Dans Le Soleil de mercredi, la Dre Lise Grenier de la Polyclinique de L’Ancienne-Lorette s’inquiétait à l’approche de sa retraite pour ses 1500 patients, qu’elle ne pourra confier à ses collègues débordés.

Un taux d’assiduité aux effets pervers, dénonce la CAQ

La Coalition avenir Québec (CAQ) déplore que de plus en plus de GMF refusent maintenant d’accueillir les 1,6 million de patients orphelins afin de respecter le taux d’assiduité imposé par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

La CAQ a demandé au ministère de la Santé de lui fournir la liste des GMF qui voient encore des patients orphelins, sans succès.

«Le ministère ne répond pas à notre demande en prétextant que les GMF ne sont pas obligés d’accueillir les patients orphelins. Le ministère et le ministre ne vérifient pas ce qu’il se passe sur le terrain. Il est vrai que les GMF ne sont pas obligés de voir des patients orphelins, mais avant l’imposition du taux d’assiduité, certains GMF accueillaient tout de même les patients orphelins», déplore la CAQ dans un courriel envoyé au Soleil.

La CAQ cite l’exemple du GMF de la Polyclinique Boréale de Baie-Comeau et du GMF des Etchemins, qui n’accueillent plus de patients orphelins depuis novembre 2017 et février 2018 respectivement. Dans les deux cas, les médecins ont expliqué devoir respecter le taux d’assiduité de 80 % auprès de leurs patients inscrits imposé par le ministre Barrette.

Au bout du fil, le député François Paradis a déploré qu’une telle règle ait été mise en place «sans penser aux effets pervers que ça pouvait avoir». «Il faut revoir ce concept d’assiduité, faire preuve de flexibilité et de souplesse pour avoir un équilibre entre la demande et l’offre», a plaidé le député de Lévis.

Inquiétudes d’une future retraitée

Dans nos pages, mercredi, une médecin de la Polyclinique de L’Ancienne-Lorette, la Dre Lise Grenier, déplorait le manque de relève médicale et les effets pervers du taux d’assiduité imposé aux GMF. À l’approche de sa retraite, la Dre Côté disait s’inquiéter pour ses 1500 patients, qu’elle ne pourra confier à ses cinq collègues déjà débordés. Désinscrits, ses patients n’auront plus accès à la clinique du boulevard Hamel, même pas à l’infirmière qu’ils avaient l’habitude de voir pour leurs problèmes de santé ponctuels ou chroniques, déplorait-elle.

Au ministère de la Santé et à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on se voulait rassurant, laissant entendre qu’un patient désinscrit d’un GMF pouvait très bien continuer de consulter à la clinique pour y voir l’infirmière, par exemple. «Un patient qui consulte une infirmière dans un GMF ne baisse pas le taux d’assiduité», disait une porte-parole du ministère, Marie-Claude Lacasse. Des propos qui ont fait réagir la Dre Grenier. «L’infirmière n’a plus le droit de s’occuper du patient qui n’a plus de médecin traitant sur place. Elle pourrait très bien le faire sinon mieux qu’un médecin sans nuire à l’assiduité, mais elle n’en a pas le droit. Je serais très réconfortée si je pouvais laisser mes patients diabétiques ou Alzheimer aux mains de nos infirmières, mais elles ne peuvent pas continuer le suivi de ces patients», a insisté la médecin de L’Ancienne-Lorette.

La Dre Grenier a également répliqué aux propos de Mme Lacasse à propos de la «grande inscription», cette entente entre le ministère et la FMOQ qui permet aux médecins de famille qui débutent leur pratique de se voir attribuer des blocs de patients de médecins qui partent à la retraite.

«Dès leur arrivée en pratique après leur diplomation de cet été, les nouveaux facturants devraient largement contribuer à la grande inscription de 2018 et accentuer la prise en charge de la clientèle dans des cas comme celui-ci d’un médecin qui prend sa retraite», disait la porte-parole du ministère.

«Ces nouveaux médecins prêts à accepter des blocs de patients sont pour l’instant inexistants. Trois ont eu l’autorisation de s’installer dans la région 03 en 2018 et ils sont déjà casés» ailleurs qu’à la Polyclinique de L’Ancienne-Lorette, a rétorqué la Dre Grenier.

Au cabinet du ministre Barrette, on ne considère pas que le taux d’assiduité a des effets pervers sur les patients orphelins. «Non, ce n’est pas un frein. Le taux d’assiduité est une mesure d’accès pour les patients et a été mis en place dans l’intérêt du patient», a réitéré l’attachée de presse du ministre, Catherine W. Audet.