Charles Verreault-Lemieux lors de son arrivée à Ushuaïa.

Une folle cavale de 37 000 km à vélo

«Si moi je peux le faire, n’importe qui peut le faire!» lance Charles Verreault-Lemieux. Après une folle cavale de 37 494 km parcourus sur son vélo depuis le 15 avril 2016, l’ingénieur-géologue de 29 ans avait enfin atteint Ushuaïa, la ville la plus australe au monde dans la province de Terre de Feu, en Argentine. Et mercredi, le globe-trotter débarquera d’un avion à l’Aéroport Jean-Lesage avec sa fidèle monture, pensant déjà à sa prochaine aventure.

Humble, le résident de Québec ne se considère pas vraiment comme un athlète. «Je ne suis pas si bon que ça, je suis loin d’être le meilleur à vélo. Avant, je n’étais qu’un petit «nerd» qui ne faisait pas beaucoup de sport. J’aimais la géographie et j’ai voulu visiter les endroits que je voyais sur les cartes. Il faut croire que j’ai de la persévérance!» Ainsi, en 2009, Charles a traversé le Canada à vélo puis, pendant neuf mois en 2013 et 2014, il a parcouru l’Europe et l’Asie centrale sur deux roues dans le but de lancer son anneau d’ingénieur dans le cratère de Darvaza, au Turkménistan, une cavité remplie de gaz naturel qui brûle sans arrêt depuis 1971 surnommée la «Porte de l’Enfer».

C’est en voyant la vie plutôt tranquille dans laquelle s’installaient ses amis que Charles a décidé de partir à nouveau à l’aventure. «J’aurais pu me trouver un emploi stable, mais je voyais mes amis s’acheter des condos et des duplex, des tondeuses et des «ski-doos» et je n’avais pas le goût de vivre ça. De plus, comme ingénieur en géologie, j’allais de petits contrats en petits contrats pas toujours intéressants...» Il a donc décidé d’utiliser l’argent qu’il avait économisé pour parcourir une région du monde qu’il n’avait pas encore visitée, l’Amérique latine. «Et tant qu’à le faire, aussi bien me rendre à l’endroit le plus au sud accessible par la route», s’est-il dit en sélectionnant Ushuaïa comme terminus.

Un des nombreux cols à 4700 m au Pérou, dans le parc Huascaran de la Cordillera Blanca

Sans préparation

Charles l’avoue, c’est sans grande préparation qu’il a quitté Québec, se rendant d’abord visiter un ami à San Francisco. «À vol d’oiseau, Québec-Ushuaïa, c’est environ 11 000 km, donc j’ai «zigonné» un peu pour me rendre là, mais c’est le «zigonnage» qui est l’fun!» poursuit-il.

Il a aimé circuler à col de montagne au Pérou, sans oublier la dernière partie de son trajet où il avait le vent dans le dos au sud de la Patagonie. «À un certain moment, j’ai fait 90 km en trois heures en incluant une pause sandwich. J’ai atteint 50 km/h sur terrain plat et, en forçant, j’ai même accéléré pour atteindre les 70 km/h sur ce tronçon», raconte-t-il. 

Sa plus longue distance parcourue en une journée est de 152 km, au Mexique, alors qu’il essayait de se rendre chez une famille qui avait accepté qu’il fête Noël avec eux (il n’a pas réussi à arriver à temps pour le réveillon). Sa plus courte? Un périple de 29 km dans les chemins de terre et le désert d’Atacama entre la Bolivie et le Chili. «Cette journée-là, ma vitesse moyenne était de 5,23 km/h! Quelqu’un aurait pu me dépasser en faisant son jogging. C’était sur la Ruta de Los Lagunas. C’est très beau, car il y a des geysers, des lagunes de toutes sortes de couleurs et des flamants roses partout, mais c’est juste du sable et ça m’a pris huit jours pour faire la distance entre San Juan et San Pedro d’Atacama.»

Traversée du Rio Maranon en canot, l'un des deux tributaires majeurs de l'Amazone, près de Jaén au Pérou

Survivre avec peu

Il survivait avec peu, se nourrissant essentiellement de riz et de pâtes, dormant souvent sous sa tente. «Ça m’a coûté le prix d’un deux et demi dans Limoilou! Une fois rendu au Mexique, le coût de la vie chute incroyablement. Au Pérou, je pouvais avoir une chambre d’hôtel pour 5 $. Ce n’était pas le Ritz, mais quand même. Pour 2 $, j’avais un gros repas et pour 10 $ par jour, je vivais presque comme un roi.»

Parmi ses anecdotes de voyage, il cite ce jour où il a rencontré grâce à Facebook un ancien camarade de classe de l’Université qui passait ses vacances au Mexique. Ou ce couple d’Américains résidant à San Blas, toujours au Mexique, fasciné par son histoire de l’anneau lancé dans le cratère Darvaza à l’image d’une scène du Seigneur des Anneaux. «Ils avaient fait une «porte de hobbit» à leur maison et, vous pouvez me croire ou non, ils avaient trouvé un anneau d’ingénieur canadien identique au mien dans une chute au Mexique!»

Camping sur le salar d'Uyuni, Bolivie

S’il a hâte de revoir les membres de sa famille, avec lesquels il est resté branché grâce à Internet, Charles craint maintenant un peu le retour à la «réalité». «Je me sens un peu comme Tom Hanks dans Seul au Monde, alors quand mes «chums» parlent de tondeuse ou d’hypothèque ou que des gens disent qu’ils ont absolument besoin du dernier iPhone...», analyse celui qui pense reprendre le travail pour accumuler de l’argent et partir de nouveau. «J’aimerais retourner à Ushuaïa en avion et revenir chez moi à vélo, mais on ne sait jamais, peut-être que j’aurai une autre idée folle!»