Les études environnementales prennent des années et ne pourront être escamotées pour le projet de troisième lien routier Québec-Lévis, prévient le maire Régis Labeaume.

Troisième lien: Labeaume craint un «désastre financier»

L’approche des élections provinciales et la concurrence politique en découlant menacent de transformer le dossier du troisième lien routier Québec-Lévis en «désastre financier», est convaincu le maire de Québec, Régis Labeaume.

Le conseil municipal de Québec avait des airs d’Assemblée nationale, lundi, alors que les discussions ont tourné essentiellement autour du transport interrives. 

Régis Labeaume a lancé le bal en tentant de justifier a posteriori son estimation à 10 milliards $ pour un troisième lien. «J’ai encore parlé à des spécialistes dernièrement et les gens me disaient : c’est 13 à 15 ans et soyons chanceux si c’est en bas de 10 milliards $», avait-il déclaré il y a 10 jours, alors qu’il était confronté aux promesses de la Coalition avenir Québec (CAQ) de réaliser l’essentiel du projet dans un premier mandat. 

Lundi, M. Labeaume n’a jamais donné l’identité de ces spécialistes qu’il aurait consultés. Il a plutôt appelé à la rescousse Bent Flyvbjerg, présenté comme le «champion du monde de l’évaluation des dépassements de coûts». 

L’économiste et géographe danois a étudié plusieurs grands projets de transport à travers le monde, incluant celui du métro de Laval. Ce dernier a déterminé que la «compétition politique» joue un rôle dans les dépassements de coûts en influençant les conclusions des études préparatoires et en précipitant les décisions, a résumé le maire. 

Ce qui lui a fait dire : «Si l’urgence politique l’emporte sur le génie, la technologie pis le bon sens, je pense que tous les éléments sont réunis pour assister à un désastre financier potentiel. Dans ces conditions, je le répète, on sera chanceux si le coût du troisième lien reste en bas de 10 milliards $.» 

«Dérapes financières» avérées

M. Labeaume a dressé une liste de «dérapes financières» avérées, parmi lesquelles l’échangeur Turcot à Montréal et le métro de Laval, mais aussi le tunnel sous la Manche et l’autoroute souterraine «Big Dig» à Boston. «Il n’y a pas de miracles. On fera pas à part des autres. Il faut qu’on prenne le temps que ça prend», a insisté le maire, rappelant que la planification est toujours beaucoup plus longue que la construction. 

Le chef de l’opposition Jean-François Gosselin n’a pas été ému pour autant. «N’est-ce pas la responsabilité du premier magistrat de la Ville de Québec que d’appuyer ses dires avec des sources sérieuses et crédibles au lieu de dire n’importe quoi?» a-t-il demandé, mettant en doute l’appui du maire au projet de troisième lien. 

M. Gosselin a appelé le parti au pouvoir à faire confiance au génie québécois et y est allé d’une liste de projets de tunnels et de ponts qui ont été réalisés en moins de 15 ans et pour moins de 10 milliards $. Elle recoupait en partie celle publiée sur le site Projets Québec mis en ligne par la radio CHOI, accusée par le maire de faire du «cherry picking» et «sortir n’importe quoi pour augmenter les cotes d’écoute». 

Le chef de l’opposition a fait un lien avec le dossier du tramway. «J’ai parfois l’impression — je ne suis pas le seul évidemment — qu’avec le maire de Québec, c’est deux poids, deux mesures. Lorsqu’il est question de son projet de tramway […] là c’est nécessaire d’aller à la vitesse grand V. Est-ce que le projet de tramway lui aussi va prendre 10 à 15 ans avant de se réaliser?» a-t-il questionné. 

Le conseiller municipal indépendant Yvon Bussières s’est montré surpris par ces échanges émotifs. «C’est des décisions qui vont être prises par les gouvernements supérieurs. C’est pas nous ici au conseil municipal qui allons décider de la construction du troisième lien», a-t-il rappelé. Le vieux routier a invité ses collègues à s’interroger sur les moyens à leur portée de diminuer la congestion sur les ponts de Québec et Pierre-Laporte et tout autour. 

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LES INONDATIONS ONT COÛTÉ 716 429 $

La Ville de Québec a déboursé 716 429 $ pour faire face aux inondations dans le quartier Duberger–Les Saules au mois de janvier. Les employés municipaux appelés à la rescousse ont été payés 379 807 $. La location d’équipement a coûté 324 088 $. Plus spécifiquement, les cinq pelles mécaniques actives sur le terrain ont coûté 100 000 $, la pelle grenouille, 61 000 $, et la pelle araignée, 17 500 $. «Honnêtement, je suis quasiment content que ce soit en bas du million $. Dans ces affaires-là, on essaye de se ramasser et de payer le moins cher possible, mais à un moment donné, il faut procéder», a commenté le maire Régis Labeaume en marge du conseil municipal. Une partie de la somme devrait être remboursée par le gouvernement du Québec, mais le calcul n’était pas disponible lundi.

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NOUVEAUX ÉCHANTILLONS RASSURANTS À L'INCINÉRATEUR

Des échantillons ont été repris en janvier dans le four numéro 4 de l’incinérateur de Québec afin de vérifier s’il y avait encore des dépassements des normes environnementales pour le mercure, les dioxines et les furannes, comme c’était le cas en octobre. La réponse est non. «Tout est correct», a révélé lundi la conseillère municipale Suzanne Verreault, présidente du Comité de vigilance de l’incinérateur, qui venait tout juste de recevoir les résultats. Celle-ci a indiqué que le taux d’arsenic 176 fois supérieur à la limite constaté à l’été demeure «un mystère». Afin de limiter les émissions polluantes, des travaux sont en cours pour permettre l’injection de charbon actif directement dans chacun des quatre fours de l’incinérateur, a rappelé Mme Verreault. Des tests seront ensuite effectués en continu pendant deux mois afin de s’assurer que tout est sous contrôle. De nouveaux brûleurs au gaz naturel sont aussi en cours de fabrication. Ils devraient permettre de réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2).