Le Soleil était à la Boîte à pain la nuit de l'attentat. Vers minuit, alors que le nombre de victimes n'était pas encore confirmé, Louis-Gabriel Cloutier a offert gratuitement des litres de café et des croissants, un peu de chaleur et des précieuses prises pour recharger les téléphones à plat de citoyens et de journalistes inondés de notifications.

Un refuge au coeur de l'horreur

Dimanche, 20h. Louis-Gabriel Cloutier s'apprête à mettre la clé dans la porte de la boulangerie la Boîte à pain du chemin Sainte-Foy. Mais quatre hommes, sans manteau ni bottes, sortent de la mosquée et se pointent en panique. Ils fuient les coups de feu. M. Cloutier a laissé le commerce ouvert. La boulangerie n'a pas fermé de la nuit, devenant salle de presse, lieu de rencontre et zone de décompression.
Des gens discutaient, le regard ailleurs, les journalistes tentaient d'y voir clair. Deux policiers lourdement armés circulaient, le temps d'une petite pause.
Au bout du fil, jeudi, quatre jours après cette nuit d'horreur, Louis-Gabriel Cloutier n'a pas du tout envie de voir les projecteurs dirigés vers lui. Pas envie non plus de prendre un quelconque crédit pour sa décision de rester ouvert pendant cette soirée où tout a basculé.
«On était content que le monde ait une place pour se rassembler. C'est devenu comme une espèce de veillée funèbre», dit humblement l'assistant-gérant de la boulangerie, qui a refusé d'être pris en photo.
Mais ce geste, c'était plus qu'une humble contribution spontanée. Le Soleil était à la Boîte à pain cette nuit-là. Vers minuit, alors que le nombre de victimes n'était pas encore confirmé, Louis-Gabriel Cloutier a offert gratuitement des litres de café et des croissants, un peu de chaleur et des précieuses prises pour recharger les téléphones à plat de citoyens et de journalistes inondés de notifications. La planète voulait savoir ce qui se passait après cet attentat insensé dans une mosquée de Québec, d'ordinaire tellement paisible. Et cette nuit-là, les yeux du monde entier pointaient sans le savoir vers cette chaleureuse boulangerie de quartier.
Des gens discutaient, le regard ailleurs, les journalistes tentaient d'y voir clair. Deux policiers lourdement armés circulaient, le temps d'une petite pause. La scène avait quelque chose de surréaliste. Louis-Gabriel Cloutier est resté là, à remplir les réservoirs de café. Il a refusé catégoriquement les 2 $ que l'auteure de ces lignes a tenté de lui offrir. Ce sera sa contribution.
Vers 0h30, l'annonce d'un point de presse nocturne avec le premier ministre Philippe Couillard, le maire de Québec Régis Labeaume et le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux se confirme. Les reporters et caméramans s'agitent. Finalement, une porte-parole de la Sûreté du Québec parlera avant, vers 0h45. Et le verdict tombera: six morts, huit blessés.  
Au même moment, quelques citoyens improvisent une veillée en hommage aux victimes à un jet de pierre de la boulangerie. Des employés du commerce vont leur porter des bouts de baguette de pain. Et en offre aux policiers dans cette nuit de plus en plus glaciale.
Loin des médias
Après, pendant quelques jours, le boulanger fera une sorte d'éclipse médiatique volontaire sur la fusillade de la mosquée.
«C'était ma dernière journée avant quelques jours de congé. J'étais content que ça tombe là, j'avais besoin de décompresser. Je n'ai pas ouvert la radio, pas ouvert la télé. J'ai seulement lu quelques articles de journaux», a relaté M. Cloutier au Soleil jeudi, alors qu'il était de retour à la production de pains, croissants et café.
Un recul qui l'a gardé loin des questions, des discussions à propos de l'attentat qui est, depuis, sur les lèvres de tous les clients.
Un temps de décompression personnel, un recul pour celui qui a été, malgré lui, aux premières loges du drame survenu à quelques mètres de cette porte qu'il n'aura finalement jamais verrouillée en ce soir du 29 janvier 2017.