Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, et sa femme, Sophie Gregoire, déposent des fleurs en mémoire des victimes de l'attentat de Québec.

Trudeau appelle à l'ouverture 

Au lendemain de la tuerie qui a fait six morts à la Grande Mosquée de Québec, le premier ministre Justin Trudeau a appelé à l'ouverture envers les musulmans canadiens, affirmant haut et fort «qu'ils sont ici chez eux».
Le premier ministre canadien a fait cette déclaration lors de la vigile qui réunissait plusieurs milliers de personnes au parc Notre-Dame-de-Foy lundi soir malgré le temps très froid. 
Musulmans, catholiques, gens de toutes nationalités et de toutes allégeances politiques s'étaient réunis pour lancer un appel à la paix et à la solidarité avec la communauté musulmane. Plusieurs avaient amené des fleurs ou des chandelles pour les déposer devant la Grande Mosquée.
Justin Trudeau a d'ailleurs noté la présence de tous les chefs de partis politiques fédéraux dans la capitale: la conservatrice Rona Ambrose, le néo-démocrate Thomas Mulcair, le bloquiste Rhéal Fortin et la leader du Parti vert Elizabeth May.
Défendre et protéger
«Nous défendrons et protégerons votre droit de vous réunir pour prier. Prier nous rend plus humains. Il faut se rappeler l'humilité et la bonté qu'il y avait dans le coeur des victimes lors des événements», a déclaré le premier ministre, évoquant aussi la difficulté qu'il aura à aborder le sujet avec ses enfants. 
«Sophie et moi aurons des conversations très difficiles avec nos enfants pour leur expliquer l'inexplicable. Les victimes étaient des Canadiens ordinaires comme nous tous qui n'avaient rien fait pour mériter la violence et la haine dont ils ont été victimes.»
Il a aussi souligné l'apport des musulmans dans la société canadienne. «Ils ont contribué à bâtir la communauté, ils ont ouvert des commerces, ils sont aussi des enseignants... Les musulmans canadiens sont ici chez eux», a-t-il déclaré, applaudi par la foule.
Un peu plus tôt, son homologue du Québec, Philippe Couillard, a insisté sur l'importance de dire non à la violence, au rejet et à la haine. «Écartons les mots et les gestes qui divisent et attisent la haine. Le monde nous regarde, on va leur montrer ce que nous avons de meilleur», a-t-il affirmé.
Ému et inhabituellement bref, le maire Régis Labeaume a pour sa part dit espérer que le résultat de ce deuil serait de rejeter «ceux qui s'enrichissent dans la haine».
«Pompiers pyromanes»
Malgré les déclarations des politiciens, le porte-parole de l'Association des Tunisiens de Québec, Hakim Merdassi leur a toutefois demandé d'y joindre des gestes en proposant la mise en place d'un fonds pour les familles des victimes et en servant une mise en garde à ceux qui seraient tentés d'utiliser à des fins politiques les démons du racisme et de l'islamophobie.
«Certains politiciens ont été des pompiers pyromanes et, aujourd'hui, nous sommes tous brûlés», a-t-il lancé, ajoutant qu'il espérait que le racisme et la haine disparaissent un jour à tout jamais.
Le Coran pour guérir
L'émotion a atteint son paroxysme lorsque Mohammed Yangui, président du Centre culturel islamique, et Boufeldja Benabdallah, cofondateur, ont pris la parole. Les deux hommes ont récité avec beaucoup d'intensité des sourates du Coran, que les nombreux musulmans présents dans la foule répétaient à voix haute avec eux. 
«Prions pour que cette paix revienne, pour qu'on vive à nouveau dans une ville de Québec belle et joyeuse», a affirmé M. Benabdallah pour clore les allocutions juste avant que les personnes présentes prennent part à une marche dans les rues de Sainte-Foy.