Philippe Couillard et le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx ont annoncé leur stratégie relative aux services éducatifs offerts aux enfants de 0 à 8 ans.

Un dossier numérique suivra chaque élève du Québec

Tous les enfants du Québec auront bientôt un dossier numérique personnalisé qui les suivra tout le long de leur parcours scolaire, question d’assurer une meilleure transition entre la garderie et l’école, entre le primaire et le secondaire et lors des déménagements.

L’idée évoquée il y a plus d’un an par le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx devient réalité. Elle fait partie de la soixantaine de mesures de la Stratégie 0-8 ans dévoilée mardi au Musée national des beaux-arts de Québec. La Stratégie, qui vise à agir tôt pour détecter et prévenir les difficultés scolaires des enfants, coûtera 1,4 milliard $ d’ici 2022.

Le ministre Proulx souhaite qu’il y ait moins de «ruptures» dans le parcours scolaire des enfants au Québec. Il veut aussi que les parents aient accès à davantage d’information sur leur enfant. Ce dossier numérique unique serait un peu à l’image du dossier santé qui suit chaque patient. 

Peu de détails ont filtré mardi sur les coûts de ce dossier informatique, sur les informations qui s’y retrouveront et sur l’échéancier prévu. Le ministre Proulx a dit vouloir consulter des experts en informatique et en pédagogie, afin de ne pas manquer son coup. «On va prendre le temps de faire les choses comme il faut», a-t-il soutenu, persuadé toutefois qu’«on peut faire davantage que ce qu’on fait, c’est-à-dire à peu près rien.»

M. Proulx dit vouloir s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. La France a par exemple développé une application utilisée dans toutes ses écoles publiques. Au Québec, ce sont aux parents de transmettre verbalement de l’information sur leur enfant à la nouvelle école. 

Un dossier standardisé sur chaque enfant est aussi prévu pour juin 2019 dans tous les Centres de la petite enfance (CPE) et les services de garde régis. Celui-ci ne sera pas informatisé toutefois et lorsque le tout-petit atteindra l’âge de 5 ans, il sera remis aux parents, qui auront le choix de le remettre ou non à l’école, a expliqué le ministre de la Famille Luc Fortin.

Développer les cerveaux

Présent lors de l’annonce, le premier ministre Philippe Couillard a insisté pour dire que le cerveau des jeunes était maintenant la plus grande richesse du Québec, avant ses ressources naturelles. «On parle beaucoup ces temps-ci d’intelligence artificielle. J’aime dire que pour développer au Québec l’intelligence artificielle, ça va prendre beaucoup, beaucoup de talents et d’intelligence naturelle aussi.»

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CE QU’ILS ONT DIT

«Occasion manquée, celle d’offrir d’ici 2022 à tous les enfants une maternelle 4 ans inclusive» — Égide Royer, expert de la réussite éducative

«Le gouvernement travaille en cohérence avec la recherche, qui dit d’intervenir tôt» — Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec

«C’est fou ce qu’une élection prochaine peut réveiller le gouvernement!» — Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec

«Le dossier numérique, on veut être partie prenante de ça. Ça fait 10 ans qu’on le demande» — Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents

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DÉPISTAGES VISUELS À L'ÉCOLE

Dès septembre prochain, tous les élèves de maternelle 4 et 5 ans auront accès à un dépistage des troubles de la vue, fait par des professionnels, directement à l’école. Les parents d’enfants fréquentant une garderie seront également sensibilisés à l’importance qu’un examen visuel soit fait en bas âge. Même si ce service est déjà couvert par l’assurance-maladie, seulement 20% des parents en profitent avant l’entrée de leur enfant à l’école. «On se retrouve en 1ere, en 2e année avec des enfants qui ont des difficultés à voir au tableau», ce qui peut être confondu avec des difficultés d’apprentissage, explique le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx.

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PETITS DÉJEUNERS GRATUITS

Quelque 725 écoles situées en milieux défavorisés auront droit à un petit déjeuner gratuit pour tous leurs élèves en septembre prochain, ce qui représente 40% de toutes les écoles primaires publiques. Le gouvernement du Québec, qui ne donnait aucune aide alimentaire aux écoles primaires jusqu’à maintenant, a décidé de signer un partenariat avec le Club des petits déjeuners afin que celui-ci bonifie son offre. Le Club, qui est financé par des dons, est présent dans environ 300 écoles québécoises à l’heure actuelle. Des projets-pilote de service de petit-déjeuners seront aussi lancés dans certaines garderies éducatives situées en milieu défavorisé.

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PLUS DE MATERNELLES

Le développement des classes de maternelle 4 ans se poursuivra, toujours en milieu défavorisé. Les programmes de maternelle 4 et 5 ans seront arrimés et revus, afin que les enfants connaissent leurs lettres à la fin de ce cycle et ne sachent pas seulement les reconnaître, comme c’est le cas à l’heure actuelle. Le gouvernement n’était pas prêt mardi à annoncer combien de nouvelles classes de maternelle 4 ans seront ouvertes en septembre prochain ou à se donner un échéancier à long terme. Une «erreur», selon la Coalition avenir Québec (CAQ), qui souhaite offrir le service à tous les enfants d’ici 5 ans. «C’est la mesure la plus efficace et les libéraux s’entêtent à ne pas la mettre en place», a commenté le député Jean-François Roberge.