Le secteur centre de Sainte-Foy attire une plus grande part des déplacements Lévis-Québec. Sur cette base, le maire Régis Labeaume a réclamé un troisième lien à l'ouest, près des ponts actuels.

Troisième lien: trop cher, un bureau à 20,5 millions $ ?

Le gouvernement du Québec n'a pas lésiné en dotant le bureau de projet du troisième lien routier Québec-Lévis d'un budget de 20,5 millions $. Les sommes dévolues sont en droite ligne avec les estimations du professeur Bruno Massicotte, qui a produit la plus récente étude sur un tunnel sous-fluvial à la hauteur de l'île d'Orléans.
Les libéraux de Philippe Couillard viennent d'inscrire le troisième lien au plan québécois des infrastructures 2017-2027, dans la liste des grands projets à l'étude. Le budget provincial, déposé le 28 mars, ne faisait toutefois pas mention du bureau de projet promis fin février. C'est le ministre des Transports, Laurent Lessard, qui a confirmé sa création imminente et l'attribution d'un budget de 20,5 millions $.
C'est beaucoup ou peu? Les maires de Québec et de Lévis ont jugé que c'était une bonne offre et félicité le gouvernement. Ils ont fait remarquer que le bureau d'étude d'un autre grand projet, le service rapide par bus (SRB), a été lancé avec 12,5 millions $. Se sont ajoutés 56 millions $ au dernier budget pour réaliser les plans et devis et compléter le dossier d'affaires, qui permettra d'obtenir les dernières autorisations avant la construction.
À première vue, le troisième lien a donc droit à une enveloppe initiale bonifiée de 60 %. Mais est-ce suffisant? Pour le mesurer, Le Soleil est retourné à l'étude de faisabilité technique et des coûts d'un tunnel entre l'autoroute 20 à Lévis et l'échangeur des autoroutes Félix-Leclerc et Dufferin-Montmorency. Le document a été publié en septembre. 
Dans une annexe où il détaille les hypothèses de calcul des coûts pour pareil ouvrage, l'ingénieur Bruno Massicotte, professeur titulaire au Département des génies civil, géologique et des mines de Polytechnique Montréal, estime qu'il faudrait 19 millions $ pour se rendre à l'étape des plans et devis. Le gouvernement a visé 8 % au-dessus. 
Que faire de tout cet argent? Le ministre des Transports n'a pas encore détaillé ses intentions, ni d'ailleurs la structure de l'organisme à mettre sur pied. Les décisions se prendront avec les maires de Québec et de Lévis ainsi que les ministres responsables de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches, a-t-il précisé. 
Dans ses recommandations, M. Massicotte prescrit, lui, «des investigations géotechniques visant à bien cartographier la nature des sols, la profondeur du roc et la mesure des propriétés des dépôts meubles et du roc sur le site sont requises». Il croit qu'il faut aussi évaluer «le comportement du tunnel dans la zone des dépôts meubles» advenant un séisme. Cette zone de dépôts meubles est située près de la rive nord. 
Réalistement, il faudrait compter un été ou deux pour collecter toute l'information nécessaire sur le terrain et en faire l'analyse. 
D'autres pistes
D'autres pistes s'imposent également au bureau de projet. M. Massicotte avait expliqué s'être limité au projet de tunnel à l'endroit identifié par le gouvernement et jugé possible de réduire la facture appréhendée de 4 milliards $ en étudiant d'autres tracés et même d'autres types d'ouvrages, comme un pont ou un pont-tunnel. Même s'il s'était montré intéressé, le scientifique n'a pas reçu d'autre mandat pour s'exécuter. Sa première offrande a coûté 105 000 $ aux contribuables. 
Le gouvernement du Québec et la Ville de Québec ont commencé l'analyse de la circulation actuelle. Deux conclusions principales : le nombre de véhicules circulant quotidiennement sur les ponts est demeuré stable ces dernières années et le secteur centre de Sainte-Foy attire une plus grande part des déplacements Lévis-Québec. 
À l'est ou à l'ouest
Sur cette base, le maire Régis Labeaume a réclamé un troisième lien à l'ouest, près des ponts actuels. Le provincial veut creuser davantage avant de se positionner, sachant que les élus de la rive sud plaident plutôt pour l'est. 
L'étude sur le tunnel recommandait aussi de réaliser une «analyse exhaustive de la planification des transports» et d'établir les besoins en termes de voies de circulation ainsi que l'utilisation projetée (transport individuel, collectif ou de marchandises). 
Le président du Conseil du Trésor a déjà indiqué qu'il n'y avait pas vraiment d'échéancier pour dépenser les 20,5 millions $ attribués au bureau de projet du troisième lien. Si l'argent n'est pas entièrement dépensé d'ici l'étape des plans et devis, il servira pour la suite du projet, a assuré Pierre Moreau.