Tuerie à la grande mosquée: «la sécurité» au coeur des préoccupations

Le Centre culturel islamique de Québec rencontrera ses fidèles mardi pour trouver des solutions au sentiment de peur qui règne pendant la prière depuis la fusillade qui a fait six morts et cinq blessés il y a deux semaines. Déjà, un projet d'agrandissement de la mosquée du chemin Sainte-Foy est en cours pour rendre l'endroit plus sécuritaire.
«Tout le monde se sent très mal à l'aise devant la sécurité.» Le président du centre (CCIQ), Mohamed Yangui, évoque les craintes ressenties par les membres de sa communauté lorsqu'ils pénètrent dans le lieu de culte.
Le vice-président de l'organisme, Mohamed Labidi, a lui aussi indiqué qu'il ne pouvait plus prier l'esprit en paix. «J'ai ce sentiment que quelqu'un peut entrer à tout moment et faire feu sur les gens», a-t-il expliqué aux ministres fédéraux venus faire une visite dimanche matin en guise de respect et d'appui.
«Je voulais être ici par solidarité», lance Judy Foote, ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, qui était la veille sur le chantier du Manège militaire avec son collègue de la Défense, Harjit Sajjan. 
«Il y a deux semaines, 2000 personnes étaient rassemblées dans ma communauté à Saint-Jean de Terre-Neuve par amour et support à la communauté musulmane. Ça a permis de créer un événement réconfortant à partir d'un autre qui brise le coeur», a-t-elle poursuivi.
«Nous sommes tous perdants lors d'un événement semblable», ajoute M. Sajjan. «C'est important d'être capable de garder la confiance et de s'assurer que nos enfants demeurent loin de ce genre d'événement dans le futur.»
Ajout de sortie de secours
Rétablir la confiance passe d'abord par l'amélioration de la sécurité du bâtiment du chemin Sainte-Foy et de celui de la rue Myrand, soutient le CCIQ. C'est pourquoi une rencontre est prévue mardi. «On va recevoir les doléances des membres de la communauté. On va aussi s'asseoir avec les responsables de la sécurité de la police de Québec», souligne le président Yangui.
Le projet d'agrandissement de la grande mosquée permettra notamment l'ajout de sorties de secours. «On ne s'était pas préparé à un événement pareil, reconnaît d'autre part le trésorier du centre, Mohamed Kesri. En cas de danger ou quoi que ce soit, l'agrandissement va permettre d'évacuer plus facilement. On va peut-être aussi faire des exercices d'évacuation», avance-t-il.
«Du moment que la communauté aura des demandes claires, c'est sûr que le gouvernement fédéral va regarder de toutes les manières possibles pour aider, affirme le député de Louis-Hébert, Joël Lightbound, aussi présent dimanche. Au niveau de la sécurité, c'est de regarder comment nos services de renseignements, la GRC, peuvent aider pour s'assurer que chaque Canadien, peu importe sa religion, se sente en sécurité et libre de prier comme il l'entend.»
Le ministre de la Famille, Jean-Yves Duclos, précise que son collègue et lui comptent entrer en contact avec le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, dès leur retour à Ottawa, lundi. «On va lui demander de faire le lien avec son ministère pour être bien conscient des préoccupations de sécurité de notre communauté ici à Québec.»
Les conseils d'un ministre
Qui de mieux qu'un homme d'origine indienne et de confession sikhe, maintenant devenu ministre de la Défense du Canada, pour parler aux jeunes de la possibilité d'accomplir ses rêves, peu importe ses origines ou sa religion?
«Share your experiences with other people.» «Partagez vos expériences.» Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, s'est adressé spontanément aux enfants du président du Centre culturel islamique de Québec, les jeunes Mohamed Aziz et Mohamed Anas, lors de son passage à la mosquée.
«Accomplir ses rêves»
Basé sur sa propre expérience, son message était simple. «Chaque enfant, peu importe ses origines ou sa religion, peut accomplir ses rêves», a-t-il dit à l'aîné qui veut devenir ingénieur. Les paroles du ministre, captées dans un cadre plus intimiste que le reste de la visite officielle, étaient même documentées par des photos.
Il a montré aux garçons un masque à gaz de sa fabrication, adapté pour le port de la barbe, afin de lui permettre de participer aux missions et aux exercices lorsqu'il était membre des Forces armées canadiennes.
Des propos rassurants, appréciés par le père comme par ses enfants, dans le contexte où plusieurs membres de la communauté musulmane vivent dans la peur et le rejet à la suite de la fusillade.
3,5 millions $ pour contrer l'intolérance
Une vingtaine d'institutions de la communauté financière du Québec injectent 3,5 millions $ dans un fonds philanthropique pour contrer l'intolérance à la suite de la tuerie à la grande mosquée de Québec.
Banques, compagnies d'assurance et fonds de solidarité ont répondu favorablement à l'invitation de la Caisse de dépôt et placement pour créer le fonds Inclusion, en réaction aux tragiques événements qui ont frappé la capitale le dimanche 29 janvier.
La somme, qui sera échelonnée sur cinq ans, servira à faire la promotion de valeurs d'ouverture, d'inclusion et d'égalité, laisse savoir le regroupement. «Les 21 sociétés financières qui appuient cette initiative ont la conviction que l'éducation est le meilleur rempart contre l'intolérance, la discrimination et l'intimidation», écrit-on par voie de communiqué.
Géré par Centraide
Le fonds sera géré par Centraide. Déjà, trois organismes ont été identifiés pour recevoir l'argent. Il s'agit de ENSEMBLE, Equitas, et l'Institut Pacifique. Ces derniers travaillent déjà dans les écoles primaires et secondaires de la province.
Le président de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, Bruno Marchand, fait remarquer que la mission du fonds correspond parfaitement à l'action de l'organisme. «Nous aidons les plus démunis et les familles, mais nous travaillons aussi à bâtir des milieux de vie rassembleurs», dit-il. 
«Les fonds alloués leur permettront, entre autres, d'étendre la portée de leurs programmes existants. D'autres organismes pourront aussi être sélectionnés au fil des prochaines années», fait-on savoir.