De nombreuses travailleuses du sexe ne sont pas admissibles à la prestation canadienne d'urgence (PCU) ou ont peur d'en faire la demande.
De nombreuses travailleuses du sexe ne sont pas admissibles à la prestation canadienne d'urgence (PCU) ou ont peur d'en faire la demande.

Un appel à plus de soutien financier pour les travailleuses du sexe

OTTAWA - Les travailleuses du sexe ont vu leurs revenus fondre depuis que la pandémie de la COVID-19 a commencé à se propager au Canada.

Plusieurs d'entre elles ont besoin de nourriture et de produits de première nécessité. Elles sont parfois sans abri et sans revenu.

Susan Davis, travailleuse du sexe et militante de la B.C. Coalition of Experiential Communities, est au courant de nombreuses personnes qui continuent de travailler.

Ça inclut une de ses amies qui a trois enfants, et qui fait du travail sexuel pour compléter les paiements de soutien aux personnes handicapées.

«Elle n'a pas d'autre choix pour nourrir ses enfants : se mettre elle-même et sa famille en danger, en raison de cette croyance déraisonnable selon laquelle les personnes qui sont assistées sociales ou handicapées savent comment se débrouiller avec leurs prestations», a déclaré Mme Davis.

De nombreuses travailleuses du sexe ne sont pas admissibles à la prestation canadienne d'urgence (PCU) ou ont peur d'en faire la demande.

Beaucoup de gens croient que le travail du sexe est dépénalisé au Canada et n'est criminel que pour ceux qui l'achètent, mais il s'agit d'une mauvaise interprétation de la loi, dit Jenn Clamen, coordonnatrice nationale de l'Alliance canadienne pour la réforme du droit du travail du sexe.

Le Code criminel protège les travailleuses contre les poursuites, mais pas contre les arrestations.

«Ça signifie que le travail du sexe reste criminalisé pour tout le monde», a-t-elle déclaré.

Bien qu'admissibles, plusieurs travailleuses du sexe ne demanderont pas la PCU.

«La PCU autorise les personnes documentées d'une manière ou d'une autre à en faire la demande. Ça signifie qu'on doit déposer ses impôts l'année prochaine, ça signifie qu'on doit être dans le système fiscal», a déclaré Mme Clamen.

Les travailleuses payées par virement bancaire peuvent compromettre la confidentialité de leurs clients et leur causer des ennuis avec la justice.

De plus, certaines personnes recevant de l'aide sociale ou du soutien aux handicapés font du travail du sexe pour bonifier les montants venant de tels programmes.

Et celles travaillant encore sont surveillées plus lourdement, avance Jelena Vermilion, directrice exécutive du SWAP (Sex Workers Action Program), à Hamilton.

«Elles seront encore plus surveillées et passibles des amendes et des peines de prison potentielles en lien à la distanciation sociale», a dit Mme Vermilion.

La Presse canadienne a interviewé une douzaine de professionnelles du sexe, et aussi des personnes travaillant avec des groupes qui leur viennent en aide.

Tous ont dit qu'une prestation universelle serait une meilleure façon de les aider, elles, les sans-papiers et les migrants n'étant pas admissibles à la PCU.

L'Alliance canadienne pour la réforme de la législation sur le travail du sexe a demandé de l'aide à Ottawa, notamment en réclamant un revenu de base universel.

Le gouvernement dit reconnaître que la crise de la COVID-19 peut nuire à la sécurité économique, à la santé et à la sécurité des femmes, y compris celles du travail du sexe.

De l'argent a été remis à des refuges, des centres pour victimes d'agression sexuelle et d'autres organisations au service des femmes, a déclaré Alex Howell, porte-parole de la ministre des Femmes et de l'Égalité des genres et du Développement économique rural, Maryam Monsef.

«Le gouvernement du Canada a présenté des mesures qui aideront à atténuer l'impact de COVID-19 sur les personnes vulnérables, y compris celles qui sont impliquées dans le travail du sexe. Le cabinet de Mme Monsef a obtenu jusqu'à 40 M $ pour soutenir les refuges, les centres et les organisations aidant les femmes les plus durement touchées par la COVID-19.»