Le rapport d’enquête administratif de près de 40 pages qui porte un regard critique sur la gestion de l’incident des sextos par le Séminaire des Pères Maristes a été rendu public vendredi.

Un rapport critique pour les Pères Maristes

Le rapport d’enquête administratif de près de 40 pages qui porte un regard critique sur la gestion de l’incident des sextos par le Séminaire des Pères Maristes a été rendu public vendredi. Dans ce rapport caviardé à près de 75 %, on souligne que la gouvernance du Séminaire présente des lacunes et que les incohérences du conseil d’administration et de la direction générale minent sa crédibilité.

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«Le Séminaire était peu outillé pour réagir promptement et adéquatement à une telle situation notamment en raison de l’absence d’une gestion intégrée des risques par le conseil d’administration. Cet exercice aurait permis au Séminaire d’établir à l’avance une stratégie afin d’identifier des risques prévisibles et leurs conséquences sur l’établissement en plus d’établir une procédure de gestion de crise, attribuer des rôles et des responsabilités différentes», cite le rapport. 

On reproche également au conseil d’administration d’avoir entièrement délégué la tâche de la gestion de crise au directeur général François Sylvain alors que la gestion de l’image et les déclarations publiques constituent des responsabilités réservées au président du conseil d’administration, et ce, particulièrement en temps de crise.Le rapport note aussi que le Séminaire ne dresse pas non plus de planification stratégique sur une base pluriannuelle. 

Il reproche aussi à M. Sylvain de ne pas s’être simplement référé au Code de vie de l’école pour déterminer si les règles de vie et les valeurs de l’école avaient été enfreintes. M. Sylvain avait entre autres invoqué la durée du processus d’enquête, l’absence d’accusations formelles, la présomption d’innocence et l’impossibilité de rencontrer les garçons afin d’obtenir leur version des faits pour déterminer la sanction disciplinaire appropriée à appliquer. «Compte tenu des motifs d’arrestation invoqués, M. Sylvain n’avait d’ailleurs pas besoin de “tirer des aveux” des garçons pour prendre des mesures disciplinaires», cite le rapport.

Par ailleurs, la Fédération des établissements d’enseignement privé a l’intention de se conformer aux directives du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge suite au dépôt du rapport concernant le Séminaire des Pères Maristes. Son président David Bowles est cependant un peu inquiet du projet d’élargir le mandat du protecteur de l’élève aux établissements privés.

«Nous pensons que l’autonomie de nos écoles est la clé du succès et qu’avec le protecteur de l’élève, il y a un danger. Par exemple, si le protecteur de l’élève émettait des opinions publiques sur des expulsions, je ne suis pas sûr que ce serait une bonne idée pour nos établissements qui sont gérés par des conseils d’administration», a-t-il affirmé vendredi en entrevue téléphonique avec Le Soleil.

«Malgré tout, nous allons nous conformer, nous ne sommes pas contre. Mais l’idée existe, une certaine peur que ce soit utilisé par tout parent insatisfait alors que, pourtant, la raison numéro un pour laquelle les parents envoient leurs enfants au privé, c’est justement la sécurité de leurs enfants. C’est aussi le premier critère de satisfaction des parents chez nous», reprend-il.

La Fédération entend aussi se conformer à toutes les autres mesures que mettra en place le ministère pour combattre la violence et l’intimidation, notamment la mise à jour du plan de lutte contre l’intimidation et la mise en œuvre d’un mécanisme de traitement des plaintes pour le réseau d’enseignement privé.

«Nous allons collaborer, nous allons nous y conformer. Nos écoles ont déjà des mesures existantes et le taux de satisfaction dans nos écoles est très élevé. De plus, nos écoles ont déjà commencé à mettre en place un protocole concernant les sextos en collaboration avec le Service de police de Saint-Jérôme et le directeur des poursuites criminelles et pénales. Le problème était qu’auparavant, les différents corps policiers avaient tous un protocole différent en cette matière. Nous apprécierions que tous les corps policiers de la province adoptent le même protocole», résume-t-il.

La directrice des communications de la Fédération, Geneviève Beauvais, ajoute que la police de Saint-Jérôme applique ce protocole depuis trois ans avec la commission scolaire et l’école privée de cette région et que la majorité des cas de sextos se règlent en trois ou quatre jours. «Ça ne signifie pas nécessairement que des accusations criminelles sont déposées, mais en trois ans, il n’y a eu aucune récidive. Le fait pour les jeunes de devoir aller au poste de police avec leurs parents amène une bonne prise de conscience et a un effet dissuasif. Ça aide à comprendre qu’à cet âge, un “sexto”, c’est criminel parce qu’ils sont mineurs», conclut-elle.