Volodymyr et Julia Zmazhenko sont convaincus que le mouvement de révolte ayant mené à la fuite du président Ianoukovitch pourrait éventuellement s'étendre à la Russie de Poutine.

Ukrainiens à New Richmond: le calme après l'angoisse

Après des semaines d'inquiétude, Julia et Volodymyr Zmazhenko, deux Ukrainiens installés à New Richmonddepuis 2012, respirent un peu. Les menaces planant sur des membres de leur famille et des amis s'allègent.
M. Zmazhenko est même convaincu que le mouvement de révolte ayant mené à la fuite du président Viktor Ianoukovitch le 22 février pourrait éventuellement s'étendre à la Russie de Vladimir Poutine.
«Ianoukovitch a fait une chose stupide avant la révolution, quand il a demandé à 500 policiers équipés en SWAT [antiémeute] d'arrêter 200 jeunes manifestants, des étudiants de 17, 18 ou 19 ans, qui seraient probablement partis une semaine plus tard. Au lieu de les déplacer, les policiers ont frappé les étudiants, ils leur ont brisé des os. La population a vu ça et n'a pas accepté», raconte M. Zmazhenko à propos des événements amorcés en novembre.
La grogne populaire n'a fait qu'empirer quand les gens ont réalisé les abus du régime ukrainien, notamment caractérisés par les dépenses excessives de ses dirigeants politiques. Mais les Néo-Gaspésiens Julia et Volodymyr Zmazhenko voient plus loin.
«Poutine, en envoyant ses troupes en Crimée, a consolidé la nation ukrainienne. C'est un cadeau. Il y a des files d'attente dans les bureaux militaires. Il y a un homme de 68 ans qui veut devenir soldat pour défendre l'Ukraine. Les Russes vont finir par voir que leur pays est comme l'Ukraine. À part Moscou et Saint-Pétersbourg, ça va très mal en Russie [...] C'est une catastrophe économique. C'est le plus grand pays du monde, et il n'arrive pas à nourrir sa population. Il importe la nourriture parce qu'il a du pétrole et du gaz», expliquent-ils.
S'ils sont rassurés depuis quelques jours, tous deux ont vécu une grande angoisse, notamment lors du massacre de 75 citoyens, le 20 février.
«Notre ordinateur était en panne. Nous n'avons pas pu communiquer tous les jours avec nos connaissances, des cousins qui étaient sur les barricades, des amis aussi. Nous sommes fiers d'eux. Nous avons assez d'argent pour acheter un autre ordinateur, mais nous avons envoyé cet argent à nos familles», précise M. Zmazhenko, pour expliquer le choix de faire réparer l'ordinateur en question.
Alors que les Russes jouent des bras pour annexer la Crimée, cette portion sud de l'Ukraine, le couple Zmazhenko, carte à l'appui, doute de la capacité de Vladimir Poutine de mener à bien cette opération.
«L'approvisionnement en eau de la Crimée dépend de l'Ukraine. L'eau arrive par canal. Si la Crimée est séparée de l'Ukraine, la Russie devra remplacer cet approvisionnement, par navire probablement. Ça coûtera très cher, trop cher», disent-ils.
Un accord signé
En ce qui a trait aux prétentions de Vladimir Poutine sur l'Ukraine entière, Volodymyr Zmazhenko ne croit pas qu'elles se matérialisent.
«L'Ukraine était la troisième puissance nucléaire au monde en 1994, mais elle ne voulait pas conserver ce statut. Il y a eu un accord, signé par la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Ukraine et la Russie, pour réduire l'arsenal nucléaire. Si la Russie brise ces accords, d'autres accords tomberont. Elle n'a pas les moyens de les briser. Si elle le fait, ça peut commencer une troisième guerre mondiale.»
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Le rêve d'avoir une porte vitrée
Julia et Volodymyr Zmazhenko connaissaient l'existence de la Gaspésie alors qu'ils vivaient encore en Ukraine. «J'étais en contact avec Fabrication Delta pour un emploi comme soudeur, dit-il. En faisant une recherche sur Internet, j'ai vu des photos de l'eau claire de la rivière Bonaventure et je voulais venir voir, au moins comme visiteur.» Il leur a fallu quatre ans de démarche pour émigrer au Canada, et le contact établi avec Delta, un fabricant de tours éoliennes, a été maintenu, au point de déboucher sur une embauche. Élevés dans un secteur rural du sud de l'Ukraine, très près de la Crimée, Julia et Volodymyr semblent avoir trouvé le paradis en Gaspésie. «On n'a pas besoin de barrer les portes. Ce n'est pas pensable en Ukraine. Et j'ai rêvé toute ma vie d'avoir une porte avec une fenêtre à ma maison ou mon appartement. En Ukraine, toutes les portes sont métalliques, sans fenêtre, pour la sécurité. Les gens s'enferment. Ici, il y a une fenêtre à notre porte. Ça nous donne plus d'espace», dit-il.