Le dossier du cimetière musulman souhaité par le Centre culturel islamique de Québec tient à coeur au cardinal Gérald Cyprien Lacroix.

Un cimetière musulman, une «peur non fondée», dit Mgr Lacroix

«Je fais pleinement confiance à la population de Saint-Apollinaire. S'ils ne se laissent pas conduire par la peur, ils feront le bon choix. Ils sont capables par eux-mêmes de cet accueil et de ce respect de la liberté de religion.»
En entrevue avec Le Soleil, l'archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix, répète cette dernière phrase comme un mantra. Le dossier du cimetière musulman souhaité par le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) en est un qui lui tient à coeur et depuis longtemps. Soit bien avant l'attentat du 29 janvier à la Grande mosquée de Québec, qui a fait six victimes. 
«Je leur avais même donné mon appui sans équivoque dans une lettre, témoigne-t-il. Parce que c'est d'abord une question de liberté de religion. On a un cimetière juif à Québec, pourquoi on n'aurait pas un cimetière musulman? Et on a des musulmans qui sont ici depuis trois générations, il me semble qu'il n'y a pas grand discussion à avoir là.»
Désir tenace 
Le CCIQ souhaite acquérir un terrain depuis des années pour enterrer ses défunts puisque le seul cimetière strictement musulman est situé à Laval. Cet hiver, l'organisation a annoncé s'être entendue avec l'entreprise funéraire Harmonia, à Saint-Apollinaire. 
Mais pour aménager un nouveau cimetière à côté de l'existant où il est possible d'inhumer des corps et non pas uniquement des cendres, une modification au règlement de zonage est nécessaire. Des opposants au projet ont obtenu le nombre de signatures nécessaires pour que cette procédure administrative soit soumise à un référendum auprès des personnes vivant dans la zone du cimetière projeté. Elles sont au nombre de 49, et se prononceront dimanche. 
Le cardinal ne comprend pas ce qui bloque, si ce n'est que la peur. «Ils se disent: "Là, on leur donne un petit coin de terrain, après ça on leur donne une mosquée, après des quartiers autour et là ils vont prendre le dessus dans nos villages on va se faire mettre dehors." Il y a beaucoup de peur non fondée», réitère le religieux. 
Le droit à la propriété n'a pas de religion
Il juge toutefois que le débat public est demeuré sain - à part quelques écarts à droite et à gauche - et que certains arguments amenés sont tout à fait respectables. Comme celui selon lequel il vaut mieux mettre des efforts à aménager des cimetières multiconfessionnaux, comme celui inauguré la semaine dernière à Saint-Augustin, plutôt que destinés à une seule religion. 
Il réplique néanmoins que ce type d'aménagement, où un chrétien et un bouddhiste par exemple peuvent être enterrés côte à côte, ne satisfait que les gens qui le désirent. Mais «pour ceux et celles qui souhaitent vraiment que leur cimetière leur appartienne et qu'ils soient enterrés avec leur rite, pourquoi ils n'auraient pas droit à ça? Qu'est-ce qui empêche ça? Ça n'enlève rien à personne. C'est une marque de respect pour cette autre religion», plaide l'archevêque de Québec. 
D'autant plus, ajoute-t-il, que le droit à la propriété est un droit assez important «que l'on doit respecter pour les vivants.[...] Je pense que l'on est capable de le faire pour nos défunts. Nous les catholiques, les chrétiens, on a un grand respect pour nos défunts, c'est pour ça qu'on dédie des lots de terre spécialement bénis, où l'on va reposer jusqu'à la résurrection. Pourquoi les musulmans n'auraient pas le droit à ça?» questionne le cardinal. 
«C'est pas nous autres ça!»
«Quelle difficulté il y a sur cet immense territoire qu'est le Québec, qu'il y ait un deuxième cimetière qui leur appartient, un petit coin de terre de rien où ils pourront, respectant leur propre tradition, avoir une sépulture selon leur rite et chez eux? Moi je ne vois pas le problème avec ça», répète le religieux. 
Il préfère ne pas penser au scénario où le «non» l'emporterait. Néanmoins, il admet que si c'était le cas, cela ne refléterait pas l'image du Québec. «C'est pas nous autres ça! On a toujours été accueillants!» s'exclame-t-il, tout en rappelant que nous avons été nous-mêmes accueillis par les peuples autochtones et les Premières nations qui étaient ici. «Et ils nous ont permis de professer notre religion», tient-il à rappeler. 
L'archevêque de Québec préfère par ailleurs ne pas s'immiscer dans le débat encourant l'idée que seule une poignée de citoyens prendront une décision «qui déborde de beaucoup la municipalité de Saint-Apollinaire». «Mais c'est sûr qu'on voit ça de l'extérieur comme étant très restreint, dit-il. D'autant plus que la question est très suivie «autant dans le monde politique que religieux».
Est-ce que le cardinal Gérald Cyprien Lacroix pourrait mettre son grain de sel afin d'aider le CCIQ à trouver un nouveau terrain si celui de la Rive-Sud lui est refusé dimanche? 
«Pour le moment, j'ai confiance en la population de Saint-Apollinaire. Les valeurs chrétiennes qui les habitent devraient normalement les aider à être assez ouverts et accueillants. Je ne veux pas en dire davantage parce que je ne voudrais pas que le message passe comme si j'arrive à la dernière minute avec un message moralisateur. Je ne veux surtout pas ça», conclut-il.