Au lendemain des élections partielles dans Louis-Hébert, les libéraux tentaient d’expliquer la défaite de leur candidate Ihssane El Ghernati dans la circonscription.
Au lendemain des élections partielles dans Louis-Hébert, les libéraux tentaient d’expliquer la défaite de leur candidate Ihssane El Ghernati dans la circonscription.

«Une belle claque sur la gueule» admet le PLQ

Annie Mathieu
Annie Mathieu
Le Soleil
Lendemain de veille pour les députés libéraux qui reconnaissent avoir reçu un message de la population de Louis-Hébert à la suite de la défaite de la candidate Ihsanne El Ghernati. «On a eu une belle claque sur la gueule», a illustré Patrick Huot, qui a admis que la consultation sur le racisme provoquait un malaise.

«La question sur la discrimination et le racisme c’est des choses que les gens nous parlent beaucoup. Les gens ont un certain malaise, ils comprennent peut-être mal où on s’en va», a avancé le député de Vanier-Les Rivières.

Même son de cloche du côté de son homologue dans Portneuf. «Je pense que dans les milieux francophones ce n’est pas une priorité», a dit Michel Matte, ajoutant que la consultation lancée par Québec n’était assurément pas un sujet de prédilection chez ses concitoyens. 

La ministre de l’Immigration,qui chapeaute la consultation, n’a pas voulu prendre le blâme pour la défaite dans Louis-Hébert, mais a tout de même reconnu qu’il y avait une certaine «sensibilité» à ce sujet dans la région et des enjeux de communication qu’elle ne vivait pas à Montréal. «Comment expliquer Québec? Je ne peux pas vraiment vous l’expliquer sauf vous dire que l’on a le fardeau de rejoindre les gens, les rassurer, il n’y a personne qui est accusé de quoi que ce soit (…)», a dit Kathleen Weil. 

Celle-ci a encore une fois défendu le bien-fondé de l’exercice à la période des questions à l’Assemblée nationale alors que le Parti québécois et la Coalition avenir Québec se sont servis des témoignages des députés Huot et Matte pour réclamer l’abandon de la consultation ce que le gouvernement a refusé de faire. 

Caucus de Québec ébranlé

Si le leader parlementaire Jean-Marc Fournier a qualifié le résultat libéral de «coup de tonnerre» et le député Patrick Huot «de claque sur la gueule», ce dernier a assuré qu’il n’y avait pas d’inquiétude au sein du caucus de Québec, mais a tout de même acquiescé à l’idée que rien n’était acquis pour le prochain scrutin. 

«On remet toujours nos sièges en jeu», a-t-il soutenu. Le député de Vanier-Les-Rivières croit à la nécessité d’arriver à un «nouveau plan de match» pour la région dans la prochaine année. «Les gens veulent qu’on soit plus à l’écoute», a-t-il soutenu tout en évoquant les erreurs de début de campagne, dont celle du choix d’Éric Tétrault et le facteur «Sam Hamad». 

Le député de Jean-Talon, Sébastien Proulx, a également parlé d’«un début de campagne pas facile» et des «questions à se poser». Il a fait écho à son collègue, rappelant comme lui qu’il ne fallait jamais rien prendre pour acquis. 

Le député de Montmorency, Raymond Bernier, qui a agi comme parrain pour la candidate libérale dans Louis-Hébert, n’a pas été très loquace. «La région de Québec c’est toujours une région particulière et où la CAQ est assez présente dans la votation», a-t-il laissé tomber, soutenant également que le début de campagne sur les chapeaux de roue n’ont pas aidé.

Blais n'est «plus le même»

Malgré tout, le député Patrick Huot ne remet pas en question le leadership du ministre de la Capitale-Nationale, François Blais, affirmant que ce dernier était plus actif que jamais et qu’il n’était «plus le même» depuis début 2017. 

«On a reçu un message très fort», a néanmoins reconnu le principal intéressé. «On va apporter des changements, on va faire des analyses», a-t-il promis sans citer lesquels. «Hier on n’a pas élu un gouvernement caquiste», a tenu à rappeler M. Blais, reprenant le même message que la veille.

LA CAQ VOIT GRAND APRÈS SA VICTOIRE DANS LOUIS-HÉBERT

Si le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) préfèrent parler de l’échec des libéraux plutôt que du leur dans Louis-­Hébert, de son côté, la Coalition avenir Québec (CAQ) voit grand avec ce nouveau siège. 

«La victoire [de lundi] permet de dire que tout est possible et entre autres un gouvernement de la CAQ», a lancé le chef, François Legault. Il estime que sa formation pourrait désormais percer «partout au Québec», notamment à Montréal où elle a plus de difficultés. 

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a refusé de voir dans la contre-performance de son candidat, Normand Beauregard, un message que son parti n’intéressait plus les électeurs de la région. Avec 16 % des voix, la formation souverainiste n’a pas réussi à égaliser son score du dernier scrutin général. 

«Le message dans Québec? Les libéraux sont en difficulté. Les gens de Québec, dans un château fort libéral, ne veulent plus des libéraux», a-t-il répété. Selon lui, les électeurs n’ont pas souhaité élire la CAQ, mais plutôt «débarquer le PLQ». M. Lisée calcule qu’au scrutin général de 2018, les Québécois se poseront la question à savoir qui du PQ et de la CAQ représentera mieux le changement. Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, reconnaît que la progression de son parti est «modeste» — avec à peine un point de pourcentage — alors que plusieurs anticipaient un «effet GND» à la suite de son arrivée à l’Assemblée nationale. Il partage l’analyse de M. Lisée selon laquelle la défaite d’Ihssane El Ghernati est symptomatique de la «débandade» des libéraux et met en garde les électeurs contre «les solutions faciles de la CAQ». Annie Mathieu