À 9h samedi matin, ils ont été nombreux à enfiler leurs combinaisons et à braver les éléments pour saluer Daniel Malenfant une dernière fois.

Un dernier hommage au canotier décédé sur le fleuve

La communauté de canot à glace a encore démontré samedi qu’elle était une famille tissée serrée. Malgré le froid et le vent, ils étaient une soixantaine de passionnés rassemblés sur le fleuve glacé, question de rendre un dernier hommage à leur confrère Daniel Malenfant.

L’homme de 39 ans est décédé le 13 décembre lorsque le canot dans lequel il prenait place a chaviré dans les eaux glaciales du Saint-Laurent. Quatre canotiers ont eu la vie sauve ce jour-là, mais pas Daniel Malenfant, un vrai mordu de la rame, été comme hiver.

À 9h samedi matin, ils ont été nombreux à enfiler leurs combinaisons et à braver les éléments pour le saluer une dernière fois. Le cortège formé d’une douzaine d’embarcations s’est rendu à la hauteur de l’église Saint-Michel de Sillery. Bien installés sur les épaisses glaces, ils se sont tournés vers la rive et ont levé leurs rames vers le ciel.

Près de l’église et sur le cap, deux autres groupes, dont des membres de la famille de M. Malenfant, observaient la scène, saluant à leur tour les canotiers. Une minute de silence a été observée et les cloches de l’église ont résonné. L’hommage s’est transporté en fin d’après-midi à la brasserie artisanale La Korrigane, commanditaire de l’équipe de canot à glace dont faisait partie Daniel Malenfant.

Au-delà des funérailles célébrées en décembre, Catherine Paquin, amie du défunt et directrice de l’Association des coureurs en canot à glace du Québec, tenait à créer un moment particulier pour saluer la mémoire du disparu, à l’image de sa passion pour le canot à glace.

«Quand quelqu’un nous quitte, on n’a pas le goût de le laisser partir. De se rassembler ensemble, à chaque fois qu’on est là pour lui, c’est comme si on le faisait un peu revivre dans nos souvenirs, en jasant», a-t-elle raconté au Soleil, attablée à la microbrasserie du quartier Saint-Roch. «Pour moi, ça a été plus dur aujourd’hui, je pense, parce que c’est comme les derniers moments [de recueillement]» avant le retour à la routine, a-t-elle confié.

Retour au fleuve

Parmi les personnes rassemblées sur le fleuve samedi matin se trouvait notamment Olivier Hubert-Benoît. Ce dernier faisait partie du groupe de canotiers qui s’est retrouvé à l’eau le 13 décembre. Il a nagé durant 20 longues minutes pour regagner la rive.

M. Hubert-Benoît n’avait pas remis les pieds près sur le fleuve depuis le drame. «C’est la première fois que je retournais dans le canot», a-t-il dit. Le survivant avait encore beaucoup d’humilité devant les dangers du fleuve Saint-Laurent. «Je suis arrivé sur le bord de la rive… Tu vois encore que le fleuve est un milieu inhospitalier. Le canot est sécuritaire. Sauf que s’il arrive un accident, tu es dans un environnement vraiment hostile», a-t-il expliqué.

Mais il s’est rapidement rappelé des raisons pour lesquelles il aimait ce sport. Car si les glaces, le courant et le vent sont autant d’éléments à craindre, ils font partie intrinsèque du canot à glace. Et «c’est de toute beauté», a dit M. Hubert-Benoît, qui fait partie de l’équipe du Pape-Georges, dont le canot a sombré le 13 décembre.

La saison de canot à glace débute le 20 janvier par une course dans Portneuf. L’équipe de La Korrigane, dont fait aussi partie la conjointe de Daniel Malenfant, entend y participer malgré le récent drame. C’est ce qu’a affirmé Michel Maltais, ami et coéquipier.

«[L’équipe] La Korrigane, c’est comme une famille. On est tout le temps ensemble, même en été», a-t-il dit. «On en a parlé récemment [de notre saison]. On ne voulait rien imposer à personne. Mais la volonté, c’est de continuer. […] Peut-être qu’on va s’apercevoir que ça nous tente moins. On garde cette porte-là ouverte. On va voir avec les événements», a-t-il expliqué.

Poursuivre la tradition même si le trou est béant — et il faudra d’ailleurs trouver un remplaçant — est aussi une façon de faire vivre leur complice et ami. «Daniel, c’était vraiment quelqu’un de très passionné pour le canot à glace. C’est un peu pour ça, en hommage à lui qu’on [va continuer].»