Le rachat par Inocea a ramené de l'espoir au chantier. De 35 employés lors de la fermeture en 2010, ils sont maintenant plus de 850.

Un chantier tourné vers l'avenir

Avant la fermeture de 2010, le chantier Davie était, à toutes fins utiles, mort. Le rachat en 2012 par Inocea a cependant complètement changé la donne, selon le syndicat représentant ses travailleurs. Avec un deuxième navire lancé, un quatrième navire de la Garde côtière réparé ainsi que le prix du meilleur chantier naval nord-américain en 2015, l'avenir s'annonce lumineux pour ce fleuron lévisien.
Pour Jean Blanchette, président du syndicat de la Davie, qui a travaillé au chantier naval depuis 1981 - avec des départs et des retours -, le rachat par Inocea a ramené de l'espoir pour les employés. «En 35 ans, je n'ai jamais vu une compagnie soumissionner autant sur des bateaux et sur des projets. Ils ont des contacts partout sur la planète», affirme M. Blanchette.
Et nécessairement, de nouveaux contrats signifie de nombreuses embauches. Lors de la fermeture en 2010, ils n'étaient plus que 35 à travailler sur cet immense chantier naval de 57 hectares - le plus grand au Canada; ils sont désormais plus de 850. Et les jeunes sont nombreux. La plupart des employés ont entre 25 et 50 ans, avec une moyenne d'âge qui tourne autour de 30 ans.
Si, à l'époque, la fin d'un projet signifiait une série de mises à pied, la situation est tout à fait différente aujourd'hui. «Les jeunes ne connaissent pas ça. Avec les contrats qu'on a en main, et le projet Resolve qui s'en vient, les gens savent qu'il y a quelque chose au bout du tunnel.» M. Blanchette croit également qu'avec le projet Resolve, combiné «à tous les contrats qu'on a présentement», d'autres embauches seront à prévoir.
Nouvelle mentalité
L'arrivée d'Inocea a amené un important changement de mentalité, notamment en matière de santé et sécurité au travail. «Pour certains employeurs, ce n'est pas une priorité», déplore M. Blanchette. Or, avec Inocea, «la santé et sécurité est maintenant omniprésente». D'ailleurs, la nouvelle politique en matière de santé et sécurité en place chez Davie stipule que «chez Davie, aucun travail ni aucune tâche n'est si important ni si urgent qu'il ne puisse être fait en toute sécurité».
Une nouvelle mentalité s'applique également à la manière de travailler. Lors de la fermeture, toute la machinerie était désuète. «Même si les nouveaux propriétaires ne peuvent tout changer en même temps, Inocea a racheté une grande quantité d'outils et de machines», indique M. Blanchette. Le président du syndicat cite en exemple une machine au plasma pour couper l'acier, «dont le coût de remplacement est astronomique».
Inocea a aussi proposé de nouvelles techniques de travail, plus efficientes. «Ils ont ramené le préarmement des modules. Un navire est construit morceau par morceau, un peu comme des blocs LEGO, explique M. Blanchette. Chaque module est construit, puis on y installe les moteurs et l'électricité avant de faire l'assemblage final. Ce qui n'était pas fait par les Norvégiens.» Cette technique est beaucoup plus efficace et rentable, résume le président du syndicat.
Fierté
Après les années moroses qui ont mené à la faillite et à la fermeture de la Davie, il n'y avait que le chantier qui était à reconstruire, mais toute la fierté de travailler pour la Davie. «Les jeunes sont fiers de travailler au chantier. Beaucoup travaillaient avant dans des shops d'acier, où les soudures sont faites à plat. Sur un navire, c'est différent. Ils en font un défi personnel», explique M. Blanchette. Il rappelle des réparations faites sur le navire Louis-Saint-Laurent. «C'était un vase clos dans un vase clos, avec 16 pouces de dégagement. Il fallait faire une soudure la tête en bas dans des conditions climatiques extrêmes.» Et la réparation s'est faite en respectant le budget et l'échéancier.
Si l'avenir pouvait sembler incertain pour l'institution il y a cinq ans, les employés de la Davie semblent maintenant beaucoup plus optimistes. «L'entreprise est partie de zéro, et on a gagné le meilleur chantier en Amérique du Nord. L'avenir, j'y crois», affirme avec conviction Jean Blanchette. Et si certains employés plus âgés sont encore un peu sceptiques, en regard de tout ce qu'ils ont vécu, le président du syndicat est certain que le chantier est entre bonnes mains.