L’ex-infirmière travaillait auprès d’une clientèle vulnérable à l’Hôpital Staint-Francois-D’Assise.

Un ex-infirmier radié pendant six mois: «Si j’avais un gun, je la tirerais»

«Si j’avais un gun et une balle, je la tirais.» Pour ces propos référant à une patiente atteinte de démence dont il avait la charge, et pour d’autres comportements contrevenant à son code de déontologie, un ex-infirmier de l’Hôpital Saint-François D’Assise sera radié de son ordre professionnel pour une période de six mois. À l’autre bout du spectre, une ex-infirmière du CLSC de Saint-Jean-sur-Richelieu s’est vu imposer une radiation de cinq ans pour avoir développé une relation amoureuse avec un de ses patients.

Les paroles et les gestes reprochés à Mohamed Islam Ben Sid El Haj, dont la première inscription au tableau de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) remonte en 2014-2015, se sont déroulés entre mai 2015 et mai 2016, dans un contexte de soins auprès d’une clientèle vulnérable. 

Le 6 avril 2016, Ben Sid El Haj a tenu des propos agressifs lors d’une intervention auprès d’une patiente atteinte de démence et qui avait l’habitude de faire de l’errance dans le corridor adjacent à la chambre qu’elle occupait, peut-on lire dans la décision du conseil de discipline de l’OIIQ rendue le 23 août dernier. 

Suivant le témoignage d’une infirmière et les conclusions d’une enquête interne, l’intimé a sollicité l’aide de sa collègue en lui disant: «Viens m’aider, parce que là, je ne suis plus capable, je ne sais pas ce que je vais lui faire, j’ai tout essayé, mais elle ne comprend rien.» Et d’ajouter: «Si j’avais un gun, je la tirerais.»

Quelques jours plus tard, soit le 19 avril 2016, l’infirmier a «fait preuve de violence physique et verbale» à l’endroit d’un autre patient présentant des «troubles psychiatriques avancés». 

«La nuit, il [le patient] mettait le capuchon de sa robe de chambre et il nous invitait à se battre, à boxer. Il jetait ses choses par terre pour que lorsqu’on les ramasse, il nous donne des coups de pieds», a témoigné la collègue de l’intimé. 

La nuit du 19 avril 2016, donc, l’intimé est intervenu auprès du patient, qui «décompensait». «Sans tenter aucune négociation ou autre forme d’approche pour essayer de le calmer, de manière autoritaire, expéditive et sans compassion, l’intimé assoit de façon brusque le client [patient] pour recourir directement à une contention abdominale au fauteuil», rapporte le conseil de discipline de l’OIIQ.

Propos inappropriés 

Le matin du 13 mai 2016, un patient en perte d’autonomie et atteint de troubles cognitifs a sonné au poste des infirmières pour qu’on l’aide à se rendre à la toilette. L’intimé lui a répondu que «c’était l’heure de dormir, qu’il avait une culotte spéciale pour uriner et de faire sa selle dedans», relate le conseil de discipline. 

La plainte déposée contre Mohamed Islam Ben Sid El Haj fait également état de propos inappropriés tenus à l’égard de plusieurs collègues. Le conseil de discipline cite notamment des propos à caractère sexuel tenus à l’endroit d’une infirmière, du genre «toi, je serais capable de te mettre enceinte». 

«À une autre occasion, il a dit à une préposée aux bénéficiaires : ‘‘Veux-tu venir vider la mienne (en parlant de sa poche) [NDLR: c’est le conseil de discipline qui précise]. Je vais te prendre contre le mur»», peut-on lire dans la décision du conseil. 

Dans une lettre datée du 6 juillet 2016, l’employeur de l’intimé, le CIUSSS de la Capitale-Nationale, lui faisait part de sa décision de le congédier le jour même. 

Maltraitance évidente

Pour le conseil de discipline de l’OIIQ, «la violence verbale et physique dont l’intimé a fait preuve est d’autant plus grave et répréhensible qu’elle est dirigée vers des personnes vulnérables, en perte d’autonomie ou souffrant d’une forme ou d’une autre de démence». 

Le conseil de discipline estime également que le fait de refuser de prodiguer de l’aide et de l’assistance à un patient qui a besoin d’aide pour aller à la salle de bains, c’est «clairement un acte qui porte atteinte à la dignité de ce dernier» et c’est «hautement répréhensible», en plus de constituer «une manifestation évidente de maltraitance». 

Quant aux propos tenus au sujet ou à l’égard de plusieurs de ses collègues de travail, le conseil de discipline les juge «inacceptables et intolérables». «Ils sont incompatibles avec l’exercice de la profession d’infirmière ou infirmier et ternissent l’image de la profession», écrit le conseil.

Pas d’explications 

Sans antécédent disciplinaire, l’intimé a plaidé coupable «à la première occasion», note le conseil. «Étant absent lors de l’audience, l’intimé n’a pas donné au Conseil sa version des faits pour l’aider à comprendre sa conduite ni les raisons pour lesquelles cela s’est produit», ajoute le conseil de discipline, précisant que l’intimé avait exprimé des regrets dans une déclaration assermentée.

«En l’absence du témoignage de l’intimé, le Conseil n’est pas en mesure d’affirmer qu’il est rassuré quant au risque de récidive de l’intimé, lors de son éventuelle réinscription au tableau des membres de l’Ordre», écrit encore le conseil avant de radier l’infirmier pour une période de six mois. La radiation sera effective à compter du 27 septembre.

Employé au privé

Vérification faite dans le site de l’OIIQ, le lieu d’exercice principal de Mohamed Islam Ben Sid El Haj est l’Auberge Boischatel, une résidence privée de 38 unités qui héberge des personnes âgées semi-autonomes, peut-on lire sur la page Facebook de l’entreprise. Il y travaille toujours, selon ce qu’il a été possible d’apprendre en téléphonant à l’Auberge. 

La responsable de la résidence ne nous avait pas rappelés au moment d’écrire ces lignes.

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CINQ ANS POUR AVOIR ÉTABLI DES LIENS INTIMES AVEC SON PATIENT 

Le conseil de discipline de l’OIIQ a rendu une deuxième décision le même jour, cette fois à l’encontre d’une ex-infirmière du CLSC Vallée des Forts, à Saint-Jean-sur-Richelieu, à qui on reprochait d’avoir développé, entre septembre 2014 et janvier 2016, «des liens d’amitié, intimes, amoureux et sexuels» avec un de ses patients atteint d’un cancer pulmonaire inopérable avec métastases cérébrales. 

Au fil des consultations, le patient en question tentait de séduire Brigitte Lemieux, peut-on lire dans la décision du conseil de discipline. Celle-ci acceptera finalement une invitation à souper dans un restaurant, en septembre 2014. Selon le conseil, cette rencontre a marqué «le début de la relation amoureuse entre l’intimée et le client».

«Au cours de la relation amoureuse, il y a plusieurs tentatives de ruptures de la part de l’intimée, mais le client demande à l’intimée de ne pas le laisser, sinon il va mourir», rapporte le conseil de discipline, ajoutant que durant la relation amoureuse, l’intimée craignait d’être radiée. 

Brigitte Lemieux démissionnera finalement de son emploi au CLSC le 4 janvier 2016 en raison de cette relation. Le lendemain, elle a vu son patient pour la dernière fois afin de mettre un terme à la relation. Elle lui expliquera avoir donné sa démission dans le but de couper définitivement avec lui. Le client est décédé en mai 2016.

Sanction fixe

L’infirmière, elle, n’est plus inscrite au Tableau de l’Ordre depuis le 1er avril 2017. Si elle se réinscrit, elle sera radiée pour une période de cinq ans. «L’infraction commise par l’intimé peut être qualifiée de grave même dans le contexte où le Conseil reconnaît qu’une véritable relation amoureuse s’est développée envers l’intimée et le client», écrit le conseil de discipline. 

L’infirmière, souligne-t-il, se trouvait en relation d’aide et de confiance envers son patient, qui était vulnérable. Le conseil rappelle que le législateur a prévu une période de radiation de cinq ans en matière d’infraction de nature sexuelle. Selon lui, l’analyse du dossier de l’intimée ne permet pas de s’éloigner de cette sanction. Élisabeth Fleury