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Le palais de justice de Québec
Le palais de justice de Québec

Un influenceur du web conteste le caractère illégal de ses vidéos

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
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Une adolescente de 13 ans, vêtue d’un «string», filmée dans la douche pendant qu’on lui verse du champagne sur les fesses. Est-ce de la pornographie juvénile? Le procès de l’influenceur Dylan Demers permettra à la Cour du Québec de trancher la question.

Dylan Demers, 25 ans, de Longueuil, était déjà connu de dizaines de milliers d’abonnés qui suivaient ses publications sur Facebook, Instagram, Twitch, Snapchat et Youtube.

Il est tombé dans l’oeil des policiers puis du public en général lorsque son ami influenceur Carlos Desjardins a été arrêté à l’automne 2018 et qu’une quarantaine de jeunes filles se sont manifestées, se plaignant d’avoir été victimes de leurre informatique, d’extorsion et de la publication d’images intimes d’elles sans leur consentement.

Desjardins, 22 ans, a plaidé coupable de crimes aux dépens de 16 jeunes adolescentes âgées de 14 à 18 ans et a été condamné à 4 ans et demi de prison.

Dylan Demers a été accusé de production et distribution de pornographie juvénile, de leurre informatique et de harcèlement à l’endroit de quatre adolescentes. Il subit son procès depuis mardi matin au palais de justice de Québec.

Dylan Demers

La juge Sandra Rioux de la Cour du Québec a écouté une dizaine de vidéos diffusés par Dylan Demers ou Carlos Desjardins sur leurs nombreux réseaux sociaux. Plusieurs vidéos ont été colligés par un internaute qui a décidé de les remettre à la police.

Deux des vidéos ont été tournées lors de «partys» en avril et mai 2018. Sur l’une, une jeune fille de 17 ans est filmée à quatre pattes sur une table, avec l’accusé Demers qui lui verse du champagne sur les fesses. Sur l’autre, une adolescente de 13 ans se tient dans la douche habillée avec un «string». C’est Carlos Desjardins qui verse et lèche le champagne sur les fesses de la jeune fille.

Le public présent dans la salle d’audience ou par visioconférence pouvait entendre clairement le hip hop tonitruant des vidéos, mais n’avait pas accès aux images qui, selon la poursuite, constituent de la pornographie juvénile.

La procureure de la Couronne Me Jennifer Landry a le fardeau de convaincre le tribunal que la série de vidéos et de photos ont été faites dans un but sexuel et qu’un élément comme le postérieur des jeunes filles constitue le point central de l’image.

L’avocat de la défense Me Richard-Philippe Guay conteste le caractère de pornographie juvénile des images.

Dès le début du procès, l’avocat a aussi soumis qu’avant même le dépôt des accusations, Dylan Demers s’était plaint que des imposteurs avaient créé des faux comptes en son nom. «Est-ce que ça émanait de M. Demers ou d’un concurrent malveillant?» soumet l’avocat de la défense.

Des mineures dans une fête

Une étudiante au cégep est venue témoigner à la cour qu’à l’occasion d’une fête, dans un lieu et à une date qu’elle ne peut préciser, Dylan Demers lui aurait proposé de faire un «trip à trois» avec Carlos Desjardins et lui. Il savait, dit la jeune fille, qu’elle n’avait à ce moment que 17 ans. La témoin affirme avoir vu plusieurs mineures à cette fête. Elle dit avoir pris soin d’une jeune demoiselle complètement inconsciente.

Le lendemain, Dylan Demers lui aurait envoyé une demande d’amitié sur Snapchat avec une photo montrant son pénis. La jeune femme aurait aussitôt bloqué le compte de Demers.

Selon l’étudiante, les influenceurs Demers et Desjardins étaient connus de nombreux jeunes. Certaines de leurs vidéos ont été vues par 200 000 personnes.

Le procès doit durer environ huit jours. Dylan Demers entend témoigner pour sa défense.