La côte de la Falaise est barrée depuis 2008. Depuis, les factures s'accumulent pour la Ville de Beaupré, sans solution permanente pour les résidents.

Une côte devenue un gouffre financier à Beaupré

C'est un petit bout de rue banal; une côte qui avait coûté 300 000 $ à construire. Banal jusqu'à ce qu'on apprenne que le tronçon de 200 mètres a été fermé à la circulation rapidement après sa construction, il y a déjà près de 10 ans. Et qu'il est au coeur d'une poursuite de plusieurs millions de dollars.
Nous voici donc à l'hôtel de ville de Beaupré, à l'est de Québec, en discussion avec le maire de la place, Pierre Renaud. À ses côtés, le directeur général et trésorier, Roch Lemieux.
Au-dessus de nos têtes, sur les terres qui surplombent la mairie, les maisons cossues qui étaient accessibles par la côte de la Falaise. Un site d'exception: devant, la vue sur le fleuve; derrière, la vue sur les pentes du mont Sainte-Anne.
Sauf que la côte menant à ces demeures est barrée depuis 2008 - des blocs de béton au garde-à-vous assurent le respect de la consigne du ministère des Transports. Et depuis 2008, les factures s'accumulent pour la Ville, sans solution permanente pour les résidents.
En fait, les belligérants viennent de s'entendre sur le remède à administrer: il faudra refaire complètement la côte de la Falaise puisqu'elle s'affaisse inexorablement, un projet de plus de 3 millions $. «La côte, elle continue toujours de travailler», avance Pierre Renaud.
Mais les assureurs de la firme d'ingénieurs qui a conçu les plans originaux et ceux de la firme d'experts ayant analysé le sol avant le chantier ne prennent pas le blâme. Tandis que les avocats mandatés par Beaupré les rendent responsables et exigent le remboursement de tous les frais encourus: expertises, frais juridiques, aménagement «temporaire» d'une autre route d'accès et son entretien... Voilà qui fera grimper la note. «Il va y avoir beaucoup de dépenses réclamées», observe Roch Lemieux.
Le maire de Beaupré, Pierre Renaud
Rendez-vous au tribunal
Tout le monde se donne donc rendez-vous au tribunal. Il n'y a toutefois pas de date fixée.
Alors, pour quand les travaux tant attendus? Pierre Renaud éclate de rire. «Ça a commencé avant que je sois en poste [...], bien avant que je sois maire», lance-t-il. «On pensait que ça prendrait 4 ou 5 ans. On est tout près de 10 ans plus tard... j'en ai aucune idée.»
Une seule certitude pour la municipalité: «La côte de la Falaise n'aurait jamais dû être construite», lit-on dans des documents du conseil municipal que nous avons consultés. Des expertises réalisées sur trois ans l'auraient confirmé. Aussi, la résolution du problème entraînera «des coûts prohibitifs et déraisonnables». Voilà qui pèse lourd sur une ville au budget annuel d'environ 10,5 millions $.
Pendant ce temps, poursuit le maire Renaud, les habitants de ce plateau surplombant Beaupré utilisent la voie temporaire aménagée en 2008, un chemin «de fortune» qui leur évite le passage par le coeur marchand de la cité. Victimes collatérales, les commerçants écopent, soutient-il.
«Ils nous ont laissés en plan»
«Ça nuit à notre valeur immobilière et ce n'est pas sécurisant de savoir que [le terrain] glisse.»
Au sommet de la côte de la Falaise, à Beaupré, trônent plusieurs demeures d'une envergure certaine. Leurs résidents doivent faire un petit détour depuis 2008 pour se rendre à la maison, depuis que le ministère des Transports a condamné ladite côte parce qu'elle s'enfonce. C'est là que nous avons rencontré Saxton Kelso et sa conjointe.
Fort en gueule, il en a profité pour critiquer l'absence de correctif malgré les années qui s'écoulent. «Ils nous ont laissés en plan. [...] Ils ne nous disent rien.» Il espère surtout que les terrains du haut, dont le sien, sont stables et ne risquent pas de subir le même sort que la côte en perdition. «Je suis toujours resté avec un doute.»
Saxton Kelso aimerait que la côte soit rapidement reconstruite, notamment pour offrir plus de sécurité au quartier accessible par une seule route «temporaire» construite à l'origine pour desservir le dépôt à neige municipal. Mais il craint l'explosion des coûts. «Ils sont rendus à trois millions point quelque...» Et il aimerait bien savoir la faute à qui cet embourbement juridique pour 200 mètres de route. «Il y a quelqu'un quelque part qui n'a pas fait sa job. [...] Ils devaient bien le savoir que le sol était en mouvement.»
Nombreux chantiers routiers
Il y aura beaucoup de travaux routiers à Beaupré cette année. Trois fois plus qu'à l'accoutumée. Quatorze rues seront ouvertes au cours de l'été.
«C'est parce qu'on refait la tuyauterie. Il faut refaire les infrastructures souterraines», explique le directeur général et trésorier, Roch Lemieux. «Pour la Ville, c'est un gros montant, c'est majeur.»
Lors d'une année habituelle, ajoute le maire Pierre Renaud, la municipalité investit entre 1,5 million $ et 2 millions $ dans ses routes.
Les généreux programmes du fédéral et du provincial ont toutefois stimulé les ambitions. Il est question d'environ 5,5 millions $ de projets, dont 83% seront épongés par les paliers supérieurs. Ces chantiers découlent de l'annonce faite le 1er mars de quelque 158 millions $ de subventions pour les réseaux d'aqueduc et d'égout dans la grande région de Québec.