Yves-François Blanchet a refusé de s'adonner à quelque spéculation stratégique que ce soit, répétant qu'il n'est pas dans une logique d'alliance ou de renversement de gouvernement.

Trudeau doit mener le mandat de quatre ans à terme, dit Blanchet

Yves-François Blanchet estime que si le Bloc québécois a sa part de responsabilité pour faire fonctionner le Parlement, Justin Trudeau, lui, en a le devoir, et ce, durant quatre ans malgré son statut minoritaire.

Au lendemain d'une élection qui lui a donné 32 sièges et une balance du pouvoir partagée avec le Nouveau Parti démocratique (NPD), le chef bloquiste a refusé de s'adonner à quelque spéculation stratégique que ce soit, répétant qu'il n'est pas dans une logique d'alliance ou de renversement de gouvernement.

«Je n'ai pas à porter ce fardeau-là parce que notre job ce n'est pas de faire marcher ou de ne pas faire marcher un gouvernement; ce n'est pas de faire tomber ou de ne pas faire tomber un gouvernement; c'est de porter des propositions positives pour le Québec et de défendre ce que sont les positions du Québec», a-t-il répété en point de presse, mardi à Montréal.

Ce «fardeau», Yves-François Blanchet l'a déposé directement sur les épaules de Justin Trudeau : «La responsabilité du premier ministre et du Parti libéral est de faire fonctionner ce Parlement. C'est leur responsabilité, pas la nôtre, pas celle du NPD ou des conservateurs. M. Trudeau a ce devoir. Et la loi dit que les mandats sont censés durer quatre ans et ils devraient faire ce qu'il faut, dans le respect complet des décisions des Canadiens et des Québécois, pour que ça fonctionne.»

Ainsi, il a réitéré son intention d'agir au cas par cas, de juger à la pièce et de voir ce qu'il peut obtenir avec le pouvoir de levier que les Québécois lui ont confié.

«Est-ce que c'est bon pour le Québec? On va être pour. Est-ce que c'est mauvais pour le Québec? On va être contre. Est-ce qu'on est capable de négocier des avantages pour le Québec dans l'exercice, avec le fait qu'on a 32 sièges et nos amis néo-démocrates en ont moins?»

Autant de questions auxquelles son parti sera confronté à répétition dans le processus législatif.

«Une conversation avec M. Singh»

Cependant, il est conscient que les libéraux n'ont pas besoin du Bloc pour aller de l'avant puisqu'ils n'ont besoin que de l'appui des 24 députés néo-démocrates pour que le gouvernement Trudeau obtienne une majorité lorsqu'il en aura besoin, d'autant plus que le parti de Jagmeet Singh a davantage d'affinités avec les libéraux que le Bloc.

«Les supputations stratégiques sont intéressantes, mais elles sont à bien des égards prématurées. De la même manière, il est exact - et je vais sûrement avoir une conversation à court terme avec M. Singh - que sur certains aspects les néo-démocrates peuvent avoir des affinités avec les libéraux. Sur certains autres aspects, certainement moins.»


« Je n'ai pas à porter ce fardeau-là parce que notre job ce n'est pas de faire marcher ou de ne pas faire marcher un gouvernement; ce n'est pas de faire tomber ou de ne pas faire tomber un gouvernement; c'est de porter des propositions positives pour le Québec et de défendre ce que sont les positions du Québec »
Yves-François Blanchet

Déjà, toutefois, le chef bloquiste a adressé une première demande au gouvernement Trudeau, soit de convoquer le Parlement avant les Fêtes afin de régler dans les plus brefs délais les détails entourant le versement des compensations aux producteurs agricoles sous gestion de l'offre qui ont vu leurs parts de marché diminuer à la suite des trois dernières négociations de libre-échange.

La question de la gestion de l'offre, ainsi que celles du soutien aux aînés et des transferts fédéraux en santé, sont au sommet des priorités qu'entend porter la formation souverainiste fédérale aux Communes.

Dans l'immédiat, M. Blanchet dit devoir «prendre mesure du mandat» que lui a confié une proportion importante de l'électorat québécois.

Il doit également former son équipe en tenant compte du fait que certains élus bloquistes ont une expérience parlementaire - assez étendue dans certains cas - alors que d'autres sont des néophytes en matière de politique active.