«Je ne me reconnais dans aucun des groupes qui s'opposent présentement. Je sais qu'il y a beaucoup de gens qui pensent comme moi, mais ce n'est pas tout le monde qui a la force de le dire», lance Souheila Djaffer.

Un appel au dialogue mal interprété

En juillet, quelques jours avant le vote sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire, l'ex-porte-parole du Centre Culturel Islamique de Québec, Souheila Djaffer, avait appelé au dialogue. Pour elle, autant les opposants au projet que le CCIQ avaient leurs torts. Triste ironie, les uns la qualifient maintenant d'islamiste, les autres, d'alliée de La Meute.
«Je ne me reconnais dans aucun des groupes qui s'opposent présentement. Je sais qu'il y a beaucoup de gens qui pensent comme moi, mais ce n'est pas tout le monde qui a la force de le dire», lance Souheila Djaffer. 
Si cette dernière a voulu se confier au Soleil une seconde fois en moins de deux mois, c'est qu'elle considère sa situation comme un malheureux exemple du dérapage du débat public. Elle qui se désolait que la société se divise et que l'on doive choisir son camp plutôt que de faire des compromis dans le dossier du cimetière musulman, la voilà vue comme une ennemie de part et d'autre. 
«C'est comme si les gens ne pèsent plus le poids de ce qu'ils disent. Ils font des associations abracadabrantes et oublient que nous sommes des êtres humains», lance la femme musulmane. Elle vise autant les tracts islamophobes des Brigades de l'amour récemment distribué à Québec que les accusations de certains membres de la communauté musulmane provinciale envers elle. 
D'«islamiste militante» à...
À l'époque du débat sur la Charte des valeurs québécoises, en 2014, Mme Djaffer, une ingénieure de formation, avait accepté de publiquement défendre le choix du burkini au nom du CCIQ. Son intervention dans ce dossier avait mené à une dérive de fausses informations à son sujet sur des sites de propagande islamophobe la décrivant comme une «islamiste militante». 
«C'est le Centre Culturel qui m'avait approché et j'étais la seule prête à parler aux médias en leur nom. Je l'ai fait, m'attirant des menaces. J'ai eu peur pour ma vie et pour mes enfants à un certain point», se rappelle-t-elle.
Malheureusement, dans le climat tendu actuel entre groupes d'extrême droite et CCIQ, la résidente de longue date de la Capitale-Nationale se rend compte que certains membres de la communauté musulmane commencent à utiliser le même genre de raccourci intellectuel démagogique que leurs détracteurs. 
... «associée à La Meute»
C'est que début juillet, Mme Djaffer s'est rendue à l'inauguration du carré musulman de Lépine Cloutier Athos, à Saint-Augustin. Elle qui militait pour un meilleur dialogue dans le dossier du cimetière, elle en avait profité pour discuter avec Sunny Létourneau, porte-parole des opposants au projet à Saint-Apollinaire. Or, cet évènement jumelé à ses propos dans Le Soleil, dans lesquels elle invitait le CCIQ à s'ouvrir davantage, a été très mal reçu. 
«Depuis, j'ai été harcelé par certains membres de la communauté musulmane qui m'associe à La Meute. Au CCIQ, même si j'y ai travaillé depuis des années, je ne suis plus la bienvenue. On m'accuse d'avoir attaqué la réputation du centre, quand j'ai seulement questionné le fonctionnement.»
C'est pourtant justement pour faire taire ceux qui accusent le CCIQ de tous les maux qu'elle désire voir l'organisation s'ouvrir davantage, précise-t-elle. Pour que les sceptiques puissent constater par eux-mêmes que les activités du Centre et les musulmans qui le fréquentent n'ont rien d'extrême.
Malheureusement, en l'associant à La Meute, «une organisation 100 % islamophobe», simplement parce que sa vision diverge des dirigeants du CCIQ, certains membres de sa communauté tombent dans le même panneau que ceux qui distribuent des tracts liant la mosquée de Sainte-Foy au terrorisme islamiste sans aucun fondement, met en garde Souheila Djaffer. Dans les deux cas, ce sont là des accusations dangereuses. 
«Je ne veux donner des munitions ni à la minorité musulmane qui ne veut pas s'intégrer ni à la minorité islamophobe qui veut semer la discorde. Je veux amener la majorité silencieuse à prendre conscience qu'ils ont un rôle à jouer dans le vivre-ensemble de notre société.»