Le ministre des Transports François Bonnardel

Troisième lien: la «gestion dynamique des voies», guerre à l’auto solo?

Avec le nouveau tracé du futur tunnel routier Québec-Lévis, le ministre des Transports, François Bonnardel, a intégré le concept de «gestion dynamique des voies» à ses arguments. Le député de l’opposition Gaétan Barrette y déchiffre «des contraintes qui visent à diminuer, voire éradiquer l’auto solo» entre autres avec le péage.

«La gestion dynamique des voies, il y a aussi le péage. Même des variations de péage : péage en continu, péage aux heures de pointe, péage par type de véhicule. Le ministère évoque même le péage par voie. Imagions cette hypothèse : deux voies, à gauche, on paye; à droite, covoiturage, plus d’auto solo. Est-ce que c’est ça que le ministre veut faire?» a lancé M. Barette, mercredi matin, durant la période de questions quotidienne au parlement de Québec.

Le représentant du Parti libéral du Québec et porte-parole de l’opposition officielle en matière de transports fait référence à la présentation réalisée en 2018 par l’ingénieur Michel Charbonneau, du ministère des Transports, au congrès annuel de l’Association québécoise des transports. Le document est disponible en ligne sur le site de l’AQTr.

Les 29 vignettes du document expliquent et détaillent la «gestion dynamique des voies» d’une infrastructure autoroutière, concept devenu cher au ministre Bonnardel en vue de la construction du troisième lien.

On y lit que «l’augmentation de la capacité routière par l’ajout de voie banale (favorisant le déplacement en “véhicule solo”) est de plus en plus difficile à justifier».

Tarification variable

«La gestion dynamique des voies (GDV) est un système de priorisation : par le contrôle de l’accès au réseau (tarification, nombre de personnes par véhicule, etc.); par le contrôle modal (transport actif, transport collectif, covoiturage, véhicule lourd, motocyclette); cette gestion permet d’optimiser l’usage des voies de circulation en augmentant le nombre de personnes passant à l’heure», peut-on aussi y lire.

Il est bel et bien indiqué que «la tarification d’une voie réservée payante peut varier en fonction : de la congestion, du nombre de personnes, du type de véhicules, de l’heure et du jour».

Ce qui fait conclure à M. Barrette que «gestion dynamique des voies, ça veut dire contrainte. Ça veut dire qu’on ne rentre pas librement dans le tunnel».

Vrai. Mais cela ne veut pas automatiquement dire péage.

Le même document affirme aussi que «la GDV peut se faire par type d’aménagements et en suivant des modes opératoires très variés». Qu’il existe de nombreuses méthodes pour atteindre la cible principale de la gestion dynamique des voies, soit d’augmenter le nombre de personnes passantes à l’heure.

Le ministre assure qu’il y aura du transport automobile dans le troisième lien et «qu’il y aura une voie réservée, une place plus importante pour le transport en commun».

Il ne souhaite pas partir en guerre contre la voiture. «Le transport en commun et l’automobile peuvent très bien cohabiter dans le futur tunnel», a répondu M. Bonnardel à M. Barrette, mercredi, au Salon bleu.

«Je n’ai pas la prétention de dire que tous les automobilistes vont laisser l’auto à la maison. Mais une offre additionnelle pour répondre... durée, coût, confort, c’est mon défi! Ça devrait être votre défi, ça devrait être le défi de Québec solidaire et du Parti québécois, d’amener les gens le plus possible à laisser une deuxième voiture à la maison et de prendre le transport en commun dans le futur», a-t-il dit.

«La gestion dynamique des voies, il en existe partout dans le monde. Est-ce qu’on va l’étudier? Assurément, pour avoir le meilleur portrait et être capables de dire aux automobilistes que oui, ils auront accès à ce tunnel, les camionneurs aussi. Mais, au bout de tout ça, l’important, c’est d’accentuer le transport collectif», conclut le ministre.

Comme plusieurs parlementaires, Gaétan Barrette portait mercredi une pince à linge accrochée au revers de son veston, petite pince de bois marquée «T’es important-e pour moi» pour souligner la semaine de prévention du suicide.

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TROISIÈME LIEN ET TRAMWAY: «ON NE DÉROGERA PAS À NOTRE AGENDA»

L’arrivée dans le décor urbain d’un troisième lien ne change pas un iota à l’échéancier de réalisation du projet de tramway, confirme le maire de Québec.

Régis Labeaume a fait cette mise au point mercredi à la suite d’une rencontre tenue la veille entre le directeur du Bureau de projet du réseau structurant de transport en commun et ceux du Bureau de projet du troisième lien du ministère des Transports.

«On a convenu qu’on ne changeait rien. Ils ont pris [le gouvernement Legault] leur décision en connaissance de notre agenda. On ne dérogera pas à notre agenda parce qu’on s’en va en février en appel de qualification. C’est l’étape où il faut décrire le projet [de tramway]. C’est eux qui vont s’accrocher à notre projet. On est très avancé et eux, ils débutent», explique le maire.

La Ville et le ministère travailleront de concert pour l’aménagement de ce qu’on appelle maintenant la sortie nord du tunnel qui doit relier Lévis et Québec.

«Il faut qu’ils développent leur projet et le greffent au nôtre. On intervient maintenant dans le dossier de la sortie nord. On les aide, les appuie. Ils ont deux ou trois décisions à prendre : sortie direction Laurentienne Nord [l’endroit choisi]. Comment ils s’organisent pour revenir sur Laurentienne Sud et comment ils s’interconnectent avec les autobus du pôle d’échanges», énumère M. Labeaume.  Jean-François Néron