Le centre-ville de Québec a besoin d’un vrai boulevard urbain réaménagé, pas d’un nouvel échangeur aux abords du quartier Saint-Roch, plaide le dg de Vivre en ville, Christian Savard.

Tunnel Québec-Lévis: «Catastrophique» pour Saint-Roch [VIDÉO]

Comment concilier la sortie d’un tunnel sur l’autoroute Laurentienne dans Saint-Roch avec la volonté de l’administration Labeaume de transformer cette portion d’autoroute en boulevard urbain? C’est la question à 4 milliards $ après l’annonce du nouveau tracé de tunnel retenu par le gouvernement Legault pour relier les deux centres-villes.

Même s’il est situé moins à l’est, le projet d’un troisième lien est «une mauvaise idée», juge l’organisme Vivre en Ville, surtout que son aménagement nécessitera la construction d’un nouvel échangeur aux abords du quartier Saint-Roch.

«Ça semble une catastrophe annoncée sur le plan urbanistique. C’est une petite bombe à retardement lance son dg, Christian Savard. C’est d’un vrai boulevard urbain réaménagé que le pôle Wilfrid-Hamel–Laurentienne et le centre-ville ont besoin, pas d’une aggravation des nuisances routières», plaide-t-il.

«Rien n’a encore permis de justifier la pertinence du projet. Cela reste une autoroute hors de prix qui contribuera à augmenter l’étalement urbain et la dépendance à l’automobile, avec tous les dommages associés», ajoute le représentant de l’organisme qui promeut «des idées novatrices en matière d’urbanisme». Pour lui, seul est justifiable un projet de tunnel destiné uniquement au transport en commun. C’était la proposition faite en avril 2019 par le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM).

À LIRE AUSSI : Le chroniqueur François Bourque écrit sur le nouveau scénario de tunnel

À LIRE AUSSI : Le défi des sorties sur l’autoroute Laurentienne

+

Retour aux années 70

«En rendant plus facile l’entrée de centre-ville à centre-ville, on est retourné dans les années 60 et 70. Tout le monde semble enthousiaste, mais c’est plus compliqué qu’il n’y paraît que de construire un échangeur au centre-ville et de déverser un flot de véhicules supplémentaires qui prendront la direction de la Colline et du boulevard Charest. Sans compter que la sortie du tunnel créera une division du quartier que la Ville tente de recoudre avec, notamment, la requalification de la Pointe-aux-Lièvres. Il y a une question d’acceptabilité sociale là-dedans.»

Sur sa page Facebook, la solidaire Catherine Dorion, députée de Taschereau, a critiqué le projet avec sa verve habituelle. «Une énorme sortie de tunnel en plein milieu de ma ville avec des milliers de chars supplémentaires qui y débouchent à l’heure du trafic. Non, je ne suis pas enthousiasmée pantoute. Et c’est pas juste le monde du centre-ville qui vont en souffrir, en bruit, en gaz et en béton. C’est aussi tous les automobilistes de la Rive-Nord de Québec qui vont en payer le prix en temps de trafic supplémentaire, chaque matin, chaque fin d’après-midi», écrit-elle.

Accès transports viables, groupe de promotion de modes de transports viables, est plus nuancé, bien que plusieurs questions se posent encore. «Nous sommes heureux de constater que le gouvernement du Québec a été sensible aux nombreux appels à écouter davantage la science dans le projet de 3e lien. Le projet qui est sur la table aujourd’hui tient davantage compte des mouvements quotidiens engendrés par les différents générateurs de déplacements», a souligné Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables.

Mais tout comme Vivre en Ville, M. Grandmont prévient aussi le gouvernement sur les dangers d’une sortie de tunnel près du centre-ville de Québec. «Le projet de troisième lien, à cause de sa forte composante automobile, fait une dangereuse incursion dans le centre-ville de Québec. Le gouvernement du Québec devra ainsi faire la démonstration que cela ne causera pas préjudice aux populations habitant dans les quartiers limitrophes», indique-t-il au Soleil.

«Le gouvernement du Québec devra également assurer que ce projet n’empêchera pas la requalification du secteur situé au sud de la rue Soumande, en marge de la conversion de l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain», conclut l’organisme.