Julie Vignola et Caroline Desbiens, les députées du Bloc québécois nouvellement élues dans Beauport-Limoilou et dans Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix.

Une chanteuse et une enseignante: les nouveaux visages du Bloc à Québec [VIDÉO]

La renaissance du Bloc québécois amène deux députées recrues dans l’est de la région de Québec. Deux femmes fortes en voix, au sens propre comme au figuré.

Julie Vignola, nouvelle élue dans Beauport-Limoilou, et Caroline Desbiens, représentante de Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix, sont respectivement enseignante et chanteuse. Mais ça, c’était avant de devenir députées fédérales sous la bannière du Bloc, lundi soir.

Aussi musicienne, poète, conteuse et entrepreneure, Mme Desbiens jure que sa nouvelle vocation n’altérera en rien son amour pour la chanson. «Au pire, mes motions à la Chambre des communes, je vais leur chanter!» s’est exclamé la rouquine de 56 ans, mardi après-midi.

Lors du passage des deux femmes au Soleil, c’est pourtant Mme Vignola qui a cité du Robert Charlebois. Après sa jeunesse sur la Côte-Nord (Sept-Îles et Fermont) et dans le Bas-Saint-Laurent (Matane et Rimouski), la femme de 42 ans a traîné son baluchon un peu partout en Montérégie comme enseignante d’anglais et d’histoire au secondaire, œuvrant aussi dans des directions d’écoles.

La voilà maintenant qui se pose à Québec, peut-être pour plus longtemps que prévu au départ. «Je ne suis pas de Québec. Mais Québec, c’est Québec. C’est notre capitale! “Si j’avais les ailes d’un ange, je partirais pour Québec.” Alors, mes ailes, je les ai eues hier soir. Et j’y suis», illustre-t-elle, sur un air connu.

Apostropher la ministre

Mme Desbiens a vécu son soir d’élections à Baie-Saint-Paul. Dans les bras de sa grande fille, qui avait eu 18 ans la veille et venait de voter pour la première fois. Mme Desbiens devient la première marsouine à entrer au parlement, c’est-à-dire première députée originaire de l’Île aux Coudres, bout de terre de 1200 personnes bercé par ce fleuve qu’elle chérit tant.

Sa première expérience parlementaire, elle l’a eue à l’Assemblée nationale du Québec, il y a quelques années. Alors porte-parole du Mouvement Québec français dans la Capitale-Nationale, Mme Desbiens assistait à une motion du alors député péquiste Yves-François Blanchet, aujourd’hui devenu chef du Bloc. Du haut des tribunes du Salon bleu, elle a apostrophé à haute voix la ministre libérale de la Culture d’alors, Christine St-Pierre, qui était occupée sur son téléphone et n’écoutait que d’une oreille sourde le discours de M. Blanchet.

Faute à mettre sur le compte de son énorme enthousiasme pour la cause nationale. Comme sa publication Facebook douteuse et «exagérée» de 2016, s’excuse-t-elle, où elle disait admirer la ténacité de la cheffe du Front national en France, Marine Le Pen.

«Quand tu as un statut public, politique en particulier, il faut avoir de la contenance et peser nos mots davantage, reconnaît-elle. Mais mon caractère fougueux, passionné, engagé, c’est difficile de calmer ça! [Comme députée], je devrai être plus prudente et canaliser ces émotions dans le bon sens.»

Le grand saut

Comme si elles s’étaient toujours connues. Les deux femmes s’entendent à merveille depuis leur première rencontre dans l’autocar du chef, en début de campagne. Elles affronteront ensemble cette nouvelle vie de députée, nouveau défi propulsé par cette «bouffée de fraîcheur et de fierté» qui a marqué la campagne à succès du Bloc, croit Mme Desbiens.

De l’école au parlement, Mme Vignola y voit une suite dans les idées, de «continuer de me mettre au service des gens, mais à plus grande échelle». «Je sens une belle nervosité, une nervosité qui donne des ailes. Ça me donne le goût d’avancer plus loin, de faire un pas de plus. Des fois, on a l’impression d’être au bord d’une falaise avec le vide devant. Mais là, j’ai vraiment le goût de sauter et de voir le tremplin sous mes pieds», conclut Mme Vignola.

Les deux bloquistes ont renversé deux conservateurs, lundi. Mme Vignola a récolté 15 067 votes, soit 30,4 % des voix et 2184 de plus que le député sortant, Alupa Clarke. Notons la troisième place du libéral Antoine Bujold dans cette circonscription. Avec 199 bureaux de vote comptabilisés sur 200, M. Bujold arrive encore troisième, comme en 2015. Cette fois avec 12 votes de moins que le deuxième, alors qu’il y a quatre ans, c’était 27.

Dans Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix, la victoire de Mme Desbiens est plus marquée, avec une avance de 3378 voix aux dépens de la députée sortante Sylvie Boucher. La bloquiste a engrangé 18 325 votes, pour 36,4 % du suffrage total.