trois heures de négociations, les forces de l’ordre donnent l’assaut, abattant l’assaillant. L’EI, auquel le terroriste avait fait allégeance, revendique la fusillade.

École primaire à Sandy Hook: 26 morts

Le 14 décembre 2012, un jeune homme tue 26 personnes, dont 20 enfants de cours primaire, dans l’école de Sandy Hook à Newtown (Connecticut), avant de se suicider.

Église de Sutherland, Texas: 25 morts

Le dimanche 5 novembre 2017, un homme abat 25 personnes, dont une femme enceinte et plusieurs enfants dans une église de la petite ville de Sutherland au Texas, en plein culte. Il blesse aussi une vingtaine de paroissiens. La police a retrouvé son corps dans sa voiture.

Parkland, Floride: 17 morts

Le 14 février 2018, le jour de la Saint-Valentin, un jeune homme de 19 ans, Nikolas Cruz, ouvre le feu dans un lycée de Parkland, dans le sud-est de la Floride, tuant 17 personnes avant d’être arrêté.

San Bernardino: 14 morts

Le 2 décembre 2015, un couple marié d’islamistes radicalisés d’origine pakistanaise ouvre le feu lors d’un déjeuner de Noël à San Bernardino (Californie), faisant 14 morts et 22 blessés.

Aurora: 12 morts

Le 20 juillet 2012, un jeune homme lourdement armé fait irruption dans un cinéma d’Aurora (Colorado) et ouvre le feu sur le public d’une séance de minuit de Batman, faisant 12 morts et 70 blessés. L’auteur de la tuerie, James Holmes, a été condamné en août 2015 à la prison à perpétuité sans possibilité de libération.

Lycée de Santa Fe: 10 morts

Un élève de 17 ans tue le 18 mai 2018 deux adultes et huit jeunes dans son lycée à Santa Fe, au Texas. Dimitrios Pagourtzis a été inculpé notamment pour meurtre, un chef d’accusation passible de la peine de mort pour un adulte majeur. Il s’est servi d’un fusil et d’un pistolet détenus légalement par son père selon les autorités.