Mme Dion, résidante du centre Le St-Patrick, est devenue une «sage-artiste» grâce aux Pinceaux d'or.

Un pinceau et des toiles pour vaincre l'isolement

Il n'y a pas d'âge pour apprendre et le vernissage de l'organisme à but non lucratif Les pinceaux d'or l'a démontré une fois. Pendant six semaines, les aînés du centre d'hébergement Le St-Patrick, à Québec, ont participé à un atelier de peinture, alors que certains n'avaient jamais tenu un pinceau de leur vie!
«Je croyais que je n'avais aucun talent pour le dessin. J'ai été surprise! C'étaient mes soeurs qui avaient du talent, pas moi», racontait mardi Claire Côté, l'une des 11 femmes de la résidence à avoir participé à cet atelier gratuit.
«Avec un pinceau, elles ne sont plus seules», explique Michel Béchard, le directeur général des Pinceaux d'or. Afin de vaincre l'isolement des aînés et de reconnaître leur contribution à la société, M. Béchard les transforme en «sages-artistes» comme il les appelle. Et ça marche!
À raison de deux heures par semaine, la résidente Hélène Boutin a peint trois toiles. D'une lucidité désarmante pour ses 97 ans, cette vieille fille de Saint-Roch avait déjà peint plusieurs années avec l'artiste Germain Larochelle. Si elle a repris les pinceaux il y a six semaines, c'est parce qu'elle aime jouer avec les couleurs. Elle était d'ailleurs très fière des reflets bleutés de sa toile.
Mais peindre représente d'abord pour elle «un oubli de ce qui est tragique». Mme Boutin ne s'est jamais mariée et n'a pas eu d'enfants. Au cours de sa vie, elle a dû séjourner cinq fois dans un sanatorium pour une tuberculose. Mais même avec un poumon et quatre côtes en moins, elle n'aurait manqué pour rien au monde cet atelier. «Ce n'est pas parce que je suis rendue à 97 ans que je ne peux plus rêver! précise-t-elle. Avec la peinture, on amène le rêve à la réalité.»
Si Joane Fournier, responsable des activités au centre, a facilement convaincu Mme Boutin, elle a presque dû «tordre le bras» à quelques-uns. En concertation avec le service d'infirmerie, elle a surtout ciblé des gens isolés.
«Mais personne ne regrette l'expérience. Ç'a les a amenés à côtoyer des gens plus positifs», note Mme Fournier.
En effet, la joie se lisait sur le visage de Lise La Rocque, 76 ans, aussi sans enfants. Cette expérience a ravivé chez elle une vieille passion. Il y a quelques années, Mme La Rocque suivait des cours du soir en peinture aux Beaux-Arts de Québec.
Avec une toile comme celle d'Élise O'Keefe, 89 ans, la peinture, c'est aussi plus qu'un simple dessin.
«J'ai peint la petite école où je suis allée pendant sept ans. Quand on arrivait à l'école, le poêle avait donné de la chaleur et on faisait sécher nos mitaines dessus.»
Ainsi, malgré quelques réticences au départ, l'expérience a été si concluante que toutes comptent continuer à peindre dans leurs temps libres.
«J'ai trouvé très agréable de rencontrer des personnes aussi charmantes», souligne spontanément la participante Jeanne Laroche, 87 ans. «J'ai connu un nouveau sentier que je vais parcourir à nouveau», confirme-t-elle.
Fondé en 2006 par Michel Béchard, l'organisme en était à son 20e vernissage dans les centres d'hébergement de Québec. Pour offrir ces ateliers gratuitement, M. Béchard mise sur de généreux partenaires, mais compte aussi sur trois artistes-guides comme lui. «J'ai fait appel à des gens qui avaient la passion des personnes âgées.»
Micheline Cheney, peintre depuis 45 ans, enseigne la peinture depuis 20 ans. Artiste-guide depuis les tout premiers débuts de l'aventure, elle croit fermement que les personnes âgées sont encore capables d'embellir le monde. Pour y parvenir, elle sécurise d'abord les aînés avec la toile blanche. Une fois qu'elle leur a donné confiance, tout s'enchaîne.
Mais selon elle, trop d'aînés se croient incapables, notamment les femmes qui ont été reléguées dans les cuisines.
Ce n'est donc pas par hasard si les participants aux ateliers sont à 85 % des femmes.
Projet de galerie d'art
Tout en continuant à donner des ateliers dans les CHSLD, M. Béchard projette d'ouvrir une galerie permanente en 2009 pour desservir aussi les aînés à domicile et rehausser leur autonomie. Il tente aussi de convaincre la direction des CHSLD de mettre un local à la disposition des «sages-artistes» qui souhaitent poursuivre l'aventure au-delà des ateliers.
En attendant, dès janvier, les toiles des «sages-peintres» seront exposées sur le mur du grand salon du centre Le Saint-Patrick. Qui sait si elles ne trouveront pas preneur d'ici là!