Avec l’augmentation du nombre d’appels en période hivernale, il faudrait cinq ou six ambulances de plus pour contrer les surcharges, selon les paramédicaux.

Une autre saison chargée pour les ambulanciers de Québec

Les hivers se suivent et se ressemblent pour les ambulanciers de Québec. Augmentation du nombre d’appels, rétention de civières dans les hôpitaux, manque de véhicules… «Pourquoi ne pas prévoir le coup en augmentant le nombre de véhicules au moins pour cette période-là?» demande Jean-François Gagné, représentant en relations de travail pour la Fédération des employés du préhospitalier du Québec (FPHQ).

Dimanche, des ambulanciers ont dû attendre à l’urgence de l’Hôpital du Saint-Sacrement pendant deux heures et demie avant qu’on libère leur civière. L’ambulancier Jean-François Gagné, lui, a attendu un peu plus d’une heure et demie à l’urgence de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. «Et il y en avait cinq derrière moi à faire la file au triage…» rapporte-t-il.

De la rétention de civières par les hôpitaux, il y en a toujours un peu chaque jour. Le phénomène est toutefois plus marqué pendant la saison froide, la saison des virus, des chutes et des accidents. «On est actuellement à 300-330 appels par jour [contre environ 230 cet été, et plus de 400 en février dernier], mais on a toujours le même nombre de véhicules!» souligne le représentant de la FPHQ. 

Résultat : dimanche, «il y a eu un moment où on a cherché pendant 5 à 10 minutes des camions pour répondre à un arrêt cardiorespiratoire», relate-t-il.

Les paramédicaux réclamaient l’an dernier 10 ambulances de plus pour mieux desservir la population de Québec. L’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, leur en a octroyé quatre. Avec l’augmentation du nombre d’appels en période hivernale, c’est cinq ou six véhicules supplémentaires qu’il faudrait pour contrer les surcharges, selon Jean-François Gagné. 

«La flotte, il faudrait la calculer quand les besoins sont plus grands. On a demandé qu’elle soit augmentée au moins pendant la période hivernale, sans succès. Ça me surprend qu’on n’ait pas cette flexibilité-là. On n’a pas le réflexe d’anticiper. On préfère augmenter le nombre de camions à la graine, quand on perd le contrôle», déplore M. Gagné, précisant que ces ajouts au jour le jour sont toujours accompagnés de délais d’une ou deux heures. 

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale, on précise qu’il y a eu au cours des trois dernières années des ajouts ponctuels pour Québec métropolitain d’environ 20 000 heures par année. «Pour l’année 2018-2019, le MSSS a octroyé récemment 23 000 heures pour Québec métropolitain de façon récurrente. C’est cette année qu’on va pouvoir mesurer les impacts de ces ajouts», indique une porte-parole du CIUSSS, Annie Ouellet.

Cela étant, oui, le CIUSSS pourrait faire une recommandation au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour une période donnée. «Toutefois, les chiffres doivent bien démontrer qu’il y a un écart significatif entre l’offre de service et les besoins, et c’est par la suite que le MSSS décide de faire ou non l’octroi d’heures de service», précise la porte-parole du CIUSSS.

L’exemple de Montréal

Le porte-parole de la FPHQ estime par ailleurs qu’on gagnerait à suivre à Québec l’exemple de ce qui se fait à Montréal, où des techniciens ambulanciers paramédicaux en soins avancés orientent les patients au bon endroit. Selon lui, trop de patients utilisent les services ambulanciers pour se rendre à l’urgence sans que leur état ne le justifie. Plutôt qu’une ambulance et l’urgence, «c’est peut-être un transport adapté dans une clinique que ça prend», illustre M. Gagné. 

Ce n’est pas la première fois que l’idée de tirer davantage profit des compétences des ambulanciers est mise de l’avant. Pendant la campagne électorale, le Parti québécois avait promis un projet-pilote de paramédicaux communautaires ayant pour mission de faire de la prévention et de l’éducation auprès des clientèles vulnérables, souvent des personnes âgées.

«Ces paramédics pourraient aller chez les patients qui appellent les services ambulanciers à répétition pour leur apprendre à reconnaître les situations dans lesquelles ils doivent faire appel à nos services», avait expliqué en conférence de presse le candidat péquiste dans Montmorency, l’ambulancier Alexandre Huot. Dans les endroits où on l’offre (notamment en Nouvelle-Écosse, en Alberta et en Ontario), ce service aurait permis de diminuer de 65 % le nombre de transports vers l’hôpital, avait plaidé M. Huot.