La page Web de l'outil interactif sur le climat de l'Université de Montréal

Un outil statistique pour voir ce qui se passe dans la tête des gens sur le climat

MONTRÉAL - Vous vous demandez ce que pensent vos voisins des changements climatiques? Ou encore ce qui trotte dans la tête des Canadiens à l’autre bout du pays au sujet de la taxe sur le carbone? Juste à temps pour l’élection fédérale d’octobre, un professeur de l’Université de Montréal, avec des collègues d’universités américaines, a réalisé un travail statistique monstre pour créer un outil interactif permettant de scruter les opinions et les perceptions des gens sur le climat, d’un océan à l’autre, par province et même au niveau très local, par circonscription.

Il s’agit d’une première application au Canada d’un tel modèle statistique, souligne Erick Lachapelle, un professeur agrégé de sciences politiques de l’Université de Montréal qui est derrière cette initiative.

Cette version 2019 est une mise à jour d’un premier modèle confectionné en 2016, peu de temps après l’élection du premier ministre Justin Trudeau.

Cet outil permet de vérifier une foule de choses, de réfléchir sur les différences d’opinions entre les habitants de certaines provinces, mais aussi de voir si les désirs des électeurs d’une circonscription sont bien représentés par leurs élus. Il peut aussi aider à briser des mythes sur les façons de voir des citoyens de certaines provinces.

«Notre étude montre qu’une vaste majorité des Canadiens croient aux changements climatiques et soutiennent les politiques en la matière partout au pays», conclut le professeur Lachapelle à l’aide de son outil.

Il précise certains de ses constats: cette compilation révèle qu’à l’échelle nationale, 83 pour cent des Canadiens croient que la Terre se réchauffe, mais les nouvelles cartes de l’opinion publique montrent de nettes différences entre les provinces et les circonscriptions. Alors que plus de 70 pour cent des adultes croient au réchauffement climatique en Alberta, ils sont 89 pour cent à partager cette opinion au Québec. À l’échelle des circonscriptions électorales, ces chiffres varient de 60 pour cent pour la circonscription de Souris-Moose Mountain, en Saskatchewan, à 93 pour cent pour la circonscription de Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Il relève aussi de fortes correspondances entre l’opinion publique et certaines politiques à l’échelle des provinces: après l’Île-du-Prince-Édouard, le Québec est la province qui soutient le plus fortement le marché du carbone, alors que la Colombie-Britannique est la plus favorable à une taxe sur les combustibles fossiles, explique M. Lachapelle. «Ces résultats suggèrent qu’il n’y a pas eu de réaction de rejet à l’égard de ces politiques lorsqu’elles ont été mises en oeuvre», dit-il.

Les Cartes de l’opinion publique canadienne sur le climat (COPCC) ont été créées à l’aide d’un modèle statistique basé sur les réponses de plus de 9000 participants à des sondages nationaux menés entre 2011 et 2018. Elles sont accessibles à tous sur le site de l’Université de Montréal. L’Université de Californie à Santa Barbara a contribué à développer le modèle pour la mise à jour et pour la version originale, à laquelle les universités Yale et celle l’Utah ont aussi travaillé.

«Cela va aider à nourrir le débat public», juge M. Lachapelle qui croit que les changements climatiques seront l’un des enjeux les plus importants du prochain scrutin fédéral.

Mais l’outil sera aussi utile aux décideurs politiques, aux chercheurs et à tous ceux qui veulent savoir comment les gens voient les choses ailleurs au pays.

Il montre aussi l’évolution de la pensée chez les Canadiens en ce qui a trait aux changements climatiques. Entre 2011 et 2018, plus de gens attribuent les changements climatiques à l’activité humaine qu’avant et sont d’avis que cela les affecte dès maintenant, explique le professeur.

Toutes les estimations sont dérivées d’un modèle statistique et géographique validé par la littérature universitaire et appliqué à des données issues de sondages pancanadiens administrés depuis 2011 par le chercheur lui-même. Ces données ont été utilisées pour estimer les différences d’opinions entre des groupes géographiques et démographiques tirés des données de Statistique Canada. Les résultats tiennent compte des changements d’attitude au fil du temps, précise-t-on.

Les cartes sont accessibles au : umontreal.ca/climat