Réjean Brousseau (à gauche), des familles de victimes et des témoins s'étaient donné rendez-vous mercredi à la base militaire de Valcartier pour souligner les 40 ans de l'explosion mortelle d'une grenade.

Un homme ne peut oublier l'explosion qui a fait six morts à Valcartier en 1974

«Moi, l'image que j'aurai toujours, c'est quand j'ai rouvert les yeux. Je voyais de la poussière, du sang et des morceaux de cadavres. La seule affaire que j'avais dans la tête, c'était de sortir de là.»
Quarante ans plus tard, la scène à laquelle a assisté Réjean Brousseau le 30 juillet 1974 est encore bien gravée dans sa mémoire. Ce jour-là, lui et une centaine d'autres cadets étaient réunis dans un dortoir du Centre d'instruction d'été de la base militaire de Valcartier pour une formation sur la sécurité et les explosifs. Une grenade armée a frayé son chemin jusqu'à la boîte de grenades «inertes» utilisées pour l'exercice. Son explosion a fait six morts et plusieurs blessés. 
«Ils nous ont passé les grenades pour qu'on voie de quoi ça avait l'air», explique M. Brousseau, âgé de 15 ans à l'époque. Un de ses amis a dégoupillé la grenade, d'apparence inoffensive, qu'il avait entre les mains. 
«J'étais à quatre pieds quand ça a explosé. J'ai revolé dans l'officier derrière moi. Quand j'ai repris conscience, il y avait des bouts de corps autour de moi. J'avais les oreilles qui bourdonnaient et je pensais juste à sortir», décrit lentement Réjean Brousseau, qui souffre aujourd'hui de séquelles post-traumatiques chroniques. 
Mercredi matin, des familles de victimes et des témoins s'étaient donné rendez-vous à la base militaire de Valcartier pour commémorer les 40 ans du terrible accident. Une cérémonie a été suivie notamment d'un défilé et d'un recueillement autour d'une roche commémorative. Au dire de M. Brousseau, beaucoup des gens présents mercredi partagent une triste réalité. Ils ont été laissés à eux-mêmes par l'armée après l'incident.
État de choc
 Après avoir passé 10 jours à l'hôpital à la suite de l'explosion, Réjean Brousseau a été retourné chez ses parents à l'été 1974, parce que son écharpe au bras l'empêchait de continuer la formation. Jamais par la suite les Forces canadiennes n'ont tenté de l'aider. Jamais, jusqu'en 2003.
«J'ai pété ma coche. Avant, j'avais sûrement le traumatisme en moi sans le savoir. En 2003, il y a eu un déclic et tout est sorti.» Ayant fait carrière dans l'armée à la suite de l'accident, M. Brousseau a pu, à partir de 2003, bénéficier du programme de soutien aux militaires. Après lui avoir diagnostiqué un syndrome post-traumatique chronique lié aux événements survenus 29 ans plus tôt, l'armée l'a fait suivre par une psychiatre. D'autres n'ont pas eu cette chance. 
«Une fois que t'es sorti de l'hôpital, t'es comme un numéro», déplore-t-il, «ils nous ont laissé s'arranger avec nos troubles». Selon lui, les parents des cadets décédés ont même eu de la difficulté à se faire payer l'enterrement de leurs enfants par les forces armées. 
Présent à la cérémonie commémorative de mercredi, l'ombudsman du ministère de la Défense, Doug Walbourne, a confirmé que le ministre Rob Nocholson avait donné son feu vert pour la relance de l'enquête sur les causes du drame. «Nous nous sommes déjà demandé quelle serait la portée de l'enquête, à quel point elle serait détaillée. Ce dossier va avancer très rapidement», a assuré l'ombudsman.  
Le rapport de ce dernier est attendu avec hâte par les victimes, explique M. Brousseau, car il empêchera les FPorces armées canadiennes de se défiler. «Les militaires ont voulu s'enlever la responsabilité, mais c'est de leur faute. On n'était pas dans un parking de Walmart; on était sur une base. Quelque part, il y a quelqu'un qui est responsable.»