Le Cannoisseur s'est installé sur la rue Saint-Jean, tout près de l'avenue Honoré-Mercier. 

Un autre dispensaire de marijuana tente sa chance à Québec

Après Weeds: Herbes et Curiosités, fermé par la police deux mois après son ouverture en 2016, et la Croix-Verte, qui a aussi dû fermer boutique en janvier après une perquisition quatre mois après son ouverture, un troisième dispensaire de marijuana tente sa chance à Québec.
Baptisé «Le Cannoisseur», le dispensaire s'est installé sur la rue Saint-Jean, tout près de l'avenue Honoré-Mercier, et offre depuis quelques semaines du cannabis thérapeutique à ses membres.
Tel que l'a constaté Le Soleil lors d'une visite sur place, la personne responsable indique qu'il suffit de deux pièces d'identité, d'un historique médicamenteux (liste des médicaments prescrits produite par une pharmacie), et d'un document d'une page à remplir pour devenir membre.
En plus des renseignements habituels (nom, adresse, téléphone), on y demande le diagnostic reçu, la médication et les traitements, les allergies, si la personne a des problèmes psychologiques ou psychiatriques, depuis combien de temps la personne consomme du cannabis, les habitudes de consommation et la présence ou non d'effets secondaires lors de la consommation.
«C'est pour savoir s'il y a des interactions avec vos médicaments, s'il y a des contre-indications. Quand vous nous aurez fourni tout ça, vous aurez une carte à puce et vous pourrez passer à l'arrière, où sont gardés les produits», a expliqué le responsable.
Celui-ci a ajouté qu'il n'était pas nécessaire de fournir un dossier médical pour avoir accès à l'arrière-boutique. 
Le membre potentiel doit également signer un document intitulé «termes et conditions», où il reconnaît, entre autres, que le cannabis demeure une substance prohibée en vertu des lois fédérales canadiennes et qu'il accepte les risques liés à sa possession et sa consommation. 
Il convient également de «défendre et d'indemniser Le Cannoisseur contre les pertes, dommages ou autres débours (incluant tous frais juridiques potentiels) qui pourraient résulter d'une violation par le membre des présents termes et conditions».
Un «menu» est également disponible sur place avec les produits et leurs prix, notamment diverses variétés de cannabis sativa et indica aux noms exotiques comme «Lemon OG Kush», «MoonRock», «God Crack» et «Platinum Bubba Organic», des joints pré roulés, des «Ejoints», du haschisch, du tétrahydrocannabinol (THC) distillé, de la résine, des produits comestibles et des produits à base de cannabidiol, un autre cannabinoïde présent dans le cannabis.
Inscrit au registre des entreprises depuis le 30 janvier, Le Connaisseur a été lancé par trois jeunes actionnaires, Marc-Antoine Hamel, Alexandre Falardeau et André Bernard. Le trio, qui possède aussi un dispensaire à Montréal, avait réservé son local à Québec depuis le mois de janvier, mais le dispensaire n'a ouvert officiellement ses portes qu'au début de l'été.
Dans le dépliant de l'entreprise, il est inscrit que les membres de l'équipe sont «eux-mêmes patients officiels de Santé Canada». On ajoute qu'ils ont dans le passé reconnu le besoin criant de démocratiser l'accès au cannabis thérapeutique pour les citoyens québécois, qui trop souvent se verraient dans l'obligation de recourir au marché noir ou à internet pour obtenir leur médication. 
Lors de la visite du Soleil, M. Hamel a d'ailleurs déclaré qu'il était persuadé que son dispensaire ne connaîtrait pas le même sort que Weeds: Herbes et Curiosités et la Croix-Verte. «On va essayer de ne pas faire comme les autres magasins, c'est-à-dire fermer. On s'est vraiment organisés avec la Ville, la police et deux cabinets d'avocats pour rester ouverts. C'est complexe, mais on s'est entendus pour s'assurer de respecter les lois.»
L'homme d'affaires a enchaîné en mentionnant que c'était dans cette optique de respect des lois qu'aucun produit n'était en montre ailleurs que dans l'arrière-boutique. «On ne voulait pas faire comme Weeds, où tu entrais et tu voyais des produits. C'est illégal. Quant à la Croix-Verte, ils n'ont pas fait une vérification une fois ou ils l'ont mal faite et ils se sont fait arrêter par la police la journée même. Nous, on fait affaire avec des avocats criminalistes. C'est eux qui nous gèrent», indique-t-il.
Dans un échange de courriers électroniques avec Le Soleil, M. Hamel a plus tard déclaré que l'intention du Cannoisseur n'était pas de distribuer illégalement une substance qui, pour l'instant, est prévue aux annexes de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. «Nous respectons les prescriptions du Règlement et nous voyons à ne violer aucune loi en vigueur au Canada», afirme-t-il.
«Nous opérons à visière levée et nous sommes totalement disposés à collaborer avec les autorités municipales et policières pour ainsi faire en sorte que personne ne doute de la légalité et de la légitimité de notre démarche d'affaires», a-t-il conclu.
Toujours pas d'accusations contre La Croix-Verte
Huit mois après la perquisition qui a mené à la fermeture du dispensaire de cannabis thérapeutique La Croix-Verte, aucune accusation n'a encore été déposée contre l'entreprises, ses propriétaires et ses employés.
Shantal Arroyo, présidente de la Croix-Verte et porte-parole de l'Association québécoise des intervenants en cannabis médical (AQICM), a affirmé au Soleil être un peu déboussolée face à cette situation.
«Ils nous ont tout saisi et ne nous ont pas accusés. Ils m'ont dit qu'ils avaient 10 ans pour le faire. Mais jusqu'à maintenant, aucun procureur n'a autorisé des accusations dans le dossier», explique Mme Arroyo, ajoutant qu'outre la marijuana, les meubles, ordinateurs, livres et même des étagères, un calorifère et des toiles d'artistes ont été saisis par les policiers.
Le dispensaire de la Croix-Verte à Montréal est pour sa part ouvert depuis trois ans sans jamais avoir été inquiété par les policiers de la métropole.
«Deux poids, deux mesures»
Pendant ce temps, ceux qui géraient la boutique Weeds : Herbes et Curiosités de l'homme d'affaires de Colombie-Britannique Don Briere sur la rue Saint-Joseph attendent la suite des procédures judiciaires intentées contre eux.
«Moi et mon frère avons été accusés et ça reviendra [devant la cour] en janvier. Je trouve que ça ne bouge pas rapidement!» a déclaré Michel Dumond, qui gérait le dispensaire, en entrevue téléphonique avec Le Soleil.
«Au moins, il n'y a aucun employé qui a été accusé, seulement nous. Et on se bat pour ne pas avoir de dossier criminel. À ma connaissance, aucune accusation n'a non plus été déposée contre M. Briere», poursuit celui qui dit ne recevoir aucune aide financière pour ses frais juridiques de la part de la maison-mère de Vancouver, ni de Don Briere.
Michel Dumond déplore ce qu'il considère être une politique du «deux poids, deux mesures» concernant les dispensaires de marijuana thérapeutique au Québec et au Canada anglais. «En Colombie-Britannique, il y a plusieurs dispensaires et, seulement à Ottawa, il y en a 14! Pourquoi, eux, ils ont le droit de se positionner sur un futur marché à venir au Canada et pas nous au Québec?» s'interroge-t-il.
Aucune entente avec la police de Québec
Alors que le dispensaire Le Cannoisseur prétend s'être «organisé avec la Ville et la police pour demeurer ouvert», la porte-parole de la police de Québec, Cyndi Paré, assure que le service de police n'a jamais conclu d'entente avec aucun dispensaire de marijuana et que la production, la distribution et la vente de cannabis demeurent illégales à moins d'être un producteur accrédité par Santé Canada. Un seul producteur québécois, Hydropothecary de Gatineau, a jusqu'à maintenant reçu l'accréditation de Santé Canada.