Certains intrants de Ciment McInnis sont entreposés au port de Belledune, au Nouveau-Brunswick, à défaut de l’être à Chandler.

Un quai en décrépitude, des contrats manqués à Chandler

CHANDLER — L’état de décrépitude du quai de Chandler empêche la Gaspésie de tirer plein avantage des retombées économiques de la cimenterie de Port-Daniel. Propriétaire de l’usine de Port-Daniel, Ciment McInnis doit recourir au port de Belledune, au Nouveau-Brunswick, quand ses propres installations ne suffisent pas.

Cette situation s’explique notamment par le fait que le quai de Chandler a été fermé en septembre 2016 par Transport Canada, son propriétaire, qui ne l’avait pas entretenu en dépit de la présence d’utilisateurs réguliers.

Ciment McInnis, qui a ouvert son usine en juin 2017, achète quelques centaines de milliers de tonnes d’intrants par an pour ajouter au calcaire de son gisement de Port-Daniel et produire du ciment. Ses installations d’entreposage ne suffisent cependant pas à recevoir certains volumes d’intrants, quand de grandes quantités sont livrées, un avantage côté prix.

Les surplus de combustible, du coke de pétrole en l’occurrence, de gypse, d’oxyde de fer, de sable de silice et de bauxite, notamment, sont donc déchargés à Belledune, au nord du Nouveau-Brunswick, à environ 75 kilomètres de Port-Daniel par voie d’eau. Ils sont réacheminés plus tard vers la cimenterie par barge.

Transbordement d’intrants

La mairesse de Chandler, Louisette Langlois, veut acquérir le quai commercial de sa ville et rapatrier en Gaspésie le transbordement des volumes d’intrants que Ciment McInnis entrepose à Belledune.

«Si notre quai n’avait pas été fermé en 2016, ces volumes d’intrants passeraient par Chandler, j’en suis persuadée. Il aurait fallu l’entretenir au préalable et faire des modifications mais tout ça était très faisable», aborde Mme Langlois, qui reste confiante de rattraper la situation à moyen terme.

«Transport Canada veut se départir de ses quais mais le Ministère est prêt à financer un plan d’affaires et une étude de faisabilité, incluant les coûts de réfection du quai de Chandler. L’étude coûte 200 000 $ et le consultant que nous avons embauché, CPCS, croit que notre quai peut récupérer les volumes de Ciment McInnis», ajoute la mairesse.

Quand Transport Canada a fermé le quai en 2016, Chandler recevait annuellement 30 escales du navire de croisières CTMA Vacancier. Des déchargements occasionnels de sel de déglaçage y avaient aussi lieu, et certaines livraisons d’équipements industriels.

La Ville de Chandler a entamé des discussions avec Transport Canada pour la rétrocession du quai en 2010. Les démarches n’ont pas abouti mais Louisette Langlois demeure confiante que le ministère fédéral montrera de l’ouverture si le plan d’affaires est concluant.

La poule ou l’œuf?

Elle y voit de façon générale une manifestation du dilemme de la poule et de l’œuf.

«Les autorités nous demandent si on a des projets pour le quai mais si on n’a pas de quai, on n’aura pas de projets. Nous avons la preuve ici avec le trafic de Ciment McInnis.»

Les intrants de Ciment McInnis, s’ils étaient déchargés à Chandler plutôt qu’à Belledune, laisseraient une empreinte environnementale moins forte, Chandler étant deux fois et demie plus près de Port-Daniel, distante de 30 kilomètres. Les possibilités d’un réacheminement par barge ou par chemin de fer sont des options qu’offre Chandler, quand la voie ferrée sera remise à niveau entre Chandler et Port-Daniel.

En 2016, le coût de réfection du quai de Chandler était évalué à un intervalle de 13 millions $ à 16 millions $. «Il se pourrait que ça coûte un peu plus de 20 millions $ maintenant», dit-elle, rappelant que laisser dépérir coûte cher quand il faut réparer.

Ciment McInnis montre de l’ouverture à des solutions qui rapprocheraient de Port-Daniel l’acheminement d’intrants entreposés ailleurs.

«Il s’agit de la nature des activités qui pourraient être ramenées vers la Gaspésie, si des installations portuaires étaient mises à niveau. De là, la logistique vers l’usine pourrait être maritime, ferroviaire ou routière. Nous collaborons en fournissant toute information nécessaire aux promoteurs qui travaillent sur les projets de réfection de quais dans la région», note Maryse Tremblay, porte-parole de la cimenterie.