Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, craint que les libéraux, s’ils sont réélus cet automne, changent leur fusil d’épaule et se rabattent sur d’autres solutions pour désengorger le trafic aux heures de pointe.

Troisième lien: Lehouillier craint un bureau «bidon»

S’ils croyaient avoir mis le couvercle sur la marmite en annonçant en décembre dernier une étude d’opportunité sur le projet de troisième lien, les libéraux devront composer avec un maire de Lévis déterminé à obtenir des garanties d’ici les élections provinciales.

Les Lévisiens convoqués aux urnes le 1er octobre méritent d’avoir «l’heure juste», estime le maire Gilles Lehouillier, qui a dénoncé mercredi «le manque de transparence» du Bureau de projet sur le troisième lien entre Lévis et Québec, mis sur pied en février 2017 par le gouvernement de Philippe Couillard.

Il a présenté en conférence de presse une cinquantaine de questions adressées aux fonctionnaires de ce bureau et à la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay. Des interrogations liées essentiellement au devis détaillant le mandat de l’étude d’opportunité du projet, annoncée le 4 décembre dernier.

«Le mandat ne vise qu’à optimiser les déplacements entre les deux rives afin de réduire la congestion routière en période de pointe», a critiqué le maire de Lévis, six mois plus tard. À son avis, le devis soulève trop de pistes de solutions «qui n’ont rien à voir avec la réalisation d’un véritable troisième lien autoroutier entre les deux rives».  

En d’autres mots, il craint que les libéraux, s’ils sont réélus cet automne, changent leur fusil d’épaule et se rabattent sur d’autres solutions pour désengorger le trafic aux heures de pointe, tant à Québec qu’à Lévis. «[Selon le devis], ça pourrait être un traversier, ça peut être le télétravail, ça peut être n’importe quoi! [...] Nous, ce qu’on veut, c’est que notre population sache ce qui est sur la table. Et la population sera capable de prendre ses propres décisions le moment venu», a-t-il dit en référence au prochain scrutin.

Car même si les libéraux martèlent qu’ils n’auraient pas investi 20,5 millions $ sur un bureau de projet s’ils ne croyaient pas au troisième lien, M. Lehouillier juge que le discours du gouvernement manque de cohérence. Il est «à des années-lumière du mandat qui est dans le devis», a-t-il pesté mercredi, allant jusqu’à s’inquiéter d’une étude et d’un bureau de projet «bidon». 

Gilles Lehouillier a de nouveau déploré qu’aucune rencontre du comité d’élus du bureau de projet n’ait eu lieu depuis décembre. Il a réclamé cette réunion «à plusieurs reprises» depuis avril, a-t-il insisté. Devant ces pressions, la ministre Tremblay l’avait invité, le 23 mai, à soumettre ses questions par écrit, après quoi il serait possible de tenir la rencontre politique. Mais M. Lehouillier tenait à présenter ses interrogations devant le comité consultatif, menaçant de les rendre publiques. Menace qu’il vient de mettre à exécution. 

La ministre étonnée

Véronyque Tremblay s’étonne du changement de ton du maire Lehouillier ces dernières semaines. Surtout qu’il avait appuyé le devis avant même qu’il ne soit annoncé publiquement en décembre. «Je suis quand même assez surprise qu’il ait une liste de 54 questions sur le devis qu’il a lui-même approuvé», a-t-elle affirmé en mêlée de presse à l’Assemblée nationale, mercredi.

Sur l’incohérence alléguée par M. Lehouillier entre le mandat du devis et les prises de position politique, la ministre soutient que «le message n’a pas changé», à savoir qu’elle croit au projet de troisième lien, mais qu’il doit être réalisé étape par étape. Elle s’est engagée à dévoiler des faits saillants de l’étude en cours «cet été». Le rapport final ne sera pas disponible avant 2020.

Au cabinet de Mme Tremblay, on a aussi précisé que le mandat du devis était large notamment parce que d’autres gestes, à court et moyen terme, pourront être posés pour désengorger le réseau routier de la région.

À la Coalition avenir Québec (CAQ), parti politique en avance dans les sondages et chez qui on avance que les travaux du troisième lien pourraient commencer avant la  fin d’un premier mandat majoritaire, on a appuyé mercredi la sortie de M. Lehouillier. «Moi je comprends le maire Lehouillier d’être choqué», a réagi Éric Caire, député de La Peltrie. «Il y a eu une promesse claire en 2014 par Philippe Couillard [en campagne électorale]. […] Quatre ans plus tard, on ne sait pas si le troisième lien va être à l’Est», a-t-il critiqué, accusant les libéraux de se traîner les pieds.

Les libéraux répliquent qu’il est tout simplement impossible d’aller aussi rapidement que le promet la CAQ. Mme Tremblay affirmait en décembre dernier que celui ou celle qui promettait un début des travaux dans un prochain mandat «rêvait en couleurs».

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DES MAIRES À COUTEAUX TIRÉS... 

Les relations entre les maires de Québec et Lévis sont toujours aussi tendues. Mardi, commentant sur l’intention de Gilles Lehouillier de dévoiler ses questions adressées au bureau de projet du troisième lien, Régis Labeaume a affirmé qu’il n’était pas intéressé à aller «faire de la caméra». 

Il laissait ainsi savoir qu’une rencontre du comité consultatif ne l’intéressait pas, à moins qu’il y obtienne des réponses claires sur l’impact de troisième lien pour la ville de Québec, ce qui est présentement à l’étude. Gilles Lehouillier a vigoureusement répliqué mercredi. 

«Pour les shows de [caméras], il est pas mal dur à battre. C’est son Ritalin, les médias. Il n’est pas capable de se passer des médias une seule journée, ce gars-là. Quand les médias ne sont pas là, il feel mal», a-t-il lancé. 

M. Lehouillier a profité de sa tribune pour critiquer à nouveau un «gouvernement à deux vitesses» : un pour la capitale et un pour les régions. Certaines de ses 54 questions portaient d’ailleurs sur le projet de tramway, à Québec. 

«Qu’arrivera-t-il si [l’étude] détermine que le tramway n’est pas la solution optimale?» a-t-il notamment demandé.  

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TROIS QUESTIONS DE LEHOUILLIER

  • Pour être conforme au discours politique véhiculé, n’y aurait-il pas lieu de limiter la portée du mandat à une seule famille de solutions, soit l’implantation d’un nouveau lien entre les deux rives? 
  • Comment peut-on avoir l’assurance qu’il s’agit d’une étude de faisabilité pour la réalisation d’un nouveau lien autoroutier sous forme de pont ou de tunnel entre les deux rives? 
  • Est-ce que les mêmes études préalables ont été effectuées avant d’arrêter le choix du tramway à Québec? Si oui, est-ce que ces études sont disponibles?