Lors de la conférence de presse suivant l’attentat de la Grande Mosquée, il y a un an, Régis Labeaume a eu une «bouffée» d’émotion.

Tuerie à la Grande Mosquée: «j’étais obsédé par la revanche», dit Labeaume

Le maire de Québec avoue avoir été obsédé par une possible revanche à la suite de la tuerie de la Grande Mosquée le 29 janvier 2017. Dès lors, il a senti la nécessité de maintenir sa population unie. Une responsabilité dont le poids lui pèse encore aujourd’hui.

Sur un ton plus intimiste qu’à son habitude, Régis Labeaume s’est confié sur la manière dont il a vécu les événements le soir du drame. À titre de maire, il a été parmi les premiers informés. Il était à son chalet dans le secteur de Sainte-Anne-de-Beaupré lorsque la directrice générale adjointe de la Ville, Chantal Giguère, lui a communiqué la nouvelle. Elle-même avait reçu un téléphone du chef de police, Robert Pigeon.

«Je me suis mis en mode gestion de crise et à réfléchir sur la suite des choses. Dans ce temps-là, il n’y a pas de place pour les sentiments», lance-t-il. C’est que le maire, les autres élus et les administrateurs de la Ville ont reçu une formation pour gérer ce genre d’événement. 

«C’est moi qui dirige la cellule de crise. J’ai un cahier dans lequel est marqué tout ce que je dois faire. Je l’ai lu pour me rafraîchir la mémoire sur les gestes à poser et je me suis dirigé vers le centre de coordination. Heureusement qu’on a été formé. C’était : “Pas de panique”», explique M. Labeaume.

Comme il s’agissait d’un acte terroriste potentiel, il n’a pas eu à aviser les gouvernements provincial et fédéral. C’est plutôt eux qui l’ont appelé après avoir été avisés par leur corps de police respectif, la Sûreté du Québec et la Gendarmerie royale du Canada, déjà sur le terrain.

Le maire se souvient avoir subi beaucoup de pression pour sortir rapidement devant les caméras, une tentation à laquelle il n’a pas succombé. «Ma famille, mes amis me disaient : “Il faut que tu sortes parler. Le monde se demande où est le maire.” À un moment donné, j’ai douté. Mais je suis revenu au cahier. Et ce que je faisais était le plus utile.»

L’émotion remonte

Il tiendra finalement un point de presse commun vers 1h40 avec le premier ministre, Philippe Couillard, et le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. C’est à ce moment précis que la charge émotive qu’il avait emmagasinée a fait surface. «À la conférence de presse, j’ai eu une bouffée. Le lendemain aussi, j’étais très émotif. Je vais vous dire que ce genre d’événement ça teste tes limites, mais je suis capable d’en prendre», assure-t-il.

Bien que M. Labeaume pensait aux victimes et à leur famille et à l’impact de la tuerie sur l’image de la ville, l’idée qu’un autre acte sanglant puisse être posé le tenaillait. «On savait peu de choses et il s’en disait beaucoup. Est-ce que le tireur était membre d’un groupe extrémiste ou c’était un loup solitaire? Dans la mesure où ça pouvait être de la provocation, j’étais obsédé par la revanche.»

C’est pourquoi il s’est fixé comme objectif de maintenir la population unie. L’année d’élection qui se termine l’a freiné dans son désir de valoriser le vivre ensemble. C’est pourquoi il veut y accorder beaucoup d’importance en 2018.

«Je veux diminuer le niveau de xénophobie parce qu’il y en a à Québec comme ailleurs. Cette commémoration, c’est un moment charnière. Il n’y a pas de formule magique pour le vivre ensemble. Il faut faire ça en s’asseyant avec la communauté. J’aimerais ça savoir que c’est un autre qui a cette responsabilité, mais je sais que les yeux sont dirigés vers moi», conclut-il.