Bien qu’il se dise «très satisfait» de l’abolition des frais accessoires, l’organisme incite le gouvernement à aller plus loin.

Un organisme s’inquiète que les frais accessoires en santé soient facturés ailleurs

Un an après l’abolition des frais accessoires dans le milieu de la santé, un organisme communautaire déplore que les patients continuent de sortir leur portefeuille à la clinique, pour payer des frais administratifs ou des tests non couverts par l’assurance-maladie.

«Il y a des services qui sont non couverts, toujours et encore, et nous, on milite pour un régime public accessible et universel», a déclaré Stéphane Defoy, organisateur communautaire à la Clinique communautaire Pointe-Saint-Charles, en conférence de presse dimanche matin.

L’organisme avait lancé un registre des frais accessoires, il y a un an, à partir d’un échantillon de plus de 700 personnes. Ce document lui donnait un portrait de la situation avant que ces frais soient interdits par le gouvernement.

La clinique communautaire a dévoilé dimanche de nouveaux chiffres après l’abolition des frais, cette fois-ci à partir d’un échantillon de 90 personnes majoritairement originaires de la Ville de Montréal.

En comparant ces données préliminaires, l’organisme a remarqué une augmentation des frais administratifs et des dépenses facturées pour les soins des yeux, surtout pour des examens non couverts par la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ). Selon l’enquête de la clinique, dans la moitié des cas, ces examens ont coûté plus de 100 $ aux patients.

«Je pense qu’il y a un déplacement de facturation réel et extrêmement coûteux. Et c’est souvent des personnes âgées qui sont dans les situations d’examens ophtalmologiques. Les patients sont extrêmement vulnérables face à toute proposition d’examen du médecin», a plaidé Élise Mercier-Gouin, du comité de lutte en santé de la Clinique communautaire Pointe-Saint-Charles.

L’organisme s’est aussi penché sur l’affichage des frais facturés dans les cliniques. Selon son enquête réalisée à partir de 40 cliniques, les trois quarts d’entre elles ne se conformaient pas au règlement du gouvernement, en n’affichant pas de liste de frais, ou en présentant l’ancienne liste en vigueur avant l’abolition des frais accessoires.

Bien qu’il se dise «très satisfait» de l’abolition des frais accessoires, l’organisme incite le gouvernement à aller plus loin.

Il lui recommande entre autres de mieux contrôler les frais administratifs et d’obliger les cliniques à ne plus faire payer les patients pour remplir des formulaires gouvernementaux. La clinique suggère également de couvrir davantage les examens des yeux pour éviter que le patient se retrouve les à payer de sa poche.

«Il faut rappeler qu’il y a quand même un Québécois sur cinq qui vit sous le seuil de la pauvreté. Quand t’es pris à choisir entre payer un formulaire 60 $ pour continuer à recevoir tes prestations d’invalidité, ou acheter ton épicerie, ou payer tes médicaments à la pharmacie...», a souligné Geneviève McCready, du comité de lutte en santé de la Clinique communautaire Pointe-Saint-Charles.

Avant leur abolition il y a un an, les frais accessoires - pour des produits d’anesthésie, de l’azote, des gouttes ophtalmologiques, des gelées et des médicaments pour coloscopies, entre autres - étaient facturés à bien des endroits, et les prix variaient grandement.

Désormais, les frais facturés au patient sont détaillés exhaustivement dans une grille du gouvernement, mais selon l’organisme communautaire, il est difficile de s’y retrouver pour les patients. Par exemple, les vaccins peuvent parfois être facturés selon le professionnel qui fournit le service et selon la provenance du médicament.

«Sérieusement, comment l’usager est supposé savoir quand il arrive, puis qu’il se fait vacciner contre la grippe, si c’est normal de se faire charger 25 $, ou pas. Est-ce qu’il peut savoir ces détails-là?», a lancé Mme McCready.