Le projet Intersections s’inscrit dans la programmation de la Fête Arc-en-ciel, la Petite Virée aussi, qui mélangeait chant, cirque et drag queens sur la rue Saint-Vallier dans Saint-Sauveur.  
Le projet Intersections s’inscrit dans la programmation de la Fête Arc-en-ciel, la Petite Virée aussi, qui mélangeait chant, cirque et drag queens sur la rue Saint-Vallier dans Saint-Sauveur.  

Une Fête Arc-en-ciel adaptée: «prendre la parole sans la prendre» [PHOTOS]

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Plusieurs artistes ont pris d’assaut des intersections du centre-ville de Québec samedi, parfois sans dire un mot. De petits tableaux surprises sont nés sans avertir, pour lancer un message ou seulement pour divertir.  

Le projet Intersections s’inscrit dans la programmation de la Fête Arc-en-ciel, la Petite Virée aussi, qui mélangeait chant, cirque et drag queens sur la rue Saint-Vallier dans Saint-Sauveur.  

Seulement, les citoyens de Québec n’en ont pas entendu parler. Les événements n’ont pas été annoncés… Pour profiter des petits numéros, il fallait être au bon moment, au bon endroit. Une dizaine d’intersections du centre-ville ont donc accueilli les artistes de la Fête Arc-en-ciel, afin de célébrer la diversité sexuelle et la pluralité. 

Si ce n’est pas annoncé, il n’y aura pas de foule. Toutes les mesures de santé publique sont ainsi respectées. 

Les organisateurs du festival socio-artistique de la fierté LGBTQ+ souhaitaient faire une édition spéciale après que la COVID-19 ait annulé toutes leurs activités. La diversité sexuelle se devait d’être célébrée «maintenant plus que jamais».  

«C’est une dynamique différente cette année, mais il fallait le faire. Il fallait dire qu’on existe, même en temps de crise. C’est une période sombre de l’histoire, c’est même encore plus important», lâche le directeur général de la fête Michel Bigras.  

Plusieurs artistes ont pris d’assaut des intersections du centre-ville de Québec samedi.

L’équipe a obtenu toutes les approbations nécessaires, celle de la santé publique, de la Ville de Québec et du service de police. Le concept a été bien accueilli.  

«Surtout en temps de COVID, les gens souffrent seuls. Célébrer la sexualité et la pluralité des gens demeure important, il ne fallait pas le manquer pour peut-être aider toutes ces personnes seules.» 

Dimanche, la fête se poursuit en mode numérique et présentiel à la Baie de Beauport. Toute la programmation est cette fois disponible sur le site Internet de la Fête Arc-en-ciel

S’imposer 

Le bénévole Jocelyn Gadbois est derrière l’idée du projet Intersections.  

«Le projet, c’est un peu “on s’impose à vous, regarder nous, on est là, on existe”. Il y a quelque chose de clandestin qu’on aimait là-dedans. Quand Joselyn nous a approchés avec l’idée, on adorait. On a créé un concept complètement adapté à la situation de pandémie», ajoute M. Bigras. 


« C’est une dynamique différente cette année, mais il fallait le faire. Il fallait dire qu’on existe, même en temps de crise. C’est une période sombre de l’histoire, c’est même encore plus important »
Michel Bigras, directeur général de la Fête Arc-en-ciel

Jocelyn a perdu son père de la COVID-19 au mois de mai dernier. L’organisation de ce projet était un peu son échappatoire, une manière de passer au travers du deuil.   

«Sur Internet, une image que j’ai trouvée tellement forte est celle d’une personne qui se présentait comme une sorcière et qui s’est mise à danser dans un lieu public, pour aucune raison, juste pour signifier que le dernier mot doit rester à la vie. Ça m’a accompagné dans mon deuil», exprime Jocelyn Gadbois.

Le bénévole Jocelyn Gadbois est derrière l’idée du projet Intersections.  

S’inspirant de la vidéo de cette sorcière, il a voulu amener l’art visuel dans les rues, pour prendre la parole, sans la prendre vraiment. Une image, une musique qui veulent dire beaucoup de choses, sans s’expliquer. 

«L’art de rue n’est pas obligé d’être divertissant, ce n’est pas obligé d’être là pour attirer les gens. C’est prendre d’assaut l’espace public et formuler une idée. Je me suis dit que plusieurs identités ont été opprimés dans les derniers mois, on pense oui aux membres LGBTQ+, mais ça va plus loin, avec Black Lives Matter, avec la communauté chinoise… Ils sont là. Ils existent.» 

Preuve que l’on peut célébrer la diversité et l’inclusion sans se rassembler. «Grâce aux arts visuels, on peut le faire», ajoute Jocelyn. 

«Le dernier mot doit rester à la vie. La COVID a emporté mon père, notre job, nos économies… mais elle n’emportera pas notre identité. C’est un peu le message fort que l’on veut envoyer», termine-t-il.