Léa Tremblay-Benoit a subi une immunothérapie orale pour vaincre son allergie aux produits laitiers. Elle est sur le point d’entreprendre une deuxième immunothérapie, cette fois pour son allergie aux noisettes.

Un premier verre de lait à 14 ans

Léa Tremblay-Benoit peut boire du lait, manger du yogourt, de la crème glacée et du fromage depuis bientôt deux ans. Banal? Absolument pas. L’adolescente de 15 ans était allergique aux produits laitiers depuis sa petite enfance. Elle a suivi — avec succès — une immunothérapie orale grâce à un protocole de recherche mené au Children Hospital de Montréal.

« Je suis très contente. Ne plus être allergique aux produits laitiers, ça m’enlève un grand stress. Ça m’ouvre aussi à toute une variété de produits que je ne pouvais pas goûter avant », lance la jeune femme.

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Tout n’est pas terminé pour Léa; elle vit encore avec des allergies aux noisettes et aux œufs. Et c’est pourquoi elle entreprendra sous peu une deuxième désensibilisation, cette fois aux noisettes. « La première étape est la provocation, pour voir jusqu’à quel niveau on peut tolérer l’allergène. Ça se passe sur deux jours à l’hôpital. J’ai hâte et je suis un peu nerveuse aussi, parce qu’on ne sait pas comment on va réagir », dit-elle avec une grande lucidité.

À Montréal

Pour une deuxième fois, Léa et sa mère devront multiplier les déplacements à Montréal. Cependant, d’autres enfants pourront s’éviter cette peine dans l’avenir, car le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) lance actuellement un projet-pilote sur l’immunothérapie orale.

Les allergies alimentaires n’ont pas un impact que sur ceux qui en souffrent. Elles ont aussi des répercussions sur les membres de leur famille.

Chez les Tremblay-Benoit par exemple, il n’est pas question d’aller fêter un anniversaire au restaurant. Ou de commander un gâteau en pâtisserie. Pas plus que de prendre une pause des fourneaux le vendredi soir en allant chercher un repas au restaurant du coin. Les risques de contamination croisés sont beaucoup trop importants quand les allergies sont sévères.

« Quand un enfant vit avec une allergie, toute la famille doit s’adapter. C’est jour après jour, repas après repas, il n’y a pas de pause », souligne Karine Tremblay, la mère de Léa.

Parce qu’il ne s’agit pas juste d’éviter de consommer fromage, crème glacée et yogourt dans le cas de l’allergie aux produits laitiers. « Il faut éviter tout ce qui contient du lait, tout ce qui peut en contenir (même si c’est une infime quantité) ou tout ce qui peut avoir été en contact avec du lait. Beaucoup de choses, a priori, ne contiennent pas de produits laitiers, mais elles peuvent contenir des traces parce qu’elles sont fabriquées dans la même usine, préparées dans la même cuisine, avec les mêmes ustensiles, etc. Le chocolat noir est un bon exemple : par définition, ça ne contient pas de lait, mais dans les faits, la plupart des emballages mentionnent que leurs produits peuvent avoir été en contact avec du lait. Et on le sait, une trace peut suffire à déclencher une grave réaction allergique. C’est pour ça qu’on ne peut jamais baisser la vigilance avec les allergies alimentaires », souligne Karine Tremblay.


« Quand je vais chez des amis, je dois toujours apporter mes choses. »
Léa Tremblay-Benoit

La famille, qui compte trois autres enfants, aime bien voyager et ne s’en prive pas. Mais tout doit être orchestré, organisé au quart de tour.

« La présence des allergies enlève la spontanéité. Quand on part en voyage ou qu’on fait une sortie à l’extérieur de la maison, on doit planifier d’amener les repas dans une glacière. On ne peut pas arrêter où on veut, quand on a faim, pour prendre un repas », ajoute Karine Tremblay.

Du point de vue social, il peut aussi y avoir un impact important pour les enfants qui souffrent d’allergies.

« Quand je vais dans des fêtes ou chez des amis, je dois toujours apporter mes choses », souligne Léa Tremblay-Benoit.

Puis il y a aussi tous ces interdits qui ont marqué sa vie. « Quand j’étais allergique aux produits laitiers, tout le monde avait déjà mangé de la crème glacée; tout le monde me disait combien c’était bon. Je me sentais... différente, ça me rendait un peu triste », avoue-t-elle.

Pour sa désensibilisation aux noisettes, Léa devra se rendre au Children Hospital toutes les deux semaines pendant plusieurs mois — impossible de connaître les étapes qu’elle devra traverser ni de savoir si le succès sera au rendez-vous. Elle a déjà connu ce long processus avec sa désensibilisation aux produits laitiers.

« Je dois manquer des jours d’école, alors je dois tout planifier avec mes professeurs. C’est beaucoup de travail. Mais ce n’est pas grave, ça vaut la peine pour le stress que ça m’enlève. Je veux pouvoir aller au restaurant et commander ce qui me plait; je veux pouvoir voyager sans stress. Alors je suis prête à recommencer le processus même s’il est exigeant », soutient la jeune femme.