<em>Le Soleil </em>a fait la tournée des bars de Saint-Roch jeudi soir pour voir comment les gens vivaient avec la nouvelle réalité des tenanciers. 
<em>Le Soleil </em>a fait la tournée des bars de Saint-Roch jeudi soir pour voir comment les gens vivaient avec la nouvelle réalité des tenanciers. 

Une douce soirée déconfinée [PHOTOS]

Cela fait maintenant quelques semaines que les bars de la capitale se déconfinent. Petit récit d’une soirée dans le quartier Saint-Roch un jeudi soir.

21h sur la rue Saint-Joseph. Une douce brise rafraîchit les rues brulantes de canicule. Les familles rentrent doucement chez elles après la dernière sortie pour une crème glacée et laissent place aux jeunes oiseaux de nuit. Devant le Deux22, deux gars attendent en file: «Je suis complète, mais je vous appelle», leur dit Véronique, la co-propriétaire.

Elle a une liste de personnes à rappeler dès qu’il y a une place pour éviter qu’un attroupement se forme devant sa porte. Éclairées par des néons verts fluo, deux femmes discutent sur le bord de la fenêtre, autour d’une bière. Au bar, un couple rigole en partageant des nachos. Dans une ambiance cool et branchée, la musique dans le tapis, tout semble revenu dans l’ordre. Seuls les visières et les masques des employés nous rappellent que nous sommes encore en pandémie. Deux gars se lèvent pour se faire un câlin, la serveuse les avertit de garder une distanciation sociale. OK, on n'est pas encore sortis de l’auberge…

Quelques pas plus loin, à la Korrigane, la terrasse s’anime. Le serveur donne aux groupes d’amis des codes QR pour pouvoir consulter le menu sur le téléphone. Sur la grande table du centre, une bande de filles s’assoient avec une autre de gars: des amis d’amis. Et que le bal des regards en coin commence! Plus la soirée avance et plus les rires montent en intensité, les sourires béats se font plus nombreux. «Je suis heureuse, ça faisait longtemps», dit Caroline, qui est sortie quatre fois depuis le déconfinement. «C’est différent. On ne peut pas se lever, ça ferme plus tôt, mais on s’adapte», ajoute-t-elle. 11h06, les dates commencent à se rapprocher. Le confinement a été difficile pour tout le monde.

Un peu plus tard, sur Saint-Vallier, la Cuisine s’apprête à fermer. «Il vous reste 15 minutes pour commander de l’alcool, mais vous pouvez rester après», dit le serveur, qui accueille les clients avec un grand sourire. La terrasse est encore pleine, mais distancée, bordée par de douces guirlandes de lumière. Les gens sont beaux, les sourires sont au rendez-vous. Malheureusement, le party devra se terminer un peu plus tôt qu’à l’habitude. À l’intérieur, des tables sont séparées par de grands rideaux blancs qui créent de petites cabines privées. Une ambiance à mi-chemin entre la cabane de couverture et la salle de bain géante. Des fenêtres suspendues séparent les employés derrière le bar des clients. Il semblerait que la COVID-19 n’affecte pas les capacités créatives.

À minuit, les estomacs en quête de malbouffe sont en peine. Le Ashton est fermé… Heureusement, la cuisine du Bureau de Poste est encore ouverte! Une gang de boys chantent Gangsta’s Paradise en buvant une Corona (la blague commence à dater, mais bon). On a l’impression qu’il est 3h du matin et que l’on commence à décuver devant une poutine. Semblerait qu’il faudra s’habituer à cette nouvelle réalité: les bars fermeront à 1h à partir de maintenant et il ne sera plus possible de commander d’alcool après minuit. On ira demander conseil à nos amis d’Ottawa: il parait que ce n’est vraiment pas si pire que ça.