Le coroner Jean Brochu a orienté en partie sa réflexion sur ceux qui pratiquent «des activités à risque». «Tout le monde comprend très bien que 33 000 km linéaires de motoneige, on ne va pas demander aux ambulanciers de charrier ça».

Un touriste mort, mais aucune recommandation du coroner

S’il permet d’expliquer pourquoi il a fallu plus de deux heures pour évacuer un motoneigiste américain gisant dans un état critique près de l’Étape, dans la Réserve faunique des Laurentides, le rapport du coroner Jean Brochu ne répond pas à la question à la base de l’enquête : le protocole d’intervention a-t-il été suivi?

La seule conclusion du Dr Brochu, dans son rapport publié jeudi, est celle-ci : «M. Glenn-A. Dumont est décédé des suites d’un polytraumatisme subi lors de la collision de deux motoneiges. Il s’agit d’un décès accidentel.» Aucune recommandation n’est formulée dans le document de cinq pages relatant le drame survenu le 2 mars 2016. 

Le temps mis avant de porter secours à l’homme de 69 ans originaire d’Albert, dans l’État du Maine, avait pourtant été décrié dans les jours suivant le drame. 

Notamment sous la pression politique de ses adversaires de l’opposition, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait ordonné une enquête du coroner, le 15 mars. «Ce sera au coroner de dire si le protocole [d’intervention] s’est exercé correctement», avait alors dit le ministre.

Or, le Dr Brochu ne répond pas directement à cette question dans son rapport, bien qu’il raconte en détail comment l’intervention s’est déroulée. Joint par Le Soleil, le Dr Brochu a affirmé que «ce n’est pas au coroner de dire quel va être le cadre» dans lequel les ambulanciers et les différents services d’urgence devront intervenir. 

Longs délais

Le coroner met bien l’accent sur les longs délais d’intervention, s’en tenant rigoureusement aux faits. Selon son récit, l’accident s’est produit à 11h35, «en pleine tempête de neige», sur un sentier situé à 3,4 kilomètres du poste de la Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec (CTAQ), à l’Étape.

Le premier appel tenté pour obtenir de l’aide a été fait depuis le dépanneur situé au même endroit à 12h12. Ce n’est qu’à 13h que des agents de la Sûreté du Québec sont arrivés à l’Étape. Entre-temps, des ambulanciers ou des représentants de Patrouille-secours étaient déjà sur place, mais «n’avaient pas l’autorisation» de se rendre sur les lieux de l’accident, stipule le coroner. 

L’un des policiers se retrouvera aux côtés de M. Dumont à 13h15 et tentera des manœuvres de réanimation. Le traîneau-civière arrivera à 13h25 et la victime sera finalement évacuée par ambulance à 13h37. Il arrivera à l’hôpital Saint-François d’Assise à 15h07. Son décès sera constaté à 16h50. 

Difficile de dire si une intervention plus rapide aurait amélioré les chances de survie, a précisé M. Brochu en entrevue au Soleil. M. Dumont ne présentait aucun signe de vie 45 minutes après l’accident. L’autopsie a démontré qu’il était mort d’une hémorragie interne.

Si le médecin n’a émis aucune recommandation, ça ne veut pas dire qu’il n’avait pas une opinion sur les délais d’intervention. Son premier questionnement, qu’il n’a pas mentionné dans le rapport, concerne les cinq motoneigistes qui accompagnaient Glenn Dumont.

«Les premiers délais qu’on peut questionner : pourquoi ça leur a pris 25 minutes pour faire trois kilomètres à motoneige. Ils étaient où, ils faisaient quoi?» a-t-il demandé froidement.

Le reste de sa pensée ne va pas vers les intervenants, mais plutôt vers ceux qui pratiquent «des activités à risque». «Tout le monde comprend très bien que 33 000 km linéaires de motoneige, on ne va pas demander aux ambulanciers de charrier ça», a dit le coroner. «Vous faites du saut en parachute, de la plongée sous-marine, de l’escalade, de la marche en montagne, s’il vous arrive quelque chose, je ne vois pas comment vous pouvez demander que les secours soient là dans les 15 minutes suivantes.»

Correctifs apportés

Toujours pour expliquer sa démarche, le Dr Brochu a fait savoir que des changements ont déjà été apportés dans les directives d’intervention depuis cet accident. Une information confirmée par la CTAQ.

«Il y a certains points qui ont changé. Le ministère de la Santé a accepté de fournir aux ambulanciers certains équipements, comme des casques de motoneige, des gants, des couvre-bottes. Maintenant, on a le droit de se rendre dans les sentiers», a expliqué Dominic Chaput, directeur adjoint aux opérations. 

Cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus jamais d’attente en pareille situation. «Malgré le fait que j’ai des ambulanciers qui sont dans une caserne dans le parc des Laurentides, c’est certain que je vais devoir appeler des partenaires, il y a des délais.»