Ugo Fredette, 44 ans, est condamné pour deux meurtres violents, dont celui de son ex-conjointe Véronique Barbe.
Ugo Fredette, 44 ans, est condamné pour deux meurtres violents, dont celui de son ex-conjointe Véronique Barbe.

Ugo Fredette: avec une peine de 50 ans, il va mourir en prison

SAINT-JÉRÔME — Si Ugo Fredette écope d'une peine minimale de 50 ans de prison, il va mourir derrière les barreaux, a plaidé son avocat vendredi matin, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Ce serait comme si on l'enfermait et qu'on jetait la clé, a poursuivi Me Louis-Alexandre Martin.

Il a fait valoir que Fredette doit plutôt avoir l'occasion de se réhabiliter, comme le prévoit le système de justice au pays.

L'homme de 44 ans, condamné pour deux meurtres violents, dont celui de son ex-conjointe Véronique Barbe, doit maintenant patienter: la juge Myriam Lachance de la Cour supérieure, qui a entendu toute l'affaire, l'a maintenant prise en délibéré. Elle rendra jugement plus tard.

La magistrate a écouté toute la semaine les arguments des parties sur la longueur de la peine que l'homme devra purger pour ces deux meurtres.

Vendredi matin, Me Martin a tenté de la convaincre de permettre à son client d'être admissible à une libération conditionnelle après 25 ans d'incarcération.

Il juge que la Couronne, qui réclame un minimum de 50 ans, veut répondre par «la Loi du talion» et évacuer complètement le principe de réhabilitation.

Me Martin a rappelé que son client, parce qu'il a commis deux meurtres au premier degré, a déjà reçu une peine de prison à vie. Et qu'il ne reste alors qu'à déterminer s'il doit passer 25 ou 50 ans en prison avant de pouvoir demander une libération conditionnelle.

Et encore: après 25 ans, il n'y a aucune garantie qu'il va sortir de prison, a-t-il rappelé. La Commission des libérations conditionnelles peut lui dire non.

Le procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau, convient que la réhabilitation est l'un des critères de la détermination de la peine, mais dans ce cas, il ne s'agit pas du «critère prédominant».

On est en matière de meurtre, et de prison à perpétuité. «C'est le crime le plus grave: il faut s'attendre à un châtiment», a-t-il commenté à sa sortie de la salle de cour.

Mourir en prison

Dans 50 ans, Fredette aura 91 ans: «il y a de fortes chances qu'il soit mort», a souligné Me Martin.

La ligne est mince entre la réprobation du crime et la vengeance, a-t-il souligné.

«Vingt-cinq ans, ce n'est pas une petite peine. C'est extrêmement long dans la vie d'un homme.»

Il a fait valoir que la société doit quand même le traiter comme un être humain, et voir dans 25 ans s'il a évolué et où il en est rendu.

«Est-ce qu'il a traité ma fille comme un être humain?» a réagi Claudette Biard, la mère de Véronique, après avoir écouté la plaidoirie de la défense.

Me Martin avait prévu le coup: en plaidoirie, il avait fait remarquer que certains diront que Fredette n'a pas traité ses victimes comme des êtres humains. Mais il croit qu'«il ne faut pas s'abaisser en bas du seuil de l'humanité».

La mère de Véronique Barbe n'est pas d'accord.

«Dans ma tête à moi, 25 ans, pour deux meurtres, ça équivaut à 12 ans et demi chaque. Douze ans et demi pour avoir stressé ma fille, pour l'avoir terrorisée, pour l'avoir tuée, pour avoir tué M. Lacasse (...) pour moi ça n'a aucun bon sens», a lancé Mme Biard, la voix cassée.

Me Martin a offert cet autre argument: Fredette ne devrait pas passer plus de temps en prison qu'Alexandre Bissonnette, le tueur de la mosquée de Québec. Ce dernier a reçu 40 ans ferme de prison pour six meurtres, alors que Fredette en a commis deux. Bissonnette a toutefois porté sa peine en appel.

Me Martin a aussi fait valoir des «facteurs atténuants» pour la détermination de la peine de Fredette: il n'a aucun antécédent judiciaire, il a avoué avoir causé la mort des deux personnes, il a exprimé «certains regrets», il est un bon travailleur et a un filet social autour de lui pour l'aider.

Il présente aussi un faible risque de récidive, a-t-il ajouté en citant l'opinion du psychiatre Louis Morissette.

Fredette a été reconnu coupable par un jury de deux meurtres au premier degré, commis le même jour, soit le 14 septembre 2017. Il en appelle d'ailleurs de ces verdicts.

L'homme a tué de 17 coups de couteau son ex-conjointe, Véronique Barbe, avant de prendre la fuite avec un enfant sur des centaines de kilomètres, déclenchant une longue alerte Amber.

Il a ensuite enlevé la vie d'Yvon Lacasse, un automobiliste de 71 ans, afin de voler son véhicule pour poursuivre sa cavale sans être repéré. Il a ensuite jeté son corps dans un boisé.

Un cumul inconstitutionnel

Me Martin demande aussi à la juge Lachance de déclarer inconstitutionnel l'article du Code criminel qui permet le cumul des périodes d'inadmissibilité à la libération conditionnelle dans le cas de meurtres multiples. C'est ce qui permet à la Couronne de réclamer 50 ans d'emprisonnement, soit 25 ans par meurtre.

Cet article a déjà été contesté par Alexandre Bissonnette et la cause est devant la Cour d'appel.

Bref, la juge Myriam Lachance doit attendre la décision de cette Cour avant de rendre son jugement sur la peine de Fredette. Il peut donc s'écouler des mois avant que l'homme ne soit fixé sur son sort.