Un chauffard dépressif et intoxiqué écope de 15 mois de prison

Malgré la dépression ou des idées suicidaires, un chauffard ivre demeure responsable de ses gestes lorsqu’il blesse grièvement un autre usager de la route dans une collision.

C’est le message que le juge Steve Magnan de la Cour du Québec a lancé à Jonathan Maheu, 41 ans, et à tous les autres automobilistes, en condamnant le conducteur, jusque-là sans antécédent judiciaire, à une peine de détention de 15 mois.

Jonathan Maheu a plaidé coupable à l’accusation d’avoir conduit avec une alcoolémie supérieure à 0,08 et d’avoir causé des lésions corporelles à une conductrice. Il a donné ses explications au tribunal.

Le 2 février 2018, l’homme était très dépressif. La veille, il s’était chicané intensément avec sa conjointe de l’époque. Ce soir-là, il affirme avoir bu du vin, de l’alcool à friction et un médicament contre l’anxiété. Il s’est habillé chaudement et est sorti promener son chien. Il a ensuite pris sa voiture et a conduit de Québec jusqu’à la maison de ses parents, à Lévis. Il ne s’y est arrêté que brièvement et n’a pas vu ses parents, partis en voyage. Il a repris la route.

Des témoins l’ont vu circuler sur le trottoir, louvoyer sur la chaussée et changer de voie sur le boulevard Guillaume-Couture, l’artère qui traverse la ville de Lévis d’est en ouest.

Une première conductrice a réussi à éviter le VUS de Jonathan Maheu. Mais la deuxième automobiliste n’a pas eu cette chance et, aveuglée par les phares, a été frappée brutalement.

La victime a passé 14 jours à l’hôpital pour soigner des fractures au nez, aux côtes, au sternum et à l’humérus. Elle a aussi eu des vertèbres écrasées et un traumatisme crânien. Elle a eu besoin de l’aide d’une amie pendant quelques semaines.

La conductrice a dû abandonner son emploi de préposée aux bénéficiaires et souffre toujours de nombreuses douleurs.

Jonathan Maheu, lui, est sorti de l’accident sans blessure sérieuse. Il a aussitôt commencé un suivi avec un psychologue.

Un test sanguin a révélé que le conducteur avait une alcoolémie de 0,14 au moment de la collision.

Désir de mourir

En cour, le conducteur a dit que le soir du 2 février 2018, il voulait s’enlever la vie. En prenant des substances intoxicantes, dit-il, il recherchait une sorte de black-out et voulait ensuite se jeter devant un train. Il n’a jamais eu l’intention de prendre son véhicule et de blesser quelqu’un, répète-t-il.

Le juge Magnan reste perplexe devant les explications de l’accusé. «Peut-être que l’accusé voulait mettre fin à ses jours, le 2 février 2018, mais il n’explique pas de façon réaliste comment il allait y parvenir», note le juge. 

Le juge a compris qu’une voie ferrée passait près de chez l’accusé. «Un tel projet commande qu’on le synchronise un minimum avec le passage du train, fait remarquer le juge Magnan. Il n’offre aucun détail à ce sujet.»

Peut-être aussi que l’accusé ne voulait pas prendre son véhicule, fait remarquer le juge, mais il l’a fait. En s’intoxiquant comme il l’a fait et en conduisant, Jonathan Maheu  «a adopté un comportement criminel hautement dangereux pour tous les usagers de la route», conclut le juge. «Il laisse la victime marquée physiquement et psychologiquement à jamais», ajoute le juge, devant la dame qui s’était déplacée au palais de justice pour entendre la décision.

La suggestion de la défense d’imposer une peine de 90 jours discontinus et des travaux communautaires n’est pas adéquate, tranche le juge. Jonathan Maheu purgera une peine de 15 mois de prison et il lui sera ensuite interdit de conduire pendant 29 mois.