La plaignante, Noëllie Agboton, est aujourd’hui âgée de 39 ans.

Un prof de math coupable d’abus sur une élève

Noëllie Agboton était amoureuse de son prof de mathématiques, Richard Robitaille. Pour la première fois depuis son arrivée au Québec, l’adolescente originaire du Bénin se sentait aimée, se trouvait belle. Elle ne savait pas encore les profondes marques que cette idylle interdite allait laisser.

Richard Robitaille, 64 ans, un enseignant retraité vivant dans le quartier Lac-Saint-Charles à Québec, a plaidé coupable lundi à une accusation d’incitation à des contacts sexuels. La Couronne a retiré l’accusation d’agression sexuelle.

Noëllie Agboton, 39 ans, qui travaille comme mannequin et comédienne, ne sait pas encore si ce plaidoyer de culpabilité est une bonne chose pour elle. Sans filtre, avec une rage au cœur toujours sur le point de déborder, Noëllie se raconte.

À l’âge de neuf ans, elle quitte le Bénin, en Afrique de l’Ouest. Toute sa famille arrive au Canada comme réfugiés politiques.

Frappée à la maison, Noëllie devient une adolescente rebelle, faisant des allers-retours entre des familles d’accueil et son foyer. À 14 ans, elle étudie dans une classe de cheminement particulier à la polyvalente de Loretteville (aujourd’hui école secondaire Roger-Comtois).

Elle rencontre Richard Robitaille, âgé à ce moment de 40 ans, qui lui enseigne les mathématiques et devient son professeur titulaire. L’enseignant est doux, lui parle gentiment et l’invite à dîner dans des restaurants.

Robitaille montre à son étudiante des photos de sa femme, haïtienne, en bikini. Noëllie, qui endure les quolibets racistes, est touchée que son professeur apprécie les femmes noires.

Richard Robitaille, 64 ans, un enseignant retraité, a plaidé coupable lundi à une accusation d’incitation à des contacts sexuels.

Rapprochements

C’est l’adolescente qui initiera les rapprochements physiques. Elle embrasse son professeur à la fin d’un examen. À l’été 1994 ou 1995 (la preuve est contradictoire, précise la procureure de la Couronne), la jeune fille et son prof commencent à se fréquenter en cachette des parents de Noëllie.

L’adolescente et Richard Robitaille auront leur première relation sexuelle complète à la journée d’accueil de quatrième secondaire. Elle sera suivie de nombreuses autres.

Noëllie se rappelle comment l’enseignant passait la chercher à l’école pour l’amener passer l’heure du midi dans une chambre d’un motel du boulevard Hamel.

L’enseignant et son élève fréquentent les bars de danseuses. L’adolescente boit du vin chez son professeur en faisant ses devoirs. 

L’adolescente est convaincue qu’à sa majorité, elle emménagera chez Robitaille et qu’ils formeront un couple.

Écart d’âge

Un soir, à l’âge de 17 ans, elle aperçoit le professeur en train de nettoyer son dentier avec une brosse. «Ça a été le déclic et ça m’a fait réaliser l’écart d’âge, explique Noëllie. J’ai fui.»

Elle fera des études en comptabilité, mais va aussi travailler comme danseuse et avoir des problèmes de consommation d’alcool.

Durant des années, elle refuse de dénoncer son ancien enseignant. «Je croyais que Richard était celui qui a toujours été là pour moi dans des années difficiles, c’était ma référence amoureuse», explique Noëllie.

Avec le temps, les séquelles se sont installées. «Les gens viennent toujours à moi pour me manipuler, jette la jeune femme, d’un ton rempli de colère. Je veux qu’on me respecte, je ne veux plus être violée. C’est souffrant à l’intérieur de soi de se sentir morte.»

Noëllie a demandé au juge de lever l’ordonnance qui garantissait son anonymat de plaignante. «Il a noirci ma vie et je ne veux pas rester dans cette noirceur, explique la jeune femme. J’ai voulu être à la lumière avec cette histoire-là, même si c’est plate, comme histoire.»

Les représentations sur la peine de Richard Robitaille auront lieu en janvier.