Chrystia Freeland prête serment, à Rideau Hall, à Ottawa, mardi 
Chrystia Freeland prête serment, à Rideau Hall, à Ottawa, mardi 

Trudeau proroge le Parlement; Freeland remplace aux Finances

Lina Dib
La Presse Canadienne
Vicky Fragasso-Marquis
La Presse Canadienne
OTTAWA - Justin Trudeau présentera dans un mois sa vision pour reconstruire le Canada frappé par la pandémie de COVID-19.

Le premier ministre a prorogé le Parlement mardi. Un discours du Trône sera présenté le 23 septembre. Les partis d’opposition, majoritaires, pourront décider alors si les libéraux restent au pouvoir ou si des élections sont déclenchées alors que le nouveau coronavirus circule encore.

C’est la démission de son ministre des Finances Bill Morneau, précipitée par le scandale autour de l’octroi d’un contrat à UNIS (WE Charity), qui a amené M. Trudeau jusque-là.

«Le moment est venu de reconstruire de manière audacieuse», a-t-il déclaré, dans le foyer de la Chambre des communes, aux côtés de sa nouvelle ministre des Finances Chrystia Freeland.

Il s’est empressé de rassurer les Canadiens; l’arrêt des travaux des parlementaires pendant un mois n’affectera pas la distribution de l’aide gouvernementale par l’entremise des programmes fédéraux créés depuis le début de la pandémie.

Il s’est défendu d’utiliser la manoeuvre de la prorogation comme l’avait fait Stephen Harper, alors minoritaire lui aussi, pour empêcher la chute de son gouvernement.

«Stephen Harper et les conservateurs ont prorogé le Parlement pour le fermer et éviter un vote de confiance. Nous prorogeons le Parlement pour le ramener la même semaine où son retour était prévu, et pour forcer un vote de confiance», a-t-il argué.

Et à ceux qui lui ont demandé s’il espérait perdre ce vote et aller en campagne électorale, il a offert un «non» catégorique.

«Le discours du Trône qu’on a présenté il y a huit mois à peine n’était pas du tout aligné avec la réalité que les gens vivent maintenant. Je pense que c’est tout à fait normal que nous devions présenter une nouvelle vision», a-t-il soutenu, promettant une place pour la décarbonisation de l’économie canadienne dans cette «nouvelle vision».

«On a beaucoup de pain sur la planche, mais on sait que la réimagination audacieuse de ce que le Canada peut être doit avoir des volets verts, des volets équitables, des volets plus justes...», a-t-il énuméré.

Chrystia Freeland et Dominic LeBlanc avant de prêter serment, à Rideau Hall, à Ottawa, mardi

«Un accrochage»

L’opposition reproche à M. Morneau et à M. Trudeau l’octroi d’un contrat à WE Charity pour la gestion d’un programme de bourses créé en réponse à la pandémie. L’organisme a abandonné le contrat lorsque l’affaire est devenue scandale. Le commissaire à l’éthique a ouvert des enquêtes étant donné les liens entre WE Charity et les familles Morneau et Trudeau.

En annonçant sa démission lundi soir, Bill Morneau n’a fait aucune référence à cet épisode.

Le premier ministre, lui, a été obligé, mardi après-midi, de reparler de cette affaire.

«On a fait des erreurs et on les a corrigées au fur et à mesure et malheureusement dans ce programme de bourses pour les étudiants qui faisaient du bénévolat, on a eu un accrochage qui a empêché que ce programme aille de l’avant et a soulevé énormément de questions. On a répondu à ces questions. Mais à chaque étape, on a été là pour livrer ce dont les Canadiens avaient besoin», s’est-il défendu.

Toujours méfiante, l’opposition accuse M. Trudeau de proroger le Parlement pour qu’arrêtent toutes les études en comité parlementaire de cette affaire.

«Les Canadiens ont de sérieuses questions sur le scandale Trudeau UNIS. Ils méritent mieux qu’un premier ministre sans caractère qui utilise le pouvoir de son bureau pour mettre fin aux nombreuses enquêtes», a pesté le conservateur Andrew Scheer, dans un communiqué.

«Si le but de la prorogation annoncée par le premier ministre est d’abord de mettre le couvercle sur le scandale We Charity, ça ne marchera pas», a averti de son côté le Bloc québécois, aussi par communiqué.

À ça, le premier ministre répond que les documents réclamés par un des comités parlementaires, celui des Finances, ont tous été livrés mardi matin et que les députés peuvent bien les étudier s’ils le veulent.

Ce qui ne lui évite pas les remontrances des néo-démocrates.

«Fermer le Parlement en pleine pandémie et crise économique, avec une séance la semaine prochaine et des comités qui travaillent fort pour obtenir des réponses et des solutions pour les Canadiennes et les Canadiens, est une erreur», a lancé M. Singh dans un communiqué publié en fin de journée.

Et puis, le NPD ne lâche pas non plus la partie WE du morceau. Le député Charlie Angus a écrit au commissaire à l’éthique, Mario Dion, pour s’assurer que l’enquête sur l’ancien ministre Morneau continuera même si celui-ci quitte la vie politique.

Chrystia Freeland aux Finances

Pour ce qui est de l’arrivée de Mme Freeland au ministère des Finances, le chef bloquiste Yves-François Blanchet s’y est montré plutôt favorable lorsqu’il a été invité à la commenter, en entrevue téléphonique. Il croit Mme Freeland «plus ouverte» aux demandes bloquistes pour un meilleur soutien des aînés que ne l’était M. Morneau.

Mme Freeland provoque une tout autre réaction chez les conservateurs.

«Pour Freeland, des taxes plus élevées, c’est l’équivalent d’une religion. Elle a déjà dit «amen» à une augmentation d’impôts», a dénoncé Pierre Poilievre qui avait convoqué un point de presse mardi matin.

Le député conservateur estime que l’abandon de son poste par le ministre Morneau plonge le pays dans le chaos, alors qu’il faut gérer la crise économique provoquée par la pandémie.

Cette démission avait été réclamée par les conservateurs et les bloquistes, tout comme celle de Justin Trudeau.

«Est-ce que la démission de Justin Trudeau ajouterait au chaos? Non! Au contraire. La démission de Justin Trudeau va mettre fin au chaos. C’est lui qui cause le chaos», a martelé M. Poilievre.

Applaudissements à Toronto

«Il n’y a personne qui serait meilleur dans ce rôle que Chrystia Freeland», a déclaré le premier ministre ontarien Doug Ford avant la confirmation de Mme Freeland au poste de ministre des Finances.

«J’adore Chrystia Freeland. Elle est incroyable. Je vais l’aider. Je lui ai envoyé un message de félicitations. Je serai là pour elle. Je l’aiderai de toutes les manières possibles», a-t-il promis, lorsqu’il a été invité à commenter la nouvelle mardi matin.

Nouveau portefeuille pour Dominic LeBlanc

La vice-première ministre a passé le flambeau des Affaires intergouvernementales à Dominic LeBlanc. Depuis l’élection de l’an dernier, M. LeBlanc siégeait au conseil des ministres, mais sans portefeuille, pendant qu’il se remettait d’un cancer.