Éloi Bossé, 64 ans, a oeuvré pendant près de 20 ans au Centre de recherche pour la défense de Valcartier.
Éloi Bossé, 64 ans, a oeuvré pendant près de 20 ans au Centre de recherche pour la défense de Valcartier.

Un ex-chercheur de Valcartier coupable de fraude

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Un ex-chercheur de haut niveau à la base militaire de Valcartier, Éloi Bossé, a reconnu jeudi avoir fraudé le gouvernement fédéral pour près de 500 000$ en achetant des logiciels avec ses budgets de recherche.

Éloi Bossé, 64 ans, a oeuvré pendant près de 20 ans au Centre de recherche pour la défense de Valcartier. Docteur en philosophie et ingénieur électrique, le scientifique a mené des activités de recherche et dirigé d’autres chercheurs dans le domaine de la fusion de données, qui peut servir à l’imagerie spatiale et à la surveillance.

Pendant trois ans, entre 2008 et 2011, Éloi Bossé a fait acheter divers logiciels à ses employés au commerce CyberPC de Martin Gingras, aussi visé par les accusations.

Après la découverte de certaines anomalies dans les contrats d’achat, le Service national des enquêtes de la Défense des forces armées canadiennes a découvert que les logiciels avaient été acquis à même différents budgets de recherche liés à des projets précis du Centre de recherche de Valcartier. «Or, aucun de ces logiciels n’étaient requis dans le cadre de ces projets de recherche», peut-on lire dans le résumé des faits préparé conjointement par la défense et la Couronne fédérale.

La fraude totale à l’endroit des contribuables canadiens s’élève à 496 053$.

L’enquête a aussi déterminé que durant les trois années, Éloi Bossé a reçu 15 chèques émis par CyberPC pour une somme de 265 000$ et a remis deux traites bancaires à CyberPC pour une valeur de 124 000$. Le chercheur a donc tiré un bénéfice personnel de 141 000$.

Selon l’enquête, Martin Gingras, qui conteste toujours les accusations, aurait lui retiré un peu plus de 136 000$ du compte de CyberPC dans les jours suivants l’achat des logiciels et le dépôt de chèques du gouvernement du Canada ou d’intermédiaires.

Valeur «nulle»

Un analyste a établi que le gouvernement fédéral ne sortira même pas gagnant de l’achat des logiciels qui ont, selon lui, une valeur faible ou nulle. 

Certains logiciels, achetés sous de fausses prétentions, n’étaient pas fonctionnels ou n’avaient aucune instruction. Certains autres étaient déjà disponibles gratuitement ou même déjà possédés par le centre de recherche. L’analyste qualifie de «faible» la qualité de documentation d’un autre logiciel, ajoutant qu’il ne rencontre pas le niveau académique.

Par la voix de son avocat Me Simon Roy, Éloi Bossé s’est dit en désaccord avec l’évaluation de la valeur des logiciels achetés. «Il admet avoir fraudé le gouvernement, mais il n’est pas de son opinion que les logiciels étaient de peu de valeur, indique Me Roy. C’était des supports de recherche pour monter une banque de données qui aurait été utilisée par la Défense nationale.»

Les représentations sur la peine auront lieu plus tard cet automne. En fonction de la date des infractions, l’emprisonnement dans la collectivité pourra être réclamé par la défense. 

Éloi Bossé n’est plus à l’emploi de la Défense et se dit maintenant chercheur à l’université McMaster en Ontario