Une affaire de triple meurtre et de suicide aux répercussions nationales

HALIFAX — L’enquête publique qui aura lieu en Nouvelle-Écosse sur le suicide d’un vétéran de l’Afghanistan qui a abattu trois membres de sa famille pourrait avoir d’importantes répercussions sur la manière d’encadrer les ex-soldats malades, affirme un défenseur des droits des anciens combattants.

Lionel Desmond, diagnostiqué avec un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) après deux missions éprouvantes en Afghanistan en 2007, a tué son épouse, sa fille et sa mère avant de retourner son arme contre lui le 3 janvier 2017.

La décision très attendue a été annoncée par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse jeudi : une enquête médico-légale publique aura lieu. Ce qui va mettre en lumière le processus par lequel les militaires réintègrent la vie civile un peu partout au pays.

Ottawa a promis de collaborer pleinement à cette enquête, alors que le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan, a déclaré vendredi que le gouvernement fédéral voulait éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise.

Pour le défenseur de la cause des anciens combattants, l’ex-député fédéral Peter Stoffer, même si cette enquête se concentre sur l’affaire Desmond, les conclusions et les recommandations auront un impact sur les droits des vétérans partout au Canada.

La famille de Lionel Desmond a révélé que son comportement avait changé de façon radicale lorsqu’il a été libéré des forces armées pour des raisons médicales et qu’il est rentré chez lui à Upper Big Tracadie en Nouvelle-Écosse en 2015.

Son sens de l’humour s’était éteint et il semblait constamment sur ses gardes comme s’il se trouvait toujours en «mode combat». Dans les heures qui ont suivi le drame, ses proches ont dénoncé le manque d’aide offerte à l’ex-caporal pour retrouver une vie normale.

«Cette enquête aura des répercussions nationales pour la façon dont procède le gouvernement et pour les provinces et territoires aussi», estime l’ex-député néo-écossais Peter Stoffer. «Espérons que le processus de sortie des militaires et des policiers de la GRC pourra être grandement amélioré», a-t-il ajouté.

«Tragédie nationale»

L’adjudant-maître à la retraite Barry Westholm a qualifié le drame de la famille Desmond de «tragédie nationale». «Si Lionel avait eu un endroit où appeler, un être humain pour lui dire «OK Lionel, revient à la base et on va s’occuper de toi», peut-être que cette tragédie aurait pu être évitée. Ça prend un drame comme ça pour les faire agir», a-t-il dénoncé vendredi.

Barry Westholm a servi au sein d’une unité de soutien qui offrait de l’aide et des programmes pour les militaires blessés ou malades. Il a démissionné en signe de protestation.

Selon lui, l’enquête devrait s’intéresser à la manière dont les militaires blessés sont préparés à leur retour à la vie civile et comment ils sont suivis une fois libérés.

Pour Barry Westholm, ce qui reste à faire est déjà très clair. «C’est ce qui me rend fou. Ils ont tout ce qu’il faut, sauf le leadership. Toutes les réponses sont là, les rapports sont rédigés, les gens sont là», dénonce-t-il.

«Vous avez les Forces armées canadiennes au complet et le ministère des Anciens combattants, ce sont des dizaines de milliers de personnes et des milliards de dollars à votre disposition et vous êtes incapables de faire en sorte qu’une personne puisse faire la transition correctement. Il n’y a aucune excuse, sauf un manque de leadership», s’insurge M. Westholm.

D’après le Dr Matthew Bowes, médecin légiste en chef de la Nouvelle-Écosse qui a recommandé l’ouverture de l’enquête, l’apparent manque de coopération entre les agences gouvernementales risque d’être un aspect clé à aborder.